Ouvrir les fenêtres, efficace pour faire circuler l’air

Le CSSDM a réalisé cette campagne d’échantillonnage avant les Fêtes à la demande du ministère de l’Éducation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le CSSDM a réalisé cette campagne d’échantillonnage avant les Fêtes à la demande du ministère de l’Éducation.

Ouvrir les fenêtres, c’est une bonne idée. Et la ventilation mécanique, ce n’est pas la panacée. Ces constats émergent des résultats détaillés des mesures de CO₂ effectuées par le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), en décembre, dont Le Devoir a réussi à obtenir copie. À l’avis d’une spécialiste de la ventilation, ces documents confirment aussi l’existence de plusieurs faiblesses dans le protocole d’échantillonnage.

Les établissements testés du 3 au 11 décembre sont les suivants: l’école primaire Saint-Clément, l’école secondaire Père-Marquette, l’école des métiers de la construction de Montréal, le centre Hochelaga-Maisonneuve et l’agrandissement de l’école primaire François-de-Laval.

Dans ces écoles, 14 des 32 concentrations mesurées au milieu des cours atteignaient au moins 1000 parties par million (ppm) de CO₂, excédant ainsi la cible de Québec. Une seule mesure dépassait 1300 ppm. Dans plusieurs cas, l’ouverture des fenêtres pendant 20 minutes a fait redescendre la valeur à un niveau acceptable en fin de période. Le CO₂,  généré par la respiration des occupants d’un local, est un indicateur reconnu du taux de changement d’air. Une concentration élevée suggère que des aérosols peuvent s’accumuler dans l’air et potentiellement transmettre le coronavirus.

Le CSSDM a réalisé cette campagne d’échantillonnage avant les Fêtes à la demande du ministère de l’Éducation. Les résultats agrégés des 330 écoles de la province, dévoilés début janvier, avaient été qualifiés par le ministre Jean-François Roberge de « quand même assez encourageants ». Des experts avaient cependant ensuite critiqué la méthodologie et l’interprétation des résultats.

La lecture des résultats détaillés obtenus par Le Devoir ne rassure pas Katherine D’Avignon, une professeure à l’École de technologie supérieure spécialisée dans les systèmes de ventilation, quant à la qualité de l’exercice. « Ces données ne rencontrent les critères d’aucun protocole de mesure de CO₂ utilisé par les professionnels pour déterminer la qualité de la ventilation », dit-elle.

Notamment, les chiffriers ne spécifient pas la position de la sonde par rapport aux occupants, aux fenêtres et aux grilles de ventilation. Les mesures sont ponctuelles, ce qui permet de difficilement déceler une tendance. Dans certaines classes, les fenêtres étaient ouvertes dès le début de la période, alors que le protocole demandait de les garder fermées.

Ces « ambiguïtés » font en sorte, selon Mme D’Avignon, qu’il est difficile de trancher et de déterminer si une classe en particulier est correctement ventilée. « La plupart de ces données sont insuffisantes pour conclure quoi que ce soit », dit-elle. Seuls les locaux terriblement mal aérés pourront être détectés.

Quelques valeurs laissent cependant croire que les systèmes de ventilation mécanique ne fonctionnent pas adéquatement, selon cette spécialiste. À l’école Père-Marquette, par exemple, la concentration de CO₂ dans une classe passe de 530 à 1250 ppm en seulement 48 minutes. Une demi-heure plus tard, elle est toujours aussi élevée.

Les documents stipulent par ailleurs qu’un des locaux testés à l’école Père-Marquette était complètement vide durant un après-midi d’échantillonnage. Les concentrations mesurées (760, 780 et 800 ppm) figurent néanmoins dans le chiffrier. Le cabinet du ministre Roberge a cependant confirmé que ces mesures avaient été exclues de sa compilation provinciale.

La concentration la plus élevée a été observée dans un local ventilé naturellement de l’école des métiers de la construction de Montréal, sur le Plateau-Mont-Royal. 1876 ppm ont été mesurés 69 minutes après l’entrée en classe des 22 étudiants. En ouvrant deux fenêtres pendant cinq minutes, la concentration a chuté à 906 ppm.

À la demande du ministère de l’Éducation, les centres de services scolaires poursuivent leur échantillonnage de CO₂. Au CSSDM, le porte-parole Alain Perron indique que des tests ont été réalisés jusqu’à présent dans 59 écoles. Des mesures seront menées dans tous les établissements d’ici le 15 mars, assure-t-il.

En parallèle, le CSSDM a installé des sondes de CO₂ dans huit écoles afin de procéder à des lectures en continu. L’objectif est d’optimiser les directives d’ouverture des fenêtres dans le contexte pandémique, explique M. Perron.

« Pendant deux semaines, les occupants des locaux devaient inscrire à quelles heures ils ouvraient les portes et les fenêtres, afin de faire des corrélations avec la lecture des sondes. Nous attendons le rapport final de la firme externe », ajoute-t-il.

Dans les locaux sans ventilation mécanique, le CSSDM demande d’ouvrir les fenêtres des classes en tout temps. Plus d’une fenêtre doit être ouverte dans chaque local. « En cas de pluie battante ou par grand froid, l’ouverture des fenêtres pourra être réduite, mais toujours en maintenant un apport d’air frais constant », stipulent les directives de l’organisme.

