Offensive numérique en vue de la rentrée

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) estime que 6800 élèves n’ont pas d’ordinateur à la maison.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) estime que 6800 élèves n’ont pas d’ordinateur à la maison.

Des centres de services scolaires disent mener une véritable « offensive numérique » en prévision d’une possible deuxième vague du coronavirus. Si de nombreux centres se disent prêts — sans toutefois le souhaiter — à un retour à l’enseignement à distance, beaucoup de chemin reste à faire.

« On est loin du mois de mars. On ne tombera pas dans le même chaos », assure Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). « Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’inconnu. Mais on ne sera pas au même niveau d’inconnu. »

À Montréal, un sondage auprès des parents a permis de connaître les besoins informatiques de 90 % des foyers. « Il reste un peu d’ajustement avec les nouveaux élèves et le personnel qui va arriver, mais, si on doit quitter une classe, on va savoir à qui donner un ordinateur pour faire l’enseignement à distance. »

Ayant mené sa propre enquête au printemps, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) a réalisé que 6800 élèves n’ont pas d’ordinateur à la maison, 3000 auraient un accès limité à un tel appareil et 3500, aucune connexion à Internet. Grâce à des fonds gouvernementaux et à des dons d’ordinateurs d’occasion de la Fondation de la CSDM, « nous avons aussi déjà livré plus de 1000 ordinateurs et, en vertu de l’entente gouvernementale avec Apple et Telus, 1220 tablettes aux élèves », a indiqué le porte-parole Alain Perron.

Ce qu’il qualifie de « vaste offensive numérique » bénéficiera en priorité aux élèves de 4e et 5e secondaire, dont une partie des cours, sauf avis contraire de la Santé publique, sera donné en ligne. Si les commandes rentrent « progressivement », il n’en demeure pas moins que des milliers d’ordinateurs se font toujours attendre, à trois semaines de la rentrée.

Des ordinateurs pour tous

Mais commander et recevoir les ordinateurs ne suffit pas. Il faudra ensuite les équiper d’antivirus et des bons logiciels, souligne la présidente de l’AMDES. « On veut quelque chose de sécuritaire à fournir aux élèves. » Au moins, croit-elle, tous pourront partir sur un pied d’égalité. « Au printemps dernier, les élèves les plus vulnérables n’étaient pas à l’école et n’avaient pas nécessairement d’ordinateurs. Faire une composition de français sur l’iPhone de sa mère, ce n’est pas gagnant. »

Sans pouvoir fournir le nombre précis d’achats, le centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe indique qu’en juillet, les directions d’écoles ont commandé, après inventaire, « les équipements nécessaires » pour répondre aux besoins de tous les élèves, y compris en matière de connexion Internet. À la rentrée, les parents seront à nouveau contactés et des commandes supplémentaires seront faites au besoin.

Dans d’autres centres de services, les écoles ont entrepris de fournir des ordinateurs ou des tablettes à l’ensemble de leurs élèves. Au Centre de services des Premières-Seigneuries, 7200 tablettes ont été commandées pour chacun des élèves du primaire et du secondaire. « Si on avait à fermer par zone ou l’ensemble du centre de services, chaque enfant aura sa tablette maintenant et si on ne ferme pas, ces tablettes seront en classe », a dit la directrice générale, Marie-Claude Asselin, en entrevue à une émission matinale de Radio-Canada à Québec.

Pour la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, le besoin est encore plus grand en formation. « On le dit depuis le mois de mai, ça va prendre de la formation pour les familles parce qu’elles ont trouvé ça terriblement difficile. Et pour les enseignants aussi. Même si plusieurs se sont mis à jour pendant le confinement, la technologie évolue à une telle vitesse qu’il faut s’assurer que tout le monde va être capable de bien travailler dans ce contexte. »

Les écoles doivent élaborer, de concert avec le ministère de l’Éducation, leur plan d’urgence d’ici la mi-septembre, advenant une 2e vague. « Si on devait fermer soudainement à la rentrée comme en mars ? Non, on n’est pas prêts », affirme Mme Scalabrini, qui demande que la rentrée des élèves soit reportée après la fête du Travail.

29 questions sur la rentrée

Les attentes des partis d’opposition sont tout aussi grandes envers le gouvernement. La députée libérale Marwah Rizqy a fait parvenir une lettre au directeur national de santé publique, Horacio Arruda, tard lundi soir déclinant 29 questions sur la rentrée scolaire en pleine pandémie. « Face au silence du ministre de l’Éducation, je me tourne vers vous afin d’avoir des réponses claires à des questions légitimes dont les parents attendent impatiemment des réponses. »

Elle lui demande quel protocole sera mis en place pour éviter la contagion à l’intérieur d’une école si un enfant se présente avec des symptômes de la COVID-19 ou si un membre du personnel apprend qu’il est porteur du virus. Elle veut également savoir quelle sera la marche à suivre pour les établissements scolaires si un élève ou un membre du personnel reçoit un test positif. Et si les masques deviennent obligatoires, qui les fournira ?

