Encore de l’incertitude pour les élèves à besoins particuliers

Nathalie Laurencelle ignore comment se fera la scolarisation de ses deux garçons autistes, Malik et Wissem, dans le contexte de la pandémie. Les deux jeunes entreront en première secondaire à l’école Sophie-Barat dans deux semaines.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Nathalie Laurencelle ignore comment se fera la scolarisation de ses deux garçons autistes, Malik et Wissem, dans le contexte de la pandémie. Les deux jeunes entreront en première secondaire à l’école Sophie-Barat dans deux semaines.

À deux semaines de la rentrée scolaire, Nathalie Laurencelle ignore comment se fera la scolarisation de ses deux garçons autistes. Elle craint de revivre les moments pénibles du printemps dernier, quand elle a dû s’improviser enseignante de ses enfants abandonnés par le réseau d’éducation.

« Le ministre a un plan pour la rentrée, ça a l’air bien beau devant les caméras, mais il n’y a rien pour les élèves à besoins particuliers. Je ne sais pas quel type d’enseignement auront mes garçons. Je suis déçue et fâchée », dit la mère de famille, jointe chez elle dans le quartier Ahuntsic, au nord de Montréal.

Mme Laurencelle n’est pas la seule à se poser ces questions : quelque 225 000 élèves, soit un sur quatre, sont handicapés ou ont des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) au Québec.

Ses garçons de 12 et 13 ans, Malik et Wissem, entreront en première secondaire à l’école Sophie-Barat, du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Ils ont un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme. Ils ont besoin de services adaptés : orthopédagogue, orthophoniste, et ainsi de suite.

À cause de son état de santé, Nathalie Laurencelle prévoit de garder ses enfants à la maison. Elle souffre de lupus, une maladie qui la rend immunosupprimée. Elle est extrêmement vulnérable à une infection au coronavirus.

Le ministère de l’Éducation permet aux parents ayant une telle pathologie de garder leurs enfants à la maison — avec un certificat du médecin — à cause de la pandémie. Ces élèves auront droit à un enseignement à distance en bonne et due forme par un enseignant qualifié, a promis le ministre Jean-François Roberge.

Un plan en marche

Quel type d’enseignement à distance ? Nathalie Laurencelle est insatisfaite des réponses offertes par la direction de l’école de ses fils. Le directeur de l’école l’a informée au cours des derniers jours qu’il attendait de nouvelles consignes du ministère de l’Éducation au sujet de l’enseignement à distance, notamment pour les élèves en difficulté.

Ces directives ont été transmises mercredi aux centres de services scolaires, confirme Alain Perron, porte-parole du CSSDM.

« Ainsi, dans les prochains jours, nous informerons les parents afin que ceux dont l’enfant ou l’un de ses proches est aux prises avec une [situation] médicale particulière les rendant vulnérables à la COVID-19 puissent en aviser l’école et présenter le [certificat] du médecin précisant cette situation. Pour eux, le centre de services scolaire mettra en place un service d’enseignement à distance », indique-t-il.

« Nous sommes donc dès maintenant à organiser ce service. Nous souhaitons regrouper des élèves sous la responsabilité d’un même enseignant en fonction de leur niveau scolaire au primaire. Au secondaire, en fonction du nombre d’élèves, nous allons considérer joindre des enseignants associés à leur spécialité d’enseignement », ajoute le représentant du plus grand centre de services scolaire du Québec.

Nathalie Laurencelle ne doute pas de la bonne foi de l’école et du centre de services, mais elle est échaudée par l’improvisation des dernières années en éducation. « J’ai hâte de voir comment tout ça va être mis en place, compte tenu de la pénurie de personnel. Le lien de confiance avec l’enseignant est important pour les élèves autistes », dit-elle.

Des solutions

Isabelle Gadbois, présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec, s’étonne de l’incertitude qui plane encore au sujet de la rentrée scolaire. La balle est dans le camp des écoles et des centres de services scolaires, selon elle.

« Les écoles sont tenues d’offrir les services prévus par la Loi sur l’instruction publique et par le régime pédagogique. On ne peut pas juste attendre des consignes du ministère, les écoles doivent se préparer à accueillir les jeunes le 27 août », dit-elle.

« On ne veut pas se retrouver avec un enseignement à géométrie variable comme on l’a vu au printemps dernier », ajoute-t-elle.

Les orthopédagogues, en tout cas, sont prêts. Ils ont été formés pour offrir des consultations par visioconférence. Ils ont aussi formulé une série de recommandations au ministère de l’Éducation pour faciliter les services en présence à l’école.

On ne veut pas se retrouver avec un enseignement à géométrie variable comme on l’a vu au printemps dernier

 

L’Association des orthopédagogues réclame entre autres la possibilité de faire de l’intervention en petits groupes et non seulement un élève à la fois — ce qui serait susceptible d’aider les garçons de Nathalie Laurencelle. Les orthopédagogues croient qu’ils pourraient offrir du soutien aux enfants en toute sécurité dans des sous-groupes de six élèves et moins, même sans distanciation physique, en portant masque et visière.

Ils demandent aussi que les budgets de l’année dernière soient bonifiés à cause des besoins supplémentaires dus à la pandémie. Les services spécialisés devraient être offerts « en fonction du taux de prévalence des problématiques et non des cotes des élèves évalués ». En raison de l’urgence, ils souhaitent aussi que les plans d’intervention soient reconduits sans passer par le processus d’évaluation et de cotation des élèves.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le ministère de l’Éducation n’avait pas répondu à nos questions.

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1 commentaire
  • Loyola Leroux - Abonné 14 août 2020 21 h 56

    Un Québec fou de ses enfants fous. Que faire ?

    Les EHDAA se nommait MSA en 1980. Un chercheur a-t-il publié un texte sur l'évolution de la manière de nommer ceux qui ont de la difficulté en classe ? Un autre a-t-il fait le bilan de la réussite de tous ces programmes pour les aider ?