Pour sa part, le rapport du ministère de la Santé sur la ventilation et la transmission de la COVID-19 en milieu scolaire, publié le 8 janvier, recommande « d’ouvrir, si possible, les fenêtres et les portes 30 minutes avant le début des classes et 30 minutes après les classes ». Il n’est cependant pas question d’ouvrir les fenêtres en présence des élèves.

Dans un courriel au Devoir, le ministère de l’Éducation indique recommander aux centres de services scolaires « d’aérer régulièrement les locaux occupés en ouvrant les fenêtres durant la journée de classe, idéalement en l’absence des élèves (durant 10 à 15 minutes, deux fois par jour ou plus) ». Et on ajoute: « Il est permis d’ouvrir les fenêtres en présence des élèves si cela ne crée pas de l’inconfort chez les usagers ».

L’école Saint-Clément, dans Hochelaga-Maisonneuve, ne dispose pas d’un système de ventilation mécanique. L’air d’une seule des cinq classes testées a dépassé 1000 ppm. 48 minutes après l’arrivée des élèves, la concentration a atteint 1200 ppm, même si une fenêtre était entrouverte. 23 minutes plus tard, elle est redescendue à 820 ppm grâce à l’ouverture complète d’une fenêtre.

Au centre Hochelaga-Maisonneuve, qui dispense des cours aux adultes, la seule ouverture des fenêtres a procuré une ventilation adéquate dans les quatre locaux sondés. Le petit nombre d’occupants — de 3 à 5 personnes par local — a certainement contribué à maintenir les concentrations de CO2 peu élevées.

L’agrandissement de l’école primaire François-de-Laval, dans Ahuntsic-Cartierville, est équipé d’un système de ventilation mécanique. Quatre classes y ont été testées, en avant-midi puis en après-midi. Même en ouvrant les fenêtres, trois séances de tests se sont conclues avec des valeurs entre 1000 et 1200 ppm.

 
 

Cet article a été mis à jour après sa publication initiale.

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2 commentaires
  • Patrick Dolmaire - Abonné 28 janvier 2021 11 h 46

    Quand on veut tuer son chien ...

    Comme dit le proverbe «quand on veut tuer son chien on dit qu'il a la rage».
    Au début, l'excuse pour ne rien faire était de prétexter qu'une mauvaise installation était pire que les problèmes actuels d'aération. Comme partout, les professionnels qui ne suivent pas les règles établis n'obtiennent pas de bons résultats. Imaginons dans un hopital, le personnel hospitalier qui ne respecterait pas les protocoles établis, ou un mécanicien qui ne replacerait pas des pièces de direction sur une voiture selon les règles de l'art. Les risques existent mais ils sont généralement contrôlés. À tous les niveaux, il y a des risques liés à de mauvaises décisions ou à des gestes professionnels inapropriées. Par exemple, les pays qui ont choisi de confiner à répétition leur population plutôt que le confinement de leur frontières ont une mortalité beaucoup plus élevée et des conséquences plus graves sur la vie sociale et économique de leurs citoyens. Sans parler de ceux qui mettent en place des demi-mesures ou qui tardent à les mettre en place ...

  • René Pigeon - Abonné 28 janvier 2021 12 h 05

    La position de l’occupant le long de la trajectoire des particules

    A. R. : « Quelques valeurs laissent cependant croire que les systèmes de ventilation mécanique ne fonctionnent pas adéquatement. »
    Commentaire sur les comparaisons géographiques de la contagion :
    Ce constat suggère l’hypothèse que les immeubles de construction ancienne ont plus souvent une ventilation défaillante ou aucune ventilation. Le Québec comporte une proportion d’immeubles âgés plus élevée que les provinces de l’Ontario et de l’Ouest. Cette disparité dans l’âge des immeubles et des ventilations suggère un facteur pouvant expliquer un taux de contagion, possiblement, plus élevé au Québec, dans certaines régions et certains quartiers du Québec.
    A. R. : « ouvrir les fenêtres des classes en tout temps. Plus d’une fenêtre doit être ouverte dans chaque local. »
    Deux ouvertures permettent la circulation de l’air ; une seule ouverture laisse l’air stagner devant l’ouverture.
    A. R. : « ne spécifient pas la position de la sonde par rapport aux occupants, aux fenêtres et aux grilles de ventilation. »
    Une toilette comporte toujours une grille de sortie et aspire l’air de plusieurs salles voisines. Mieux vaut garder les portes des salles et des toilettes entrouvertes pour augmenter le débit d’aspiration par les grilles d’extraction de l’air vicié, notamment dans les toilettes.
    Je suggère d’attirer l’attention de l’occupant – votre lecteur – sur les effets de la position de l’occupant le long de la trajectoire des particules en suspension, laquelle est déterminée par la position de l’occupant par rapport à celles des grilles d’entrée de l’air filtré et des grilles de sortie de l’air de l’air vicié et celle des fenêtres. Les fenêtres permettent à l’air d’entrer et de sortir ; les grilles sont à sens unique : entrée ou sortie :
    • les grilles d’alimentation ont des pales incurvées pour diriger l’air filtré dans les 4 directions dans la salle
    • les grilles de sortie comportent un simple grillage rectangulaire pour éviter l’entrée des objets dans la conduite d’air.