Un «climat malsain» depuis le jour 1 au CSSDM

Cinq des six démissionnaires sont les représentants du Comité de parents du CSSDM, qui entretenaient déjà des relations tendues avec la direction du centre de services avant l’entrée en vigueur de la réforme de la gouvernance scolaire, l’automne dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Cinq des six démissionnaires sont les représentants du Comité de parents du CSSDM, qui entretenaient déjà des relations tendues avec la direction du centre de services avant l’entrée en vigueur de la réforme de la gouvernance scolaire, l’automne dernier.

L’abolition des élus scolaires, qui devait mettre fin aux tiraillements politiques en éducation, a amplifié une crise dans le plus grand centre de services scolaire du Québec. Le conseil d’administration du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), formé à la mi-octobre 2020, a ainsi prévenu trois mois plus tard le ministre de l’Éducation qu’un « climat malsain » régnait dans l’organisation, révèle une lettre que Le Devoir a obtenue.

Dans ce message daté du 13 janvier 2021, la présidente et le vice-président du CSSDM (qui ont démissionné la semaine dernière en même temps que quatre autres membres du CA) réclament l’intervention d’urgence du ministre Jean-François Roberge. « Le lien de confiance est rompu » entre les dirigeants du conseil et la direction générale du CSSDM, affirme le message.

« [La] présidence et la vice-présidence se sentent menottées, intimidées, à la limite de l’incapacité d’exercer leurs rôles et fonctions au service du CA », préviennent-ils.

En entrevue avec Le Devoir, les six membres démissionnaires du conseil du CSSDM indiquent qu’ils ont quitté leurs postes bénévoles, la semaine dernière, à la suite de profonds différends avec la direction générale du centre de services. Ils affirment n’avoir rien à se reprocher.

« Ce qu’on a fait depuis le début, c’est de remplir notre mandat d’administrateurs. On a dit : “Monsieur le directeur général, vous ne pouvez pas vous octroyer tous les pouvoirs.” Le rôle du conseil d’administration n’est pas de faire du rubber-stamping », dit Mélisandre Shanks, qui a démissionné de la présidence du CA vendredi dernier en même temps que cinq autres membres, dont le vice-président, Benoit Guilmain.

Cinq des six démissionnaires sont les représentants du Comité de parents du CSSDM, qui entretenaient déjà des relations tendues avec la direction du centre de services avant l’entrée en vigueur de la réforme de la gouvernance scolaire, l’automne dernier. Le ministre Jean-François Roberge a fait adopter cette réforme dans l’espoir de « dépolitiser » la gestion scolaire. Les commissaires élus au suffrage universel ont été remplacés par des administrateurs formés à parts égales de parents, de membres du personnel scolaire et de représentants de la collectivité.

Manque de confiance

La confiance n’a « jamais été au rendez-vous » entre les parents membres du CA et la direction du CSSDM. La crise a éclaté au grand jour dès la première séance du conseil d’administration, le 23 octobre 2020. Le directeur général de l’époque a informé le conseil d’administration qu’il comptait exercer tous les pouvoirs jusqu’à une date indéterminée, le temps que la délégation des pouvoirs se mette en place. Les membres du CA disent avoir été abasourdis par cette déclaration.

Le processus de nomination du prochain directeur général, qui est au point mort en raison de cette crise, a aussi donné lieu à des tensions.

Le 15 décembre 2020, au lendemain d’une séance du conseil d’administration, le directeur Robert Gendron a envoyé un message sans équivoque aux 15 membres du CA : « [Cette] rencontre d’hier a laissé derrière elle de profondes traces d’inconfort, de malaise, d’incompréhension et de blessures qui ne peuvent être laissées sous silence et qui ne peuvent, sous aucune considération, se reproduire », a-t-il écrit dans une lettre que Le Devoir a obtenue.

« [Il] est inadmissible que la manière utilisée [pour remettre en question l’administration] véhicule une posture d’opposition et de confrontation comportant des allégations, du jugement, des accusations et du mépris », a ajouté M. Gendron.

Climat dysfonctionnel

Le 19 janvier 2021, la responsable de l’application du code d’éthique du CSSDM, Madeleine Lemieux, a adressé une réprimande à la présidente, Mélisandre Shanks, pour avoir tenu une réunion avec certains membres du CA et deux personnes qui n’étaient pas membres du conseil. Une discussion sur Messenger a aussi pris place avec les mêmes personnes, à l’insu de certains membres du CA, ce qui contrevient notamment au devoir de loyauté et d’éviter tout conflit d’intérêts, a conclu Mme Lemieux.

Le 22 janvier 2021, le sous-ministre de l’Éducation, Alain Sans Cartier, a entamé un processus de vérification interne « concernant l’administration, l’organisation et le fonctionnement » du CSSDM. Ce processus a mené à un rapport d’enquête de la firme de ressources humaines Brio, qui a conclu à un climat de travail dysfonctionnel, notamment en raison du conseil d’administration, a rapporté mardi Le Journal de Montréal.

Ce rapport fait état de « manquements graves de la part des administrateurs parents » du conseil du CSSDM, a réagi mardi Jean-François Del Torchio, porte-parole du ministre de l’Éducation. Le ministre n’a pas décidé quelle suite il donnera au rapport.

« Le rapport parlerait de collusion et de conflit d’intérêts, ce n’est pas rien, réplique Mélisandre Shanks. J’aimerais ça qu’on me dise quel gain j’ai eu à faire du bénévolat 15 heures par semaine pour l’éducation de nos enfants. Ces allégations contre les parents bénévoles sont excessivement graves. »

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