Un enseignement «garanti», même à distance, assure le ministre Roberge

Pour l’année scolaire à venir, les horaires de récréation seront construits de manière à ce que tous les élèves ne se côtoient pas en même temps. Le masque ne sera pas obligatoire dans la cour extérieure.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour l’année scolaire à venir, les horaires de récréation seront construits de manière à ce que tous les élèves ne se côtoient pas en même temps. Le masque ne sera pas obligatoire dans la cour extérieure.

Cette fois, le réseau de l’éducation est prêt. Le ministre Jean-François Roberge « garantit » que l’enseignement à distance sera offert à tous les élèves en cas d’éclosion de coronavirus dans une école à compter de la rentrée scolaire, dans moins de trois semaines.

Le ministre de l’Éducation a pris cet engagement, lundi, en confirmant les lignes directrices en vue de l’année scolaire qui s’amorcera à la fin du mois d’août. La rentrée se fera dans les écoles, pour tous les élèves du Québec, du préscolaire jusqu’au secondaire.

Le port du couvre-visage sera obligatoire pour les élèves à compter de la cinquième année du primaire, ainsi que pour le personnel scolaire à tous les niveaux. Il faudra porter le masque dans les espaces communs et lors des déplacements dans l’école, ainsi que dans les transports scolaires, mais pas en classe.

Le gouvernement Legault, appuyé par la Santé publique, fait le pari que ces mesures permettront le retour en classe de façon sécuritaire pour environ un million d’élèves, en pleine pandémie de coronavirus.

L’improvisation ayant marqué la dernière année scolaire est chose du passé, a assuré le ministre Roberge. Tout élève forcé de rester à la maison à cause d’une éclosion de coronavirus dans son école — ou en raison de son état de santé fragile — aura droit à un suivi à distance par un enseignant, ainsi qu’à un ordinateur ou à une tablette branchée à Internet en cas de besoin.

« Advenant la fermeture d’une classe, il y aura des balises claires pour assurer qu’à l’intérieur de 24 heures, on bascule vers l’enseignement à distance. J’appelle ça ma garantie qualité-équité », a dit le ministre de l’Éducation lors d’un point de presse, lundi.

Par exemple, en cas de fermeture d’une classe de niveau secondaire, les élèves auront droit à un minimum de 15 heures de cours à distance par semaine et à 2 heures par jour d’accès à un enseignant en ligne, a précisé le ministre Roberge.

« Cette garantie, je pense, elle est très importante pour rassurer les parents. Si jamais on doit fermer une classe ou une école pendant une durée limitée, on veut que l’éducation et l’enseignement se poursuivent. C’est un défi qu’on est capables de relever », a-t-il ajouté.

Les parents et le personnel scolaire ont applaudi l’engagement du ministre, qui doit cependant livrer ce qu’il a promis. Québec a notamment commandé au mois de juin des milliers d’ordinateurs et de tablettes, pour une somme de plus de 100 millions de dollars.

Défi en 4e et 5e secondaire

Les élèves de quatrième et de cinquième secondaire risquent d’avoir certaines journées d’enseignement à la maison, car la multiplication des cours optionnels complique le principe voulant que les élèves demeurent à l’intérieur d’un même groupe — pour limiter la propagation du virus.

« C’est pour ça qu’on a fait le compromis de permettre, pour les [secondaires] 4 et 5, d’avoir des journées en alternance à l’école et à la maison, mais à la maison, on continue d’apprendre avec des travaux », a expliqué lundi le ministre Roberge.

De leur côté, les directions d’école sont prêtes à réduire le nombre d’options pour permettre au plus grand nombre possible d’élèves de se trouver sur les bancs d’école, même en quatrième et en cinquième secondaire. Cette décision appartiendra à chaque direction d’école.

Le ministre ne semble pas bien, bien stressé par les retards des élèves après les mois de confinement, mais nous, ça nous stresse

 

Les écoles pourront continuer d’offrir les programmes particuliers en sports-études ou en arts-études « à la condition d’être capables de respecter les conditions logistiques et sanitaires », a précisé le ministre Roberge.

