Apprendre dans le vacarme

L’école primaire Lajoie, dans l’arrondissement Outremont, est toujours l’objet de travaux à son entrée principale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’école primaire Lajoie, dans l’arrondissement Outremont, est toujours l’objet de travaux à son entrée principale.

Un vacarme assourdissant retentit à l’extérieur de l’école secondaire La Voie, dans le quartier Côte-des-Neiges. Des marteaux-piqueurs pilonnent la façade du bâtiment, qui doit être refaite au complet. Parfois, un bruit de génératrice vient s’ajouter au concert. À l’intérieur, derrière des fenêtres masquées par des bâches de protection, élèves et enseignants endurent en silence.

« Je ne sais pas comment ils font pour travailler avec un tel bruit dans les classes. Même dehors, c’est insupportable. Je dirais même que c’est révoltant », confie au Devoir une résidante du quartier.

Elle n’a jamais vu un chantier d’une telle ampleur en pleine rentrée scolaire, dans une école occupée par des élèves. Des clôtures de métal munies d’une membrane opaque bloquent l’accès au terrain de l’école. Des ouvriers grimpés dans des échafauds refont la maçonnerie du bâtiment, rue Lavoie.

« C’est dérangeant pour tout le monde, mais pour beaucoup de profs, c’est rendu presque normal de travailler dans un chantier », dit en soupirant Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal.

Elle sait ce que c’est que d’enseigner (et apprendre) dans ces conditions : pendant un an, son ancienne classe de l’école Judith-Jasmin, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, n’avait pas de fenêtres. Des échafaudages et du plastique orange obstruaient la vue. « Quand on a pu regarder dehors à la fin des travaux, mes élèves et moi, on a pleuré », raconte-t-elle.

Ce fatras de bruit et de poussière vient s’ajouter à la pénurie de personnel et à la gestion des mesures sanitaires qui visent à prévenir la propagation du coronavirus. Bref, ici, la pandémie et les difficultés du réseau scolaire public mettent à l’épreuve la patience de « l’équipe -école ».

Rattrapage massif 

L’Alliance des profs déplore ces conditions peu propices à l’apprentissage, mais peut difficilement s’opposer à la rénovation des bâtiments : faute d’entretien pendant des décennies, les établissements du réseau public québécois se trouvent dans un état lamentable.

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) reconnaît ce déficit d’entretien. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, le gouvernement Legault investit des sommes records pour rénover (1,6 milliard cette année), agrandir et construire (1,8 milliard cette année) des écoles.

« Plusieurs bâtiments scolaires sont dans un état de décrépitude tellement avancé qu’il s’avère plus rapide, moins dispendieux et plus sécuritaire de les détruire complètement pour ensuite les reconstruire », a indiqué le mois dernier le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Pour la première fois, 15 projets de reconstruction viennent d’être autorisés, pour un total de 300 millions de dollars.

L’école La Voie est récupérable, mais les 1050 élèves — issus de 80 pays, dans ce quartier parmi les plus multiethniques de l’île — ne sont pas au bout de leurs peines. L’école déborde. Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) prépare un projet d’agrandissement de 400 places. Autre chantier en vue…

Gros dollars, belles écoles

Le Centre de services tente autant que possible de faire les travaux durant l’été, en l’absence des élèves, ou encore les soirs ou les fins de semaine, si les rénovations prennent place après la rentrée. Le CSSDM a mené cet été tellement de chantiers — un record de 176 projets de réfection de cours d’école, réfection de l’enveloppe extérieure, agrandissements, mise en conformité, plomberie, etc. — que certains n’ont pu être complétés durant les vacances, explique le porte-parole Alain Perron.

Le Centre de services est encouragé par les investissements de Québec, qui permettent d’inaugurer de superbes bâtiments comme l’école Sainte-Bibiane, reconstruite dans le quartier Rosemont. La pénurie de locaux est toutefois tellement criante que le CSSDM manque de bâtiments pour délocaliser les élèves pendant les travaux, souligne Alain Perron.

Au moment où ces lignes étaient écrites, il ne pouvait préciser le nombre de chantiers toujours en cours. L’école primaire Saint-Ambroise, dans La Petite-Patrie, en tout cas, vibre au rythme des rénovations qui prennent place dans le gymnase d’un des pavillons de l’établissement. « C’est comme un bruit de guerre », dit un membre du personnel qui a demandé à ne pas être identifié par crainte de représailles.

Bruit et poussière

Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui dessert l’ouest de l’île, doit aussi restaurer des immeubles vétustes en pleine année scolaire. L’école primaire Lajoie, à Outremont, bâtie dans les années 1910, a des allures de chantier. L’escalier extérieur et l’espace intérieur de l’entrée principale doivent être reconstruits. Les blocs sanitaires et des équipements de chauffage ont été remplacés.

Une partie de la cour d’école est condamnée pour entreposer de la machinerie. Un projet d’agrandissement du bâtiment, qui comporte une passerelle avec le pavillon voisin, est aussi prévu.

Les travaux font-ils du bruit ? De la poussière ? Comment cohabitez-vous avec le chantier en pleine rentrée scolaire ? « Vous posez de bonnes questions. Vous pouvez deviner les réponses ! », dit un membre du personnel au représentant du Devoir, à travers la clôture de la cour d’école. Les enfants, eux, courent dans tous les sens en savourant chaque minute de la récréation avec leurs amis.

« Nous sommes conscients que les travaux effectués sur un immeuble bâti au début du siècle dernier peuvent générer certains inconvénients et à ce chapitre, toutes les équipes ont travaillé très fort pour les réduire au strict minimum dans les circonstances. Notre priorité demeure toujours la sécurité des élèves et des membres de notre personnel », précise Chrystine Loriaux, directrice des communications du Centre de services Marguerite-Bourgeoys.

À voir en vidéo

3,4 milliards
C’est le montant que Québec investit cette année dans la rénovation, l’agrandissement et la construction d’écoles.
2 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 3 septembre 2020 07 h 37

    Le vacarme qui rend fou ou la folie du vacarme ?

    Ça fait 5 ans que ma conjointe et moi vivons à proximité d'une usine de pain ; le vacarme, c'est 24 heures sur 24, 7 jours semaine. Il n'y pas même eu de répit pendant le confinement. Et, avec l'augmentation et la rareté des loyers...

    Le vacarme, nous pouvons en témoigner, est quelque chose qui rend fou.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 3 septembre 2020 10 h 03

      Et la folie est bien plus dangereuse que le bruit...