Sept professeurs rapportent un climat d’intimidation à l’Université d’Ottawa

Les sept professeurs affirment que pour eux, un tel climat, qu’ils qualifient de nouveau désordre liberticide, est du jamais vu sur le campus de l’Université d’Ottawa.
Photo: Jake Wright Le Devoir Les sept professeurs affirment que pour eux, un tel climat, qu’ils qualifient de nouveau désordre liberticide, est du jamais vu sur le campus de l’Université d’Ottawa.

De nouvelles voix s’élèvent pour dénoncer « un climat toxique d’intimidation » à l’Université d’Ottawa, un climat qui « fait que l’on puisse harceler, intimider et ostraciser des collègues qui n’ont fait que porter une parole raisonnée et raisonnable dans la cité ».

La dénonciation vient sous forme de lettre ouverte, publiée dans Le Devoir et Le Droit mardi matin, signée par sept professeurs de droit de l’université.

Ce climat, selon les sept signataires, a « déjà bâillonné plusieurs membres de notre communauté universitaire qui voudraient mais qui n’osent plus parler, tenaillés qu’ils sont par la peur : peur d’être privés de la permanence ou d’une promotion ; peur de représailles diverses en matière de conditions de travail ; peur aussi des autorités gouvernementales, des attaques brutales des réseaux sociaux. Une peur que nous n’avions jamais vue, ni même imaginée à ce jour ».

On ne décolère donc pas sur le campus de l’université où la professeure Verushka Lieutenant-Duval s’est vue dénoncée pour avoir prononcé le mot en n alors qu’elle tentait d’expliquer un concept dans un cours d’histoire de l’art.

Une trentaine de collègues de sa faculté, qui ont été les premiers à lui signifier publiquement leur appui, ont, à leur tour, été pourchassés sur les réseaux sociaux.

C’en était trop pour les sept juristes qui signent la lettre de mardi et qui croient leur enseignement menacé.

« On nous informe […] que celle ou celui d’entre nous qui abordera un thème, montrera une image, prononcera un mot, rappellera une loi ou une jurisprudence ayant pour effet de provoquer un sentiment subjectif d’agression chez un étudiant pourra être publiquement ostracisé comme raciste, antisémite, islamophobe, anti-chrétien, sexiste ou âgiste sans la protection de son institution », écrivent-ils.

« Non seulement la professeure sera-t-elle laissée à elle-même, mais l’institution se réserve de surcroît le pouvoir de soutenir activement le boycottage de son cours », se désolent-ils.

Joint au téléphone, l’un des signataires de cette lettre, Ghislain Otis, professeur titulaire depuis 12 ans à l’Université d’Ottawa, décrit le traitement réservé à la trentaine de professeurs de la faculté d’art venus à la rescousse de Mme Lieutenant-Duval.

« Je peux vous dire qu’ils vivent une situation dramatique au sein de l’institution, tant auprès de la communauté des professeurs que de la communauté des étudiants », a rapporté M. Otis.

Et comme d’autres avant lui, il croit le recteur responsable de la situation actuelle. « J’ai bien dit que M. [Jacques] Frémont est une personne raisonnable, qu’il est dans une situation difficile, mais il peut faire mieux que ce qu’il fait maintenant », réclame-t-il.

« Le recteur va devoir déplacer le curseur pour rassurer, pour pacifier, pour redonner à ses professeurs la motivation, la liberté, la sérénité qui est absolument nécessaire au travail intellectuel universitaire », ajoute-t-il.

M. Frémont n’avait pas encore réagi à la sortie de ces professeurs, mardi après-midi.

M. Otis ne croit pas qu’il est nécessaire d’attendre M. Frémont. Sa propre faculté a entamé « une réflexion collective » sur la situation.

« Il faudra […] mettre en place un dispositif qui permettra peut-être de pondérer, dans la bonne foi, les intérêts des uns et des autres, sans jamais […] invalider ou délégitimer l’expérience de douleur et peut-être même de traumatisme que pourrait vivre un étudiant », propose-t-il.

La lettre de ces sept professeurs est rendue publique une semaine après que 579 professeurs de cégep et d’université ont eux aussi par écrit le traitement infligé à Verushka Lieutenant-Duval. Ces derniers avaient alors écrit qu’on ne s’attaque pas au problème du racisme en punissant et en interdisant l’enseignement des mots, des œuvres et des auteurs qui, au contraire, le révèlent et le combattent explicitement.

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