Québec met le cap sur des garderies temporaires

Le ministre qubécois de la Famille, Mathieu Lacombe
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre qubécois de la Famille, Mathieu Lacombe

Un nouveau concept vient de naître au Québec : la création de garderies temporaires, dont la qualité reste cependant à déterminer. Des enfants seront ainsi envoyés dans des locaux d’une municipalité, et ce, pour une durée indéterminée, en attendant qu’un projet de construction ou d’agrandissement d’un centre de la petite enfance (CPE) soit réalisé et prêt à les accueillir.

En annonçant cette solution à l’importante pénurie de places à offrir dans les services de garde, lundi, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, s’est bien défendu de préconiser un système à deux vitesses pour les enfants : soit ceux qui ont droit actuellement aux meilleurs services dans un CPE et ceux qui devront patienter, en se contentant d’une garderie aux critères revus à la baisse durant un certain temps non défini.

À l’heure actuelle, pas moins de 51 000 noms figurent sur la liste d’attente pour obtenir une place. Cette situation intenable a incité le ministre de la Famille « à penser en dehors de la boîte », a-t-il fait valoir, pour trouver des solutions permettant d’offrir des places en garderie à très court terme.

En conférence de presse, il a dit vouloir « innover », se montrer « flexible », en annonçant « une nouvelle façon de faire les choses » en ce domaine. Il est toutefois demeuré évasif sur la durée de cette solution « temporaire », chaque projet étant jugé « au cas par cas ».

Le ministre a également refusé d’y voir un nivellement par le bas. « Il n’y a pas de compromis qui se font sur la santé, sur la sécurité, ni sur le programme éducatif. »

Mieux que rien

Or, présente à la conférence de presse virtuelle, la directrice générale de l’Association québécoise des CPE, Geneviève Bélisle, a admis que, forcément, ce pis-aller allait faire en sorte que ce ne serait pas possible de respecter les nombreux critères normalement imposés par le gouvernement pour créer un service de garde éducatif. « C’est sûr que les localisations temporaires n’apporteront pas le même niveau de qualité qu’un CPE », a-t-elle convenu, en ajoutant que c’était quand même, dans les circonstances, « une avancée importante », dans la mesure où des dizaines de milliers de parents attendent « désespérément » une place. Autrement dit, c’est mieux que rien.

Ainsi, rien n’indique que ces garderies provisoires disposeront d’une cour où les enfants peuvent jouer et prendre l’air. « On n’aura peut-être pas une cour adjacente. On va devoir déplacer les enfants au parc », a observé Mme Bélisle.

Le ministre a quant à lui cité en exemple le cas de la Gaspésie, où il vient d’accorder 26 places « temporaires » où accueillir des enfants qui fréquenteront le CPE de La Baie à Bonaventure, quand il sera prêt. En attendant, la garderie sera installée dans un ancien presbytère de la municipalité. L’ouverture de cette garderie temporaire devrait permettre d’accueillir les enfants huit mois plus tôt que prévu.

Pour ouvrir une garderie temporaire, il faudra notamment s’assurer que les locaux sont conformes aux normes d’incendie et qu’ils comportent la quantité nécessaire d’installations sanitaires. Les travaux d’aménagement de ces locaux ne devront pas dépasser 50 000 $.

Critiques de l’opposition

Pour le Parti québécois, il ne fait aucun doute qu’on assiste présentement à un nivellement par le bas des plus inquiétants dans le réseau des services de garde. En entrevue, la députée Véronique Hivon avait de la difficulté à contenir sa colère, disant avoir prévenu le ministre dès le début du mandat, il y a deux ans et demi, qu’on se dirigeait tout droit vers une pénurie de places et une pénurie d’éducatrices.

Selon elle, M. Lacombe a refusé de « voir la crise qui couvait », tellement il était obsédé par la création en parallèle d’un réseau de maternelles 4 ans. Résultat : pour créer à toute vapeur des places, « on revoit les critères de qualité à la baisse », au lieu de rémunérer les éducatrices convenablement pour les retenir dans le réseau créé par un gouvernement péquiste dans les années 1990, a déploré Mme Hivon.

Elle a aussi rappelé que l’exigence que deux éducatrices sur trois soient qualifiées dans les CPE a été ramenée récemment à un ratio de une sur trois par M. Lacombe. « La crise est telle que le ministre est en train de prendre tous les moyens du bord qui s’offrent à lui », a-t-elle fait valoir.

En mars, le ministre Lacombe annonçait qu’il procédait à un assouplissement des règles administratives devant permettre d’accélérer les travaux de construction des services de garde. Son but était de réduire d’un an le processus de création de nouvelles places en garderie, en ramenant de 17 à 9 le nombre d’étapes à suivre pour mener à bien les projets et réaliser les travaux de construction. Le délai nécessaire pour réaliser un projet du début à la fin passerait de trois à deux ans, en moyenne.

En campagne électorale en 2018, la CAQ de François Legault s’était pourtant engagée à créer pas moins de 50 000 places, grâce à la création des maternelles 4 ans, qui devaient en quelque sorte libérer les places manquantes. Un gouvernement caquiste éliminerait ainsi la liste d’attente.

Deux ans et demi plus tard, on est bien loin du compte, puisque la liste d’attente atteint un nombre record de parents impatients (autour de 51 000) et qu’il n’a mis à leur disposition qu’entre 2000 et 2500 places.

De plus, les maternelles 4 ans ont recruté bon nombre de leurs éducatrices dans les CPE, aggravant d’autant la pénurie de personnel qualifié dans les services de garde éducatifs.

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 C’est sûr que les localisations temporaires n’apporteront pas le même niveau de qualité qu’un CPE.