« Certaines écoles vont y arriver, d’autres vont être obligées de réduire les sports-études et les arts-études, ou ne pourront juste pas le faire en fonction de la logistique des locaux qui sont disponibles ou du nettoyage qu’on doit faire entre chaque groupe. […] C’est plus dur à cause du contexte sanitaire. »

Décrochage

Une grande inconnue demeure dans le plan du ministre Roberge : qu’a-t-il prévu pour le rattrapage des élèves qui ont accumulé un retard durant les mois de confinement ? Le ministre a promis qu’un plan serait annoncé plus tard, ce qui laisse les trois partis d’opposition sur leur faim.

« Ça va prendre un plan de réussite éducative pour ne pas avoir de génération COVID, a déclaré la députée libérale Marwah Rizqy. Le ministre parle de santé, ça, je peux comprendre, mais il manque un autre pan important. »

« C’est vraiment une énorme déception aujourd’hui, a réagi à son tour la députée du Parti québécois Véronique Hivon. Une énorme déception de voir que le ministre de l’Éducation n’en fait toujours pas une priorité. Il n’en a même pas parlé dans son allocution. »

Lorsqu’il a répondu à la question d’un journaliste, M. Roberge a indiqué qu’une autre annonce sur le rattrapage scolaire aurait lieu ultérieurement, sans préciser quand ni indiquer s’il y aurait une enveloppe qui y serait consacrée. « C’est quelque chose qui nous apparaît totalement inconcevable [de la part] d’un ministre de l’Éducation, de surcroît dans un gouvernement qui dit que l’éducation est sa grande priorité », a ajouté Mme Hivon.

« Je ne vois pas pourquoi ils ne sont pas en mesure d’annoncer à deux semaines de la rentrée quel va être le plan pour soutenir les élèves pour leur réussite, comment on va faire pour lutter contre le décrochage que tous les spécialistes dans le réseau craignent, a souligné la députée de Québec solidaire Christine Labrie. Il aurait dû travailler là-dessus dès le printemps et c’est inacceptable pour moi qu’il n’y ait encore rien de prévu pour ça. »

Les syndicats d’enseignants et les directions d’école ont accueilli favorablement le plan du ministre, qui a écouté le réseau, selon eux. La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal réclament toutefois, comme les partis de l’opposition, un plan pour soutenir les élèves en difficulté.

« Le ministre ne semble pas bien, bien stressé par les retards des élèves après les mois de confinement, mais nous, ça nous stresse », dit Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance.

Parents craintifs

Des parents restent préoccupés par les risques de propagation du virus dans les écoles, en dépit des mesures sanitaires mises en place par Québec. Sarah Gibson, auteure d’une pétition de 19 000 noms remise lundi au ministère de l’Éducation, a dit être déçue par le plan de retour à l’école.

« La pétition demandait principalement des écoles plus sécuritaires et des cours à distance pour toute famille qui en ferait la demande et maintenant, nous avons des conditions qui semblent rendre les écoles moins sûres avec 30 élèves par classe sans distanciation physique ni port du masque [dans les classes]. »

Elle fait partie du groupe de quatre parents, représentés par l’avocat Julius Grey, qui avaient mis en demeure le ministre Roberge la semaine dernière pour l’inciter à offrir l’éducation à distance.

