Un prof sur deux a été victime de violence sexuelle

Un professeur de cégep sur deux a été victime de harcèlement, de comportements sexuels non désirés ou de coercition sexuelle dans son milieu de travail, révèle une nouvelle étude qui établit un portrait d’ensemble des violences sexuelles en milieu collégial.

Pour arriver à ce constat, les chercheurs du Projet intercollégial d’étude sur le consentement, l’égalité et la sexualité (PIECES) ont sondé, à l’aide d’un formulaire en ligne, plus de 6000 étudiants et travailleurs dans cinq cégeps du Québec, soit le collège Montmorency à Laval, le cégep de Sainte-Foy à Québec, le cégep de Jonquière, le collège Ahuntsic à Montréal et le cégep de l’Outaouais à Gatineau.

« Une chose qui m’a surprise [dans les résultats de notre étude], c’est l’ampleur des violences sexuelles chez le personnel enseignant », affirme Manon Bergeron, chercheuse principale et titulaire de la chaire de recherche sur les violences sexuelles en milieu d’enseignement supérieur de l’UQAM. « Quand on regarde spécifiquement au niveau des enseignants, c’est 48 % — donc près d’une personne sur deux — qui rapportent avoir vécu au moins une forme de violence depuis leur arrivée au cégep. C’est quand même assez considérable ! »

La statistique englobe les enseignants hommes et femmes, mais, peu importe leur statut — enseignant ou étudiant — ou la période de référence, les femmes sont toujours plus sujettes à être victimes, précise Mme Bergeron.

Une étudiante sur trois

De façon générale, c’est plus du tiers (36 %) des répondants qui ont rapporté avoir vécu au moins une forme d’agression sexuelle commise par une autre personne affiliée au cégep depuis leur arrivée dans cet établissement. Si les professeurs sont davantage représentés, cela s’explique par le fait qu’ils restent au cégep sur une période beaucoup plus longue que les étudiants, qui ne sont, eux, que de passage, le temps de leurs études.

Mais à court terme, ce sont les étudiants qui sont les plus touchés. Ainsi, près d’un étudiant sur trois (30 %) a subi une forme de violence sexuelle au cours de la dernière année. En se basant uniquement sur les douze derniers mois, les étudiants sont donc deux fois plus à risque que les professeurs d’avoir été victimes de telles violences.

On parle principalement de harcèlement sexuel — regards offensants, remarques désobligeantes sur l’apparence ou sur les activités sexuelles, histoires ou blagues offensantes, discussions inappropriées sur le sexe ou geste à connotation sexuelle —, de comportements sexuels non désirés — qui vont du contact physique non désiré à la relation sexuelle sans consentement — et de coercition sexuelle, soit la promesse d’une récompense en échange de faveurs sexuelles.

« De façon très majoritaire (66 %), les événements se sont produits dans le cadre des études ou du travail, précise Mme Bergeron. C’est donc dans le contexte du quotidien, dans l’accomplissement des tâches, dans les cours ou lors de différentes activités au cégep. Chez les étudiants, à peine 14 % des violences sexuelles ont été subies dans un contexte de fête ou d’activités sociale. Ça déboulonne un peu le mythe selon lequel ça arrive dans les activités festives, comme les initiations. »

Des faits non dénoncés

Un autre point marquant de l’étude, c’est que 9 personnes sur 10 n’ont pas signalé ou dénoncé ces événements à une instance ou une presonne-ressource du cégep. « Il y a trois aspects qui ressortent, explique Manon Bergeron. Dans un premier temps, les répondants trouvaient que ce n’était pas assez sérieux pour être dénoncé. Ça nous indique comment certains gestes qui, pourtant, sont de la violence sexuelle ne sont pas identifiés comme tels. »

Dans un deuxième temps, les répondants évoquaient la méconnaissance des services au cégep ou de la procédure à suivre. « Les gens disaient qu’ils ne savaient pas où aller ou comment le cégep pouvait les aider », explique Mme Bergeron.

