Des experts prônent la ventilation des classes pour contrer le coronavirus

La transmission du virus dans l’air «ne peut être exclue», notamment dans des lieux publics «fermés et mal aérés», où les gens se côtoient pendant une longue période de temps, estime l’OMS.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir La transmission du virus dans l’air «ne peut être exclue», notamment dans des lieux publics «fermés et mal aérés», où les gens se côtoient pendant une longue période de temps, estime l’OMS.

La ventilation des espaces publics clos, comme les salles de classe, est-elle l’angle mort des mesures de prévention contre le coronavirus ? Des experts pressent le gouvernement de renforcer les systèmes de ventilation des écoles et des résidences pour personnes âgées, tandis que le Québec semble entrer dans une deuxième vague de contamination.

En l’absence de consensus scientifique sur la transmission du virus par aérosols — des gouttelettes très fines qui restent en suspension dans l’air —, des scientifiques prônent le principe de précaution. Ils recommandent d’ouvrir les fenêtres des salles de classe et d’autres lieux exigus où beaucoup de gens se côtoient, même durant les mois d’hiver, quitte à voir gonfler les coûts de chauffage.

L’usage de filtres à air portatifs est aussi conseillé dans les salles de classe sans fenêtres ou sans système de ventilation efficace. La ventilation des espaces publics clos est aussi importante que le port du couvre-visage et la distanciation physique, selon des experts.

« Les scientifiques croient que l’air joue un rôle dans la transmission du virus à l’intérieur. La ventilation est certainement un des facteurs sur lesquels on peut jouer pour diminuer les risques de propagation de la COVID », dit Caroline Duchaine, professeure de microbiologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les bioaérosols, à l’Université Laval.

« S’il y a des aérosols du virus présents dans la pièce, le fait de changer l’air peut réduire les chances que des gens soient exposés au virus », précise-t-elle.

Les scientifiques s’entendent sur le fait que les gouttelettes émises en toussant, en chantant ou en parlant fort, par exemple, sont un vecteur du coronavirus — par contact direct ou une fois qu’elles ont atterri sur une surface. Il n’y a toutefois pas de consensus sur la transmission par les aérosols. Mais un nombre croissant d’études scientifiques laissent croire que ces microparticules propagent le virus. Surtout dans les lieux clos peu propices à la distanciation et où le port du masque n’est pas obligatoire, comme en classe.

Une hypothèse plausible

La professeure Caroline Duchaine fait partie d’un groupe de 239 experts internationaux qui ont invité au mois de juin l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à reconnaître que le virus pouvait se propager par de fines particules restant en suspension dans l’air durant plusieurs minutes. L’OMS a par la suite modifié sa position à ce sujet. La transmission du virus dans l’air « ne peut être exclue », notamment dans des lieux publics « fermés et mal aérés », où les gens se côtoient pendant une longue période de temps, a déclaré l’organisation.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a ajusté son analyse en conséquence, en juillet. « Il n’existe pas encore de consensus relativement à une possible transmission par les aérosols (particules de moins de 5 micromètres). Cependant, de plus en plus d’auteurs sont d’avis que la propagation par des aérosols infectieux est plausible et qu’elle devrait être prise en considération », a indiqué l’INSPQ, en citant cinq études étant arrivées à cette conclusion en 2020 (menées par van Doremalen, Fears, ASHRAE, Wathelet, ainsi que Morawska et Cao).

Le mouvement Je protège mon école publique estime que le gouvernement doit donner le mot d’ordre de renforcer la ventilation dans les écoles. « C’est le moment, avec la progression du virus », fait valoir Patricia Clermont, porte-parole du mouvement.

L’apport d’air extérieur dans les systèmes de ventilation mécaniques doit être augmenté, pour que l’air soit changé au moins cinq fois par heure. Il faut aussi ouvrir les fenêtres, même en hiver, et oublier les économies d’énergie, selon l’École de santé publique de l’Université Harvard.

« La ventilation est une mesure aussi importante que la distanciation physique et le port du masque », estime Nancy Delagrave, professeure de physique au Collège de Maisonneuve.