Le plan du ministre Roberge en 10 points

Le plan pour la rentrée scolaire, qui avait été dévoilé en juin par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a été actualisé en vue de la rentrée des classes. Voici les mesures principales qui seront mises en place dans les écoles de la province.
  • Le port du masque sera obligatoire pour les élèves à partir de la cinquième année du primaire. Ils devront porter le masque lors des déplacements, dans les espaces communs de l’école et dans le transport scolaire, mais pas en classe.
  • Le personnel scolaire devra aussi porter le masque, sauf en classe.
  • Les élèves demeureront toujours dans leur classe. Les enseignants changeront de classe en fonction des matières.
  • Tout élève qui présente des symptômes de COVID-19 en classe sera isolé dans une pièce, avec un membre du personnel, en attendant qu’un parent vienne le chercher. La pièce sera nettoyée, désinfectée et ventilée après le départ de l’élève.
  • Le personnel de l’école et les parents d’un élève infecté devront noter les contacts étroits que celui-ci a eus avec d’autres personnes. Celles-ci devront ensuite passer un test de dépistage.
  • Une aide pédagogique à distance sera fournie aux élèves en attente du résultat d’un test de dépistage ou en isolement à la maison.
  • Il reviendra aux responsables régionaux de santé publique de recommander la fermeture d’une classe ou d’une école en cas de foyer d’éclosion dans une classe.
  • En cas d’éclosion, il sera possible de fermer seulement une classe durant deux ou trois semaines, sans fermer toute l’école. « En moins de 24 heures, on bascule vers l’enseignement à distance », a précisé le ministre Roberge.
  • Les élèves de quatrième et de cinquième secondaire risquent de devoir étudier à la maison certains jours, car la multiplication des cours optionnels complique le principe de toujours garder les élèves à l’intérieur d’un même groupe.
  • Les horaires de récréation seront construits de manière à ce que tous les élèves ne se côtoient pas en même temps. Le masque ne sera pas obligatoire dans la cour extérieure.
Sandrine Vieira
 

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5 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 11 août 2020 01 h 51

    MUTISME SÉLECTIF SUR LE SORT DES ÉCOLIERS VULNÉRABLES

    Dans les annonces actuelles sur la rentrée, rien de précis sur l'aide qui doit être apportée aux écoliers en difficultés de légères à extrêmes.
    Je dénonce donc à nouveau l'ABANDON DES ÉCOLIERS LES PLUS VULNÉRABLES, comme j'ai été contraint de le faire tout au long de ma carrière bientôt cinquantenaire.

    DÉNONCER :
    o La piètre tenue des plans d'intervention scolaires;
    o Les déficits d'évaluations expertes;
    o Les manques de services professionnels;
    o Les lacunes abyssales dans la concertation requise depuis 2003-2004 entre la santé et des services sociaux et le milieu scolaire pour une amélioration authentique de l'efficacité des plans de services individualisés et intersectoriels;
    o le sort des ÉHDAA laissés pour compte dans un système déviant depuis les années 90, à la suite de l'improvisation (ni préparation, ni formation, ni temps, ni financement) des plans d'intervention (1988), de la récupération budgétaire du modèle de l'Iowa et du début des coupures en soutien technique et professionnel (1992);
    o La vulnérabilisation de tous les intervenants du terrain, ployant sous les fardeaux de la santé, de la DPJ, des écoles et contraints de décrocher faute de soutien, de respect, d'autonomie et de reconnaissance authentique;
    o Le manque d'écoute, d'humilité et d'empathie du monde universitaire (sacralisé) de l’éducation et son habitude de s'emparer du nécessaire «empowerment » des praticiens au profit de « hauts savoirs » cloisonnés, qui, à ce stade de la crise des ÉHDAA sont très loin d'avoir fait leurs preuves, malgré les données dites probantes, dont la probité sera d'ailleurs à revisiter (Cf. RAI)...
    o Les carences de la formation initiale des enseignants;
    o Les carences de la formation de deuxième cycle des gestionnaires quant à la gestion éthique systémique des PI et des PSII;
    o Les tactiques du réseau pour épuiser à la fois ses intervenants de première ligne et les parents des écoliers concernés dans les dédales administratives...