Le Dr Arruda devrait répondre à ces questions en conférence de presse la semaine prochaine. « Des discussions portant sur l’actualisation de ce plan sont en cours entre le ministère de l’Éducation et la Santé publique », a répondu le ministère de la Santé et des Services sociaux. Le ministre Roberge et le Dr Arruda dévoileront publiquement cette actualisation au début de semaine prochaine. Le ministre Roberge aura alors l’occasion de « rassurer les parents et le personnel », a indiqué son attaché de presse, Francis Bouchard. « Dans l’intervalle, les préparatifs se poursuivent, et nous sommes confiants que tout sera en place afin d’accueillir les élèves et le personnel, et ce, de manière sécuritaire », a-t-il ajouté.

Avec Mylène Crête

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3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 5 août 2020 08 h 54

    Les niveaux d'inconnu

    Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement d’enseignement (AMDES) : « Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’inconnu. Mais on ne sera pas au même niveau d’inconnu. »

    Toute une planification stratégique rassurante !

  • Aimé Lagarde - Inscrit 5 août 2020 11 h 15

    • Révolutionnaire de la contre-dictée.

    Oui, madame Gervais. Il faut des tablettes ou des ordinateurs pour tous les élèves du primaire et du secondaire. Oui, il faut avoir des bons programmes d'enseignement à distance dans chacune des matières au programme, ou presque. Oui, il faut que le personnel enseignant soit formé pour donner cet enseignement. On sait tout ça depuis bien avant l'éclosion de la pandémie. Oui, il faut mettre en place un protocole pour limiter la propagation du virus à l'école. Oui, on va avoir une rentrée scolaire pour tous en septembre, sinon les parents ne pourront pas aller travailler et ça va être la panique, comme au mois de mars. Mais on est encore là dans l'intendance, dans l'arrière-cuisine. On est dans le b-a-ba du travail des fonctionnaires et des élus. Mais peut-on élever un peu le débat? Peut-on enfin se poser les vraies questions sur la finalité de l'école? Sur la finalité de l'enseignement du français? Sur l'efficacité de nos programmes de lecture et d'écriture de la langue maternelle des Québécois? Parce que c'est ça qui bloque tout!
    L'O.C.D.E., en 2012, nous a classés, répétons-le, nous les francophones (de France et du Québec) tout en bas du palmarès en littératie et malgré cela, nous continuons à enseigner le français comme on a déjà enseigné la religion: à coups de Petit Catéchisme du Diocèse de Québec: «Où est Dieu? - Dieu est partout. Combien de personnes y a-t-il en Dieu? - Il y a trois personnes en Dieu: le Père, le Fils et le Saint-Esprit.» Et on continue à enseigner l'accord du participe passé des verbes conjugués avec «avoir» de la même maudite façon, sans jamais se demander si la langue, c'est une connaissance extérieure au sujet apprenant, (qu'on peut se contenter d'apprendre par cœur, sans même la comprendre) ou si c'est plutôt une compétence à acquérir, fonctionnelle, utile dans chacun des aspects de la vie en société... Et si on a le droit, le devoir même de remettre en question cette forme traditionnelle mais totalement désuète, irrégulière et fautive de

  • Aimé Lagarde - Inscrit 5 août 2020 13 h 17

    contre-dictée, suite...

    Et si on a le droit, le devoir même de remettre en question cette forme traditionnelle mais totalement désuète, irrégulière et fautive de transcrire notre langue maternelle.
    • Tant qu'on n'aura pas changé notre façon de voir et de présenter le français écrit, tant qu'on n'aura pas modifié radicalement l'orthographe du français, notre société sera dans l'impasse. On ne forme pas assez de gens. Plus de la moitié des personnes en âge de travailler sont inaptes à recevoir quelque formation que ce soit, et il en sera ainsi tant que nos élites s'obstineront à mettre de l'avant une école rétrograde, où tout l'apprentissage est basé non pas sur l'acquisition pour la vie d'un système oral et écrit de communication logique, efficace et basé sur le senti, sur le concret plutôt que sur des considérations métaphysiques, liées au respect de civilisations mortes, censées nous dicter par exemple la seule façon «normale et sophistiquée, de droit divin», de marquer encore en 2020 nos formes verbales écrites, avec des désinences qui délecteront sans doute les latinistes attardés mais qui n'ont plus la moindre utilité au vingt-et-unième siècle... Sans compter les milliers d'ambiguïtés, de confusions, de contradictions qui parsèment la sacro-sainte orthographe du français.
    L'OCDE déjà en 2012, répétons-le, nous informait de cet état de fait: l'incompétence de nos populations en littératie (lecture et écriture) est flagrante, établie et prouvée. Mais nous continuons à croire dur comme fer à la nécessité de former à l'école publique obligatoire pour tous des savants mandarins du français écrit, (à la mode chinoise d'avant Mao Tsé Toung) et à leur enseigner le crédo du «chou, bijou, caillou, pou»... À vos plumes, citoyens! Secouez vos perruques miteuses! Coiffez le bonnet du révolutionnaire de la contre-dictée!

    • Aimé Lagarde