La demande pour les fournitures scolaires a explosé en raison de la pandémie

Les jumeaux Divinshy et Vinshy, 7 ans, découvrent avec joie le contenu de leur sac d’école qui leur a été offert.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les jumeaux Divinshy et Vinshy, 7 ans, découvrent avec joie le contenu de leur sac d’école qui leur a été offert.

Assis sur la pelouse, devant le YMCA de Saint-Laurent, Vinshy et Divinshy ouvrent avec fébrilité leur nouveau sac à dos sous le regard amusé de leur grand-mère Nirva. Vinshy s’empresse de tailler ses crayons et de les ranger dans son nouvel étui. Son frère jumeau, lui, fait semblant de jouer de la guitare avec sa règle. « J’ai hâte d’aller à l’école, j’ai vraiment hâte ! » lance Vinshy, qui s’en va en 2e année. Il aime les mathématiques, son frère, « les phrases qui riment ».

C’est jour de distribution de fournitures scolaires pour les familles qui traversent des moments difficiles, une opération organisée par le Regroupement Partage, qui offrira cette année plus de 6000 sacs à dos neufs remplis de cahiers, de crayons, de cartables, de masques réutilisables, de gourdes et de sacs à lunch. L’an dernier, ils étaient 4700 à avoir profité du programme.

Selon les quartiers, la demande a augmenté de 50 à 300 %, affirme la directrice du Regroupement Partage, Sylvie Rochette. Villeray, Hochelaga, Rivière-des-Prairies et Anjou sont les quartiers où la demande a augmenté de façon plus importante.

« Il y avait déjà beaucoup trop de gens vulnérables, mais depuis la pandémie, la demande a carrément explosé. La clientèle appauvrie est encore plus pauvre et on voit une nouvelle clientèle, des gens qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans emploi. On voit leur détresse, leur gêne. Ils ne connaissent pas les ressources, car jamais ils n’ont cru qu’ils en auraient besoin… »

L’organisme a augmenté son aide de 25 % cette année, mais cela n’est pas encore assez pour répondre à la demande, déplore Mme Rochette. En effet, son organisme a reçu plus de 10 000 demandes pour avoir un sac à dos, mais elle ne peut en offrir que 6000. « On avait une liste d’attente, mais rendu à 10 000, on a dû arrêter de prendre des noms, on n’était juste plus capables de fournir. Les autres sont tombés entre les mailles du filet. »

Elle évoque également tous les organismes d’aide alimentaire qui ont fait des pieds et des mains sur le terrain depuis le début de la pandémie pour s’adapter à cette augmentation fulgurante de la demande. « Les gens sur le terrain sont fatigués, c’est très inquiétant. S’il n’y avait pas eu ce filet social là, il y aurait encore plus de monde en détresse, bien qu’il y en ait déjà beaucoup trop en ce moment. »

Le goût de l’école

Sous la tente, la distribution va bon train. Sarah choisit un sac de couleur rose, qui s’agence avec ses leggings roses et son chandail blanc à fleurs roses. « C’est ma couleur préférée », précise la fillette de neuf ans en anglais. Sarah a elle aussi hâte de commencer l’école et d’étrenner son nouveau matériel. « J’adore l’école. Madame la professeure est très gentille. Je ne parle pas encore très bien le français, mais quand j’ai des questions, Madame est toujours là pour m’aider. »

Déposant les sacs de nourriture qu’il a reçus en même temps que les fournitures scolaires, le père de Sarah, Amarnath Prabha, raconte qu’il a quitté l’Inde il y a à peine sept mois. Il est ingénieur et sa femme est infirmière, mais ils ne travaillent pas encore, alors ils vivent de leurs économies et de l’aide gouvernementale. Elle étudie le français et lui a entamé des démarches pour obtenir le droit de travailler dans son domaine. « Quelle belle surprise de savoir que nous pouvons obtenir gratuitement les fournitures scolaires pour nos enfants ! Ça va vraiment nous aider. Merci mon Dieu et merci le Canada ! »

Sarah retourne jouer tout près des jumeaux Vinshy et Divinshy, qui ont abandonné leurs fournitures scolaires pour grimper sur la clôture. « On veut permettre aux enfants de vivre une rentrée scolaire comme tous les autres enfants. La joie de découvrir du matériel tout neuf, ça donne le goût d’aller à l’école », dit Mme Rochette.

Elle parle des railleries auxquelles sont souvent confrontés les enfants qui ont du matériel trop usé, du sentiment de fierté et de sécurité que procure le fait d’avoir du matériel neuf.

Parents

Pour les parents, cette aide permet de diminuer le stress financier que représente la rentrée. « Ça m’aide vraiment, confirme Winel, qui a deux enfants d’âge scolaire. J’aurais fait des efforts pour acheter tout ça, mais on est affectés financièrement par la COVID, comme la majorité de la population. Cette aide, c’est un soulagement pour notre famille. L’argent va servir à autre chose pour les enfants : des vêtements, des bottes d’hiver, etc. »

Mais au-delà du stress financier, le fait d’être capable de combler les besoins de leurs enfants, malgré la situation difficile dans laquelle ils se trouvent, permet aux parents d’avoir une meilleure estime de leurs compétences parentales, affirme Mme Rochette. « J’étais dans Hochelaga hier et un garçon de huit ans me disait à quel point il était heureux d’avoir son nouveau sac. Il m’a dit : “Je suis heureux surtout pour mon papa. Il pleurait hier parce qu’il n’avait pas assez d’argent pour m’acheter tout ce dont j’avais besoin.” Ça m’a tellement touchée… »

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