Le baccalauréat par cumul, la «table d’hôte» de l’université

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
Un parcours atypique peut offrir la chance à un candidat de se démarquer lors d’une entrevue d’embauche.
Image: Getty Images Un parcours atypique peut offrir la chance à un candidat de se démarquer lors d’une entrevue d’embauche.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

À l’Université de Montréal, les baccalauréats par cumul avec appellation (BACCAP) permettent à la fois de goûter à différents domaines et d’obtenir un diplôme reconnu. Les parcours imaginés par les élèves et proposés par les facultés rivalisent de créativité. Un tel cheminement demande toutefois une bonne dose d’autonomie.

Étudier à la fois la criminologie, la victimologie et les études autochtones à l’université ? C’est tout à fait possible. De telles combinaisons composent la dizaine de baccalauréats par cumul « avec appellation » offerts par l’Université de Montréal (UdeM) et ses facultés sœurs.

À la différence d’autres certifications par cumul, l’étudiant choisit parmi des sujets présélectionnés par les facultés concernées. Par exemple, HEC Montréal offre un parcours combinant les domaines de la création, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

À l’UdeM, il existe deux manières de réaliser un bac par cumul : le premier étant de concocter sa propre combinaison de crédits en choisissant parmi plus de 200 programmes courts à la carte. Près de 150 d’entre eux sont offerts à la Faculté d’éducation permanente et plusieurs autres peuvent aussi être suivis à Polytechnique ou à HEC Montréal. Avec un tel embarras du choix, la tâche s’avère toutefois ardue pour former un curriculum cohérent. Aussi, la plupart des étudiants optent plutôt pour un noyau commun de spécialisation, qu’ils peuvent ensuite compléter avec la mineure ou le certificat qui convient le mieux à leurs aspirations.

Dans les deux cas, le bac par cumul peut être réalisé dans un délai maximal de dix ans, un gros plus pour les travailleurs qui désirent transformer des certificats obtenus par le passé en un baccalauréat, ainsi que pour ceux qui souhaitent demeurer en emploi tout en étudiant à temps partiel.

« Il ne s’agit pas d’un menu à la carte, mais plus d’une table d’hôte, compare Sophie Parent, vice-doyenne de la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM. Un expert a réfléchi pour vous aux accords possibles parmi les ingrédients présents. »

De plus, comme tout autre baccalauréat, il ouvre la porte aux études de deuxième cycle, entre autres grâce à des activités d’intégration sur le terrain ou en recherche. Un cheminement de type Honor sera d’ailleurs bientôt offert.

Un complément, plutôt qu’un remplacement

Selon Sophie Parent, le bac spécialisé n’est pas en voie d’extinction : « Le diplôme de premier cycle spécialisé demeure la voie d’accès pour des domaines de pratique dont l’ordre professionnel impose un parcours bien précis comme la médecine, la psychoéducation ou l’enseignement de l’histoire au collégial. »

Dans d’autres secteurs toutefois, le besoin de se forger un arsenal de compétences unique n’a fait que grandir ces dernières années. La vice-doyenne remarque une ouverture de la part des employeurs en visite sur le campus qui sont ravis de voir les formations se décloisonner. Un parcours atypique peut offrir la chance à un candidat de se démarquer lors d’une entrevue d’embauche.

Depuis quelques années déjà, de nouveaux baccalauréats bidisciplinaires s’accumulaient, mais n’attiraient qu’une poignée d’étudiants par programme. Il s’est donc avéré plus efficace pour la direction de leur laisser le soin de sélectionner les disciplines connexes qui les intéressaient, au lieu de créer de nouveaux duos de disciplines chaque année.

« Les étudiants inscrits aux programmes spécialisés ont quand même du choix, mais parfois il se peut que notre vision d’avenir n’existe pas encore ou n’ait pas encore été structurée, et c’est là que les bacs par cumul peuvent combler d’autres besoins », ajoute-t-elle.

Le baccalauréat par cumul, avec ou sans appellation, exige cela dit une bonne dose d’autonomie. « Cela peut être anxiogène pour les jeunes étudiants qui cherchent une réponse clé en main. Pour certains, faire partie d’une cohorte sur la voie d’un cheminement prescrit et ordonné est plus rassurant, alors que d’autres, dotés d’idées originales et très particulières, vont rechercher un cadre éducatif moins traditionnel », décrit la vice-doyenne.

Le système anglophone a intégré ce genre de souplesse, longtemps avant le système francophone. La myriade de combinaisons de majeures et de mineures présentes dans les universités anglophones a inspiré l’UdeM, sans que son offre soit pour autant calquée sur ce qui se fait dans les établissements de langue anglaise.

Dans le réseau francophone, les étudiants n’ont pas besoin de s’inscrire directement au baccalauréat à la manière des établissements anglophones. De plus, ils peuvent habituellement faire leurs études sur une plus longue période.

Il n’y a donc pas de recette miracle : « Ce qui demande plus de souplesse demande plus d’efforts pour en maîtriser les tenants et les aboutissants. Si on veut plus d’options, il faut forcément se familiariser avec un plus grand nombre de choses », conclut Sophie Parent. Le bac par cumul avec appellation se veut en quelque sorte le meilleur des deux mondes.

Le BACCAP : 3 parcours possibles

• 1 majeure + 1 mineure ou certificat

• 3 mineures ou certificats

• 2 majeures

Au moins un programme doit être réalisé directement à l’UdeM. Les autres peuvent être suivis à Polytechnique ou à HEC Montréal.