  • Benoit Samson - Abonné 11 août 2020 08 h 43

    La pensée magique du ministre de l'éducation

    Le ministre et les agences de santé publique du Québec prennent note du risque de transmission carabinée du virus entre les élèves qui retourneront à l’école. C’est maintenant prouvé qu’il s’y transmet aussi facilement qu’entre les adultes. Le personnel et étudiants devront donc porter le masque qui est efficace pour empêcher la contagion quand ils seront en groupe. Mais dans une pirouette incompréhensible, les précautions que l’on reconnait devoir prendre jusqu’à l’arrivée dans les salles de classe s’envolent en fumée dans ces locaux où jusqu’à 30 élèves pourraient être confinés à longueur de journée. Cela relève de la pensée magique de croire que ces élèves éviteront la contamination croisée entre eux par les mêmes mécanismes que l’on avait choisi de respecter jusqu’à leur entrée dans les salles de classe. Le virus ne lira pas les directives du ministère.
    Comme Boris Johnson et Trump l’admettent ouvertement, les écoles doivent rouvrir pour assurer la santé économique du pays. En n’obligeant pas le port du masque dans les classes le Québec privilégie la survie économique de la province à la survie biologique des enfants et des membres de leur entourage. Une grande partie de la population est d’accord avec le gouvernement à cet égard. Mais on se tire dans le pied en même temps puisqu’il est certain qu’à courte échéance on devra refermer les écoles dans lesquelles la contagion repartira à cause de la promiscuité des élèves sans masques et repartir à zéro.

  • Benoit Samson - Abonné 11 août 2020 08 h 55

    Les petits cobayes québécois


    Les enfants canadiens qui retourneront en classe à travers le pays en septembre ne le feront pas tous selon les mêmes critères, ni avec les mêmes protections.
    La grosse différence entre l’Ontario et le Québec semble être l’obligation de porter un masque en classe en Ontario et non au Québec.
    On pourra donc comparer dans quelques semaines laquelle des deux cohortes aura le mieux réussi à contrôler la contagion ou, s’il n’y a pas de différence entre les deux groupes.
    Tristement, le groupe de cobayes le plus à risque de cette étude dans laquelle ils participent involontairement à la suite des décisions du ministre de l’éducation est celui composé des enfants du Québec.

  • Jean Richard - Abonné 11 août 2020 10 h 32

    Des millions de tablettes, mais...

    « à l’intérieur de 24 heures, on bascule vers l’enseignement à distance »

    Ah ! Oui ! Le ministre est-il ignorant au point de ne pas savoir que cet enseignement se fera grâce aux télécommunications, les TIC comme on les a souvent appelées (technologie de l'information et de la communication) ? Et se pourrait-il qu'il ignore qu'en matière de télécommunications, il y a au moins deux classes : les branchés et les débranchés ?

    À Montréal (et ailleurs en province), il y a, dans la grande majorité des quartiers, même ceux qu'on croit riches, des foyers où vivent des familles avec enfants, avec des revenus qui ne suffisent même pas à payer le loyer, la bouffe et les vêtements. Alors, considérant le coût élevé de l'accès à internet, à quel endroit coupe-t-on pour rejoindre les deux bouts à la fin du mois ?

    Le ministre claironne qu'on a acheté des millions de tablettes. Soit ! Mais pour que ces tablettes jouent leur rôle, il faut les relier à internet, avec un lien à débit suffisant pour permettre la visioconférence et une limite de consommation mensuelle évitant les mauvaises surprises à la fin du mois car la visioconférence utilisée lors de l'enseignement à distance fait vite monter le compteur, ce qui peut coûter très cher. Alors, si le ministre est conscient de la situation, a-t-il prévu des mesures pour venir en aide aux familles qui ne sont pas en mesure de faire participer leurs enfants à l'enseignement à distance ? Si oui, il a oublié d'en parler.

    Va pour l'enseignement à distance, mais il faut à tout prix empêcher qu'il ne vienne creuser l'écart entre les favorisés et les défavorisés. Si l'enseignement à distance devient universel, il faudra que l'accès au réseau internet soit aussi universel, comme l'eau potable à nos robinets, et non pas un outil pour générer des G$ de profits pour Québecor ou Bell.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 11 août 2020 21 h 01

    Maman de deux garcons, très satisfaite du plan de Roberge.
    Soulagement, je pense qu'on fait de l'excellente gestion de risque en imposant le masque au 5iem et 6iem année du primaire mais pas dans la classe, éliminer les bulles à 6..

    Pour le reste: éléve en difficulté, enseignement à distance, manque de personnel ect...on est dans le même système de merde, broche à foin et sous financé que les Liberaux nous ont légué, covid en plus, alors bonne chance pour ceux qui s'attendaient à mieux...