Pourtant, en vertu de la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, adopté par le gouvernement du Québec en décembre 2017, ces établissements ont tous l’obligation de se doter de politiques claires à cet égard. « Il faut se remettre en contexte, explique Manon Bergeron. Nous avons fait la collecte de données en novembre 2019 et, selon la loi, les politiques devaient être mises en place en septembre 2019. C’est donc un très court délai. Mais ce sera très intéressant de voir dans un an ou deux comment les résultats évoluent. »

Plusieurs évoquaient également un manque de confiance envers le cégep pour expliquer pourquoi ils n’avaient pas signalé l’événement. « On est dans une dynamique où la confiance est fragile, note Mme Bergeron. C’est l’une des clés pour les établissements, qui doivent trouver une façon de rehausser le niveau de confiance pour que les gens viennent les consulter. »

La recherche comme outil de sensibilisation

L’enquête PIECES ressemble beaucoup à l’enquête ESSIMU menée par Manon Bergeron et son équipe en milieu universitaire en 2016. « Je n’ai pas encore fait la comparaison de façon minutieuse, ce sera la prochaine étape, mais de façon générale, on constate que les résultats sont comparables, à l’exception de cette statistique sur le nombre de professeurs ayant vécu une forme de violence sexuelle. Ça ne sortait pas de façon aussi marquée dans les institutions universitaires. »

Selon la chercheuse, qui travaille sur le projet PIECES depuis un an et demi, le fait de s’être basé sur le même questionnaire et d’avoir procédé de façon similaire pour les deux recherches va devenir « un atout majeur » pour la suite des choses.

« Avec ESSIMU et PIECES, nous avons un échantillon de plus de 15 000 personnes. On va pouvoir comparer et reproduire, dans deux ou cinq ans, à plus grande échelle on l’espère, pour voir l’évolution : c’est là qu’on va pouvoir observer les changements sur le plan des pratiques et de la victimisation sexuelle. »

Mme Bergeron espère que les cégeps s’approprieront les résultats de l’enquête PIECES. Le fait qu’il y ait des cochercheurs dans chaque cégep impliqué lui fait espérer que le rapport deviendra en lui-même un outil de sensibilisation. « C’est mon souhait », conclut la chercheuse.

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17 commentaires
  • René Racine - Abonné 23 octobre 2020 05 h 59

    «Moi aussi. Je suis victime de ma beauté et de harcèlement sexuel ,»

    Il y a des victimes de sa beauté, c'est quand il y a des avantages qu'on n’énumère pas. Une belle personne a une réussite sociale, politique et financière toujours plus importante que le laidron pichou; et ça fait des jaloux chez les laidrons pichous. L'attirance naturelle au beau, l'est aussi au bon et au juste, c'est de toute époque, dans toutes les sociétés, dans tous les pays. « Le Moi aussi » Une chercheuse oriente sa conclusion avec une perception très personnelle de la sexualité et des comportements sociaux liés à la sexualité. Voilà ce que ça donne la définition de « harcèlement sexuel — regards offensants, remarques désobligeantes sur l’apparence ou sur les activités sexuelles, histoires ou blagues offensantes, discussions inappropriées sur le sexe ou geste à connotation sexuelle —, de comportements sexuels non désirés — qui vont du contact physique non désiré à la relation sexuelle sans consentement — et de coercition sexuelle, soit la promesse d’une récompense en échange de faveurs sexuelles ».