Mise en application

Ces recommandations touchant la ventilation sont déjà mises en application à des degrés divers dans le réseau scolaire. Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), par exemple, a déjà mis en place les recommandations de l’OMS, de l’INSPQ et de l’American Society of Heating, Refrigerating and Air‑Conditioning (ASHRAE).

« Tous les systèmes [de ventilation] fonctionnent au régime d’apport d’air frais (provenant de l’extérieur) maximal comme recommandé par l’INSPQ. Ce régime de fonctionnement sera maintenu tant et aussi longtemps que les conditions météorologiques le permettront. Le CSSDM analyse actuellement la programmation des systèmes en vue de maximiser l’apport d’air frais en période hivernale », indique Alain Perron, porte-parole du Centre de services.

La ventilation est une mesure aussi importante que la distanciation physique et le port du masque

 

Un Plan sur la qualité de l’air intérieur est en place depuis l’année 2012 ; 124 des 221 bâtiments du CSSDM ont un système de ventilation mécanique (65 écoles sont complètement ventilées et 59 le sont partiellement). Tous les systèmes de ventilation font l’objet d’une inspection annuelle complète. Un système de télégestion centralisé fait aussi un suivi constant.

Le CSSDM a aussi entrepris les démarches pour remplacer les filtres des systèmes de ventilation pour des modèles plus performants (type MERV-13). Et depuis 2012, le mot d’ordre dans ses écoles dépourvues d’un système de ventilation est d’ouvrir les fenêtres, même en hiver.

Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, est rassurée par les mesures mises en place au CSSDM. Elle s’interroge toutefois sur la hausse des cas de contamination dans les écoles non seulement à Montréal, mais partout au Québec. « On n’a pas beaucoup de données scientifiques sur la transmission du virus dans l’air, mais on commence à se poser des questions quand on voit des écoles où il y a beaucoup de cas de contamination », dit-elle.

Les fenêtres des écoles primaires peuvent généralement être ouvertes, mais certaines classes d’école secondaire n’ont pas de fenêtres, rappelle la représentante des enseignants. Pas évident de ventiler dans ces conditions.

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3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 25 septembre 2020 11 h 40

    « Il n’y a de nouveau que ce qui est oublié ». Charles H. Fort (1874-1932)

    À l'époque où il existait encore des Écoles qui enseignaient comment « tenir maison », on recommandait d’aérer une habitation au moins une fois par jour. Chez nous, à chaque jour, ma mère ouvrait toutes grandes les portes avant et arrière de la maison durant une dizaine de minutes après le repas du midi, été comme hiver. Durant la saison froide, les enfants se sauvaient dans les chambres pendant l’aération de sorte à éviter le courant d’air. Cette consigne sanitaire remontait peut-être à l’époque de la grippe espagnole (1918-1919). Elle était vivement recommandée par les médecins de la Santé publique.

  • Benoit Samson - Abonné 25 septembre 2020 14 h 47

    Appel à l'aide

    Les statistiques que je peux consulter en ce 25 septembre sont incomplètes. Mais elles sont importantes pour les raisons qui suivent.
    Total d’écoles dans la province : Québec 3,260. Ontario 4,828.
    Écoles fermées; Québec : aucune. Ontario 2.
    Nombre d’individus atteints de la COVID dans les écoles : Québec 722. Ontario 238.
    Nombre d’écoles avec cas de COVID : Ontario 178. Au Québec : Inconnu.
    Nombre de classes avec cas de COVID : Ontario 238. Au Québec; Inconnu.
    Étant donné que la seule différence des consignes de retour en classe entre l‘Ontario et le Québec est l’obligation de porter le couvre-visage dans les classes en Ontario, si les chiffres présentés ici sont exacts l’incidence de cas de COVID serait 3 fois plus élevé dans les écoles du Québec que dans celles de l’Ontario malgré un nombre plus élevé d’écoles en Ontario ( 4,828 v/s 3,260 )
    Il est donc important après ce test de 3 semaines d’ouverture de vérifier si l’incidence des cas 3 fois plus élevés au Québec qu’en Ontario est effectivement exact et le cas échéant demander aux élèves du Québec de porter le couvre-visage comme on le fait en Ontario.

  • Benoit Samson - Abonné 25 septembre 2020 17 h 44

    Information additionnelle

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    Nombre de classes fermées: Québec 427. Ontario: inconnu