Les étudiants étrangers sont devant l’incertitude

<p>Les étudiants diplômés étrangers à l’Université Concordia paient beaucoup plus par an pour 45 crédits par rapport aux étudiants nationaux.</p>
Photo: Alice Chice Archives Le Devoir

Les étudiants diplômés étrangers à l’Université Concordia paient beaucoup plus par an pour 45 crédits par rapport aux étudiants nationaux.

Plusieurs étudiants étrangers se demandent s’ils viendront au Canada pour poursuivre leurs études malgré la pandémie de COVID-19.

Parmi eux, Ijaz Ashraf. Originaire du Pakistan, le jeune homme a été accepté à l’Université Concordia pour une maîtrise en génie industriel. Il dit qu’il va probablement reporter son inscription, car il s’interroge sur la qualité des cours en ligne et souhaite vivre la vie sur un campus.

« Je veux vraiment explorer la diversité des étudiants de Montréal et je veux vraiment être présent à l’université et communiquer avec les enseignants », mentionne-t-il.

Les droits de scolarité sont les mêmes pour les cours en ligne, lesquels, selon lui, « ne conviennent pas ».

Les étudiants diplômés étrangers à l’Université Concordia paient beaucoup plus par an pour 45 crédits par rapport aux étudiants nationaux.

M. Ashraf se dit également préoccupé par le grand nombre de cas de COVID-19 au Québec.

« Je pense à tous les facteurs. Je consulte ma famille. »

Zohra Shahbuddin raconte qu’elle était ravie lorsqu’elle a reçu une lettre d’admission en avril de l’université de son choix au Canada.

Elle a été admise à l’Université Simon Fraser à Vancouver pour une maîtrise en édition. La COVID-19 lui cause des nuits blanches.

Mme Shahbuddin a également des soucis financiers, s’inquiète d’un permis de travail et craint pour sa santé. Elle se demande s’il faut s’inscrire cet automne ou reporter son arrivée au Canada jusqu’à l’année prochaine.

« Cela fait presque deux mois maintenant et j’y pense tous les jours et je ne peux toujours pas prendre de décision », reconnait-elle.

Les étudiants étrangers contribuent pour 21,6 milliards $ au PIB du Canada et ont soutenu près de 170 000 emplois en 2018, selon Nancy Caron, une porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Mme Caron ajoute que le gouvernement s’adaptera à la situation en permettant aux étudiants qui terminent leurs études à l’extérieur du Canada entre septembre et le 31 décembre de ne pas déduire cette période de la durée de leur permis de travail postdiplôme.

Les étudiants étrangers seront également autorisés à travailler plus que le maximum de 20 heures par semaine pendant les cours, à condition qu’ils travaillent dans un service essentiel, comme « les soins de santé, les infrastructures essentielles ou la fourniture de nourriture ou d’autres biens essentiels », énumère Mme Caron.

Mme Shahbuddin dit qu’elle prendra sa décision d’ici juin. Si elle obtient son visa, elle suivra les cours en ligne tant que cela n’affectera pas son permis de travail.

Matthew Ramsey, un porte-parole de l’Université de la Colombie-Britannique, souligne que l’établissement offrira principalement des cours en ligne à l’automne afin que les étudiants du monde entier puissent les suivre.

L’université ne connaîtra pas le nombre d’inscriptions avant septembre, car un certain nombre d’étudiants admis se retirent des programmes pour diverses raisons, mentionne-t-il.

Mutee Ur Rehman, qui a été admis à l’Université York à Toronto pour un doctorat en génie électrique, s’inquiète de faire le volet laboratoire de son programme sur Internet.

« De plus, comme je suis doctorant, mon interaction avec mon superviseur et les membres de mon groupe est très importante, soutient-il. Une atmosphère de campus est un stimulant. »

Les fuseaux horaires représentent aussi un problème potentiel, craint-il.

« Je ne peux pas dormir le jour et rester éveillé la nuit pour suivre deux cours. C’est très peu pratique. »

La pandémie a tout changé pour lui.

« Cela a ruiné mes plans et je me retrouve dans une situation incertaine. »

David Robinson, le directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, dit avoir entendu bon nombre des préoccupations semblables. L’organisation collabore avec la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants à ce sujet.

Les deux groupes ont suggéré que les droits de scolarités soient réduits ou même éliminés temporairement.

Il signale une autre inquiétude chez des étudiants : dans certains pays, le matériel de cours peut être censuré.

« S’ils se connectent aux cours, ils peuvent se mettre potentiellement en danger », craint M. Robinson.

Les étudiants étrangers représentent une partie importante de la population estudiantine, rappelle-t-il. Selon lui, il est dans l’intérêt des universités de trouver des solutions pour garantir une éducation de qualité.

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