Le milieu scolaire veut des balises claires pour gérer les éclosions

Les syndicats d’enseignants, les comités de parents et les directions d’écoles exigent l’instauration de balises permettant de prévoir ce qui arrivera quand des cas de coronavirus seront détectés.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les syndicats d’enseignants, les comités de parents et les directions d’écoles exigent l’instauration de balises permettant de prévoir ce qui arrivera quand des cas de coronavirus seront détectés.

Le gouvernement Legault doit présenter ce lundi une mise à jour de son plan pour la rentrée scolaire. À la veille de cette annonce, des acteurs du monde de l’éducation espèrent vivement que Québec mette en place un protocole clair et détaillé de gestion des cas de coronavirus qui ne manqueront pas de se déclarer dans le réseau.

Syndicats d’enseignants, comités de parents, directions d’écoles : ces groupes ne veulent pas revivre le brouillard du printemps. Au-delà des détails des consignes sanitaires qui prévaudront entre les murs des établissements, ils exigent l’instauration de balises permettant de prévoir ce qui arrivera quand des cas seront détectés.

« S’il y avait un cas dans une école, il se passerait quoi ? À quel symptôme l’élève est-il retiré ? Pendant combien de temps ? À combien d’élèves dans une classe ou une école on doit penser à une fermeture ? » demande Nicolas Prévost, le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), qui compte 2000 membres.

« On veut que les protocoles de santé publique soient clairs et standardisés, que ce soit la même chose partout, ajoute Marc-Étienne Deslauriers, le président du comité de parents du Centre de services scolaire de Montréal (CSSM, ancienne CSDM). Il faut que les parents puissent prévoir ce qui se passera, parce que c’est certain qu’il y aura des cas de contagion. »

Il faut que les parents puissent prévoir ce qui se passera, parce que c’est certain qu’il y aura des cas de contagion

En mai et en juin, un maximum de 44 cas actifs de COVID-19 ont été rapportés simultanément par l’ensemble des écoles primaires ayant rouvert leurs portes. Dans les établissements touchés, la réponse n’a pas toujours été la même, déplore Josée Scalabrini, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). « Les enseignants ne doivent pas devenir la police, mais il faut qu’ils sachent ce qui arrive en cas d’éclosion », juge-t-elle.

Nancy Goyette, professeure au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières, souligne quant à elle qu’il faut aussi savoir quoi faire lorsqu’un enseignant est déclaré positif à la COVID-19. « On est en pénurie d’enseignants présentement, on les remplace par qui ? » se demande-t-elle.

Au Centre de services scolaire de Montréal et à la Commission scolaire English-Montréal, on dit vouloir attendre l’annonce de lundi avant d’émettre des commentaires. Du côté syndical, la Fédération autonome de l’enseignement souhaite aussi attendre avant de se prononcer.

Le masque à l’école ?

Évidemment, plusieurs questions seront abordées lundi par les ministres Jean-François Roberge (Éducation) et Christian Dubé (Santé), qui donneront une conférence de presse à 13 h en compagnie du directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Il sera certainement question des « bulles » sans distanciation physique, mais aussi du port du masque.

À ce sujet, la FQDE a fait connaître sa position au ministère de l’Éducation lors d’une rencontre préparatoire à la mise à jour du plan de match, la semaine dernière. Les directions d’école que la fédération représente souhaitent que Québec préconise le port du couvre-visage pour les élèves de 12 ans et plus lors des déplacements dans l’école.

Chez les parents d’élèves du CSSM, on considère aussi que cette option est « cohérente » avec les règlements en place dans le reste de la société. « Les gens ont maintenant l’habitude de mettre un masque pour se déplacer dans un restaurant, puis de l’enlever à table. Si c’est ce qu’on nous annonce demain, je pense que les parents vont accepter cela sans problème », dit M. Deslauriers.

Vendredi, Santé Canada a recommandé que tous les écoliers de 10 ans et plus portent le masque lorsqu’ils ne se trouvent pas en classe. C’est toutefois aux provinces de trancher.

Si les enseignants devaient porter le masque en classe, Mme Scalabrini s’attend à ce que les contacts avec les élèves soient plus ardus. « Enseigner, c’est communiquer, explique-t-elle. Ça va au-delà des mots : il y a des mimiques, il y a du non-verbal. L’important, c’est de savoir comment s’ajuster à cette réalité s’il doit y avoir le port du masque obligatoire [pour les enseignants]. »

De manière générale, les acteurs du monde de l’éducation qui ont discuté avec Le Devoir dimanche sont ravis que la rentrée se fasse en classe, et non par écrans interposés. Mais au-delà de la question immédiate des consignes sanitaires, on s’inquiète des retards d’apprentissage que pourraient accuser certains élèves après des mois d’absence.

Au surplus, Mme Goyette souligne que les enseignants seront débordés s’ils doivent composer à la fois avec l’enseignement en classe, pour la majorité des élèves, et l’enseignement à distance, pour ceux ayant des conditions médicales particulières.

« J’ai besoin d’entendre que le ministre a un plan à long terme, dit pour sa part M. Deslauriers. Je ne crois pas qu’avec les ressources actuelles, on peut envisager de rattraper le retard de l’an dernier et d’assurer l’enseignement de cette année. »

104 nouveaux cas recensés au Québec

Le nombre de nouvelles infections annoncées quotidiennement au Québec est demeuré sous le plateau des 150 pour une quatrième journée d’affilée. Selon les données du ministère de la Santé du Québec publiées dimanche, 104 nouveaux cas de COVID-19 ont été rapportés au cours des dernières heures. Le nombre de personnes atteintes par le coronavirus depuis le début de la pandémie s’élève dorénavant à 60 471 dans la province. On avait rapporté 126 cas vendredi et 108 la journée précédente. Les autorités ont cependant déploré trois nouveaux décès, dont un avant le 1er août, portant ainsi le bilan à 5695. Mais si le nombre de nouveaux cas semble se contenir, le nombre d’hospitalisations a, lui, de nouveau augmenté. On comptait 156 patients atteints de la COVID-19 dans les centres hospitaliers, un de plus que la veille. Le nombre de patients aux soins intensifs s’élève à 22, en baisse d’un par rapport aux données présentées samedi.

 

La Presse canadienne

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