  • denis jeffrey - Abonné 23 octobre 2020 07 h 05

    Épistémologie des sciences humaines 101

    Cette chercheuse devrait revoir son concept de violence sexuelle ou bien encore graduer les «offenses» subies selon une échelle de gravité. Sinon, l’énoncé «un regard déplacé» (ce qui est très subjectif) entre dans son concept et produit des données que je qualifie d'improbables. Pourquoi, parce que ce type de données, lorsqu'il n'est pas nuancé, laisse croire qu'un milieu scolaire comme le Cégep est contaminé par la violence sexuelle. Ce qui n'est pas nécessairement le cas. Aussi, la théorie utilisée dans cette recherche devient tendancieuse lorsqu'elle grossit ou magnifie le phénomène étudié. La chercheuse doit être conscience de l'effet de grossissement d'une théorie, sinon ça devient un biais de recherche. Enfin, ce type de recherche, pour recevoir une certaine validité, doit être mis en perspective avec d'autres recherches qui portent sur le même objet, mais dans d'autres milieux de vie. Cela permet de relativiser les données afin de mieux comprendre le phénomène étudié. La chercheuse pourrait alors se rendre compte que, si 50% des populations étudiées subit le même type de violence sexuelle, alors la violence sexuelle subie par les profs du Cégep correspondrait à une moyenne. Ce qui ne la rend pas acceptable pour autant, mais la mise en perspective permet de la relativiser, et surtout de neutraliser l'effet de sensationnalisme du titre de l'article présenté ici.

    • Serge Lamarche - Abonné 23 octobre 2020 13 h 29

      Bien d'accord. Il s'agit ici d'une étude biaisée qui cherche a démontrer ce qui n'est en fait pas significatif. Les jeunes cégèpiens sont certainement intéressés à avoir des relations sexuelles et ils font simplement des tentatives. Histoire de tester l'eau. S'il n'y a que 50% des cégépiens qui semble avoir été l'objet d'intérêt au moins une fois, on peut se demander ce que les autres 50% font. Ils sont peut-être déjà en couples.

  • Cyril Devault-Tousignant - Abonné 23 octobre 2020 07 h 55

    Violence sexuelle?

    Quand on voit ce qu'on considère comme violence sexuelle, on est plutôt surpris que ces chiffres soient si bas! Regards offensants, blagues offensantes, vraiment? Et on est outragé que 9 de ces personnes sur 10 n'ont pas dénoncé, car ils trouvaient que ces gestes n'étaient pas assez sérieux. SI les gens ne se sentent pas atteints par de tels gestes, s'il vous plait ne les obligez pas à l'être. Ou plutôt, s'ils sentent que la gravité de l'offense n'est pas suffisantes pour se déclarer victime, s'il vous plait ne les obligez pas à l'être.

  • Bernard Terreault - Abonné 23 octobre 2020 09 h 02

    Violence ?

    Le titre accrocheur: Un prof sur deux a été victime de violence sexuelle ! Dans bien des cas on ne parle que de blagues insultantes. Moi, on m'a appelé Ti-c.. parce que je n'ai jamais dépassé 5pi6, et p'tit n.... parce que j'étais ultra bronzé à la fin de l'été, aux partys aucune fille ne me regardait, j'avais deux ans de moins que les autres pour avoir sauté des classes, et on appelait systématiquement Richard ou Yvon Le Gros, et d'autres l'échalotte ou le tondu ou la vieille fille ou le fifi. On ne changera pas ça, il faut apprendre à se blinder contre les insultes gratuites.

  • Jean-René Jeffrey - Inscrit 23 octobre 2020 09 h 32

    Tout est lié.

    « On parle principalement de harcèlement sexuel — regards offensants, remarques désobligeantes sur l’apparence ou sur les activités sexuelles, histoires ou blagues offensantes, discussions inappropriées sur le sexe ou geste à connotation sexuelle »

    Harcellement sexuel égale: regards offensants, remarques désobligeantes, (...) histoires ou blagues offensantes...

    Et on se demande pourquoi les étudiants universitaires perdent tout sens de la mesure à cause du « «n» word »!... Quand le subjectivisme devient la norme, il est partout. La plupart des «offenses» qualifiées ici de harcellement sexuels sont grandement liées à la subjectivité, à la perception de l'individu qui entend ou voit la situation en question et non au harcellement factuel. Se «sentir» offensé par une situation est grandement dépendant de la sensibilité subjective de l'individu.
    Quand on valorise à ce point la subjectivité, on ne doit pas se surprendre qu'en d'autres lieux, on décapite l'un, suspendent l'autre, ni qu'on hésite à envoyer promener les petites frappes étudiantes qui, au nom de leur sensibillité subjective, se sentent en droit de régenter la raison même à l'université.