Québec se dissocie d’une «école» vouée à l’éducation à la maison

La pandémie a amplifié l’intérêt pour l’enseignement à la maison, sans l’aide d’un enseignant — à ne pas confondre avec l’école virtuelle, offerte en cas de fermeture de classe lors d’une éclosion de COVID-19.
Photo: iStock La pandémie a amplifié l’intérêt pour l’enseignement à la maison, sans l’aide d’un enseignant — à ne pas confondre avec l’école virtuelle, offerte en cas de fermeture de classe lors d’une éclosion de COVID-19.

Québec prend ses distances d’une plateforme numérique vouée à aider les parents qui font l’école à la maison, fondée par une ex-enseignante opposée aux mesures sanitaires qui prétend à tort avoir un programme scolaire « certifié [répondant] aux exigences du ministère de l’Éducation ».

Les promoteurs du site Mon école bienveillante « doivent retirer cette affirmation mensongère rapidement. Un recours juridique n’est pas exclu », a indiqué au Devoir Bryan St-Louis, porte-parole du ministère de l’Éducation.

« Le ministère de l’Éducation n’a jamais délivré de certification pour cette plateforme et se dissocie entièrement de son contenu et de l’équipe qui dit offrir un soutien pédagogique », a-t-il précisé.

Le site monecolebienveillante.org a été fondé par Carole Martel, une ex-enseignante qui s’oppose au port du masque et à la vaccination des enfants. Dans des vidéos mises en ligne, elle explique que son projet vise à aider les parents qui retirent leurs enfants du milieu scolaire pour les éduquer eux-mêmes à la maison. Le site vend l’accès à ses programmes 50 $ par mois.

« L’équipe de Mon école bienveillante ne se dit pas certifiée par le MELS [ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, ancien nom du ministère de l’Éducation]. Cependant, nos documents offerts aux parents respectent les exigences [du ministère]. Si nous avons transmis des informations laissant penser le contraire, nous effectuerons les corrections nécessaires », indique l’établissement dans un courriel au Devoir.

La pandémie a amplifié l’intérêt pour l’enseignement à la maison, sans l’aide d’un enseignant — à ne pas confondre avec l’école virtuelle, offerte en cas de fermeture de classe lors d’une éclosion de COVID-19. Le nombre d’élèves ainsi scolarisés à la maison a doublé l’an dernier, pour atteindre près de 13 000. Selon nos informations, 8500 élèves sont scolarisés par leurs parents à la maison en ce moment, soit à peu près le même nombre qu’à la même période l’an dernier.

« L’intérêt pour l’enseignement à la maison reste encore très fort cette année », confirme Marine Dumond, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), qui représente plus de 2300 familles.

Avant la pandémie, les parents se tournaient vers l’école à la maison notamment pour scolariser des enfants qui ne « rentraient pas dans le moule scolaire », souvent à cause de difficultés d’apprentissage ou même de douance.

L’éducation à domicile a explosé l’an dernier à cause des craintes liées à la transmission du virus. Certains parents cherchaient à éviter les perturbations des fermetures de classe. L’intérêt a augmenté davantage lors de l’imposition du masque en classe. La vaccination ajoute encore à l’attrait de l’école à la maison pour certains parents.

Les parents ont besoin d’être guidés dans leurs démarches, car le ministère de l’Éducation exige une reddition de comptes d’une grande complexité, rappelle Marine Dumond. Les familles deviennent responsables de l’éducation des enfants lorsqu’elles se tournent vers l’éducation à domicile. Elles doivent préparer un projet éducatif complet.

« Il y a des parents qui ressentent le besoin d’avoir de l’aide parce qu’ils se sentent démunis face aux règles du ministère », explique la présidente de l’AQED. Elle ne s’étonne pas de projets comme Mon école bienveillante, qui semblent se multiplier, selon elle.

Inquiétudes sur la qualité

La députée libérale Marwah Rizqy s’inquiète pour la qualité des services offerts par Mon école bienveillante, fondée par l’ex-enseignante Carole Martel. Elle estime que le ministère de l’Éducation doit dépêcher un enquêteur pour vérifier les programmes et les compétences du personnel de cette entreprise, qui ne semble pas être une véritable école malgré son nom, selon elle.

« Les parents qui payent 50 $ par mois ou 20 $ par programme ont le droit de connaître la qualité du produit qu’ils achètent. Le ministère dit que ce n’est pas certifié, mais c’est insuffisant : qu’il ferme l’école si elle est illégale », demande Marwah Rizqy.

La députée Christine Labrie, de Québec solidaire, s’interroge elle aussi sur la validité des programmes du projet.

Dans une vidéo mise en ligne, Carole Martel dit avoir fondé le site Mon école bienveillante parce que « la qualité de l’enseignement a beaucoup diminué » dans le réseau scolaire. Le masque obligatoire et la vaccination ont été la cerise sur le gâteau, à son avis, mais elle montre du doigt les classes surpeuplées, notamment d’élèves en difficulté qui accaparent l’attention des enseignants.

Ce n’est pas pour rien que les écoles cherchent à donner des médicaments aux enfants dits « turbulents », selon elle : les enseignants parviennent difficilement à gérer leurs classes, qui comptent trop d’élèves.

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