Les universités craignent une baisse de leurs inscriptions en septembre

La pandémie a entraîné un coût net de 12 millions de dollars à l'Université Concordia.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir La pandémie a entraîné un coût net de 12 millions de dollars à l'Université Concordia.

La pandémie frappe de plein fouet les universités, qui sont aux prises avec de sérieuses baisses de revenus et des dépenses en hausse. L’incertitude est telle que des établissements sont forcés d’adopter des budgets provisoires, valides pour les prochains mois et non pour toute l’année scolaire 2020-2021.

« Nous sommes en adaptation en temps réel. On gère le risque financier, microbiologique et sécuritaire », résume Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke. Il est président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), qui regroupe les 18 universités québécoises.

L’incertitude plane sur le nombre d’inscriptions à la session d’automne. Il semble acquis que la majorité des activités se fera à distance, et les étudiants ne sont pas friands d’enseignement en ligne.

Signe encourageant, le gouvernement Legault a présenté mardi des scénarios prévoyant respectivement 30 %, 50 % ou 100 % des activités en présence sur les campus des cégeps et des universités à l’automne. Mais ces scénarios, qui dépendent de l’évolution de la courbe des infections, n’ont pas dissipé les nuages planant sur l’enseignement post-secondaire.

« La pandémie de la COVID-19 est le plus grand défi auquel se heurte notre société depuis des décennies, et il ne fait aucun doute qu’elle perturbe le milieu de l’enseignement supérieur », a écrit le recteur et vice-chancelier de l’Université Concordia, Graham Carr, dans un message à la communauté universitaire daté du 21 mai.

Incapable de prévoir les revenus de l’établissement pour toute l’année scolaire, le conseil d’administration a adopté la semaine dernière un budget provisoire, valide jusqu’au 1er octobre 2020.

La pandémie a entraîné un coût net de 12 millions de dollars à Concordia — pour le soutien additionnel aux étudiants, les technologies d’enseignement à distance et de télétravail, les mesures de santé et de sécurité, ainsi qu’une aide pour la reprise de la recherche.

L’Université s’attend à subir de lourdes pertes de revenus dits autonomes, qui représentent normalement 15 % de ses entrées de fonds (pour un total de 83 millions de dollars l’an dernier) : il s’agit par exemple de recettes tirées de la location de chambres de résidence à des non-étudiants durant l’été ou encore de l’accueil d’événements externes. Ces activités sont impossibles depuis la mi-mars.

Étudiants inquiets

La précarité financière des universités inquiète les associations étudiantes. Elles craignent que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise une partie de l’aide financière aux étudiants promise par Ottawa (une bonification de 1,9 milliard de dollars pour l’ensemble du Canada) pour renflouer les coffres des universités et des cégeps.

« On demande que la somme que touchera le Québec soit réinvestie en totalité dans l’aide aux études », dit Jade Marcil, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ).

« La bonification de l’aide financière est peut-être le coup de pouce qui incitera un étudiant à poursuivre ses études », ajoute Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

Les discussions avec le MEES progressent bien, selon les deux associations étudiantes.

Comme l’a révélé Le Devoir mercredi, les cégeps et les universités s’inquiètent pour le risque de décrochage des étudiants en enseignement supérieur, dans le contexte de la pandémie.

Le Québec traîne déjà de l’arrière par rapport au reste du pays en matièrede diplomation post-secondaire : 28,5 % des Canadiens âgés de 25 à 64 ans détiennent un baccalauréat, comparativement à 25,5 % des Québécois, selon Statistique Canada.

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