Le nouveau visage du réseau scolaire

À l’école Saint-Romain, certains locaux n’ont déjà plus que la moitié des pupitres habituels.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À l’école Saint-Romain, certains locaux n’ont déjà plus que la moitié des pupitres habituels.

En entrant dans l’école Saint-Romain, à Longueuil, on voit déjà le nouveau visage du réseau scolaire. Celui que les élèves et le personnel s’apprêtent à découvrir lors de la reprise des classes.

Une barrière de plexiglas protège la table du surveillant placée à l’entrée de l’école. Le bureau de la secrétaire est aussi entouré de panneaux de protection. Des collants sur le plancher indiquent comment maintenir une distance de deux mètres entre chaque personne. Des bouteilles de savon désinfectant sont placées un peu partout dans l’école, y compris devant chaque local de classe.

Tout brille comme un sou neuf. Chaque poignée de porte, chaque chaise, chaque pupitre est astiqué au nettoyeur désinfectant. Certains locaux n’ont déjà plus que la moitié des pupitres habituels. Il y aura 11 ou 12 élèves par classe. Les autres pupitres ont été déplacés dans un coin du gymnase.

« On met tout en oeuvre pour que les élèves et le personnel soient en sécurité. On ne veut pas que les parents envoient leurs enfants en se sentant déchirés, et que les enfants le ressentent. On veut que les parents puissent faire un choix éclairé et qu’ils soient bien avec leur choix », dit Marie-France Labelle, directrice de cette école primaire de 594 élèves.

Près de trois semaines avant la reprise annoncée des classes dans la grande région de Montréal, les préparatifs vont bon train à l’école Saint-Romain. Et on ne parle pas que de déplacer des meubles et de mettre des affiches rappelant aux enfants de se laver les mains. On sent la bienveillance du personnel. Le dévouement. Certains diraient la vocation.

« Il y a une transition à faire après six semaines de confinement, dit Marie-France Labelle. Ce sont des enfants qu’on connaît par coeur. On connaît leurs réactions, leurs visages d’anxiété, on peut lire leurs émotions. »

Il ne restera plus grand-chose de la routine d’autrefois. Ça peut déstabiliser les enfants. L’entrée et la sortie de l’école se feront par toutes les portes, et non plus par une seule, pour limiter les contacts. Les deux périodes de récréation se feront en rotation, avec trois groupes à la fois à l’extérieur (l’école compte 28 groupes).

De la place pour tous

Combien d’élèves se présenteront en classe? « C’est LA question », reconnaît Marie-France Labelle. Le gouvernement Legault a prévu des écoles à moitié remplies. Et s’il y en a davantage? « Aucun enfant ne peut se voir refuser l’accès à l’écol e», a prévenu jeudi le ministère de l’Éducation.

La directrice de l’école Saint-Romain prévoit d’aménager au besoin des classes dans les deux gymnases, dans la bibliothèque et dans le local d’arts plastique. S’il le faut, il est possible de déménager des élèves et leurs profs dans les écoles secondaires, qui sont fermées pour le reste de l’année scolaire.

L’autre point d’interrogation, c’est le personnel. Marie-France Labelle sait déjà que 10 de ses 40 enseignants sont âgés de 60 ans et plus. Ils resteront à la maison. Il y en aura peut-être d’autres, pour des raisons de santé. Ces profs auront probablement la responsabilité d’enseigner à distance aux enfants qui resteront à la maison.

L’enseignement à distance — pour les familles qui le choisissent — sera plus soutenu que depuis le début du confinement. Chaque enfant recevra un appel de l’enseignante, par téléphone ou par vidéo, au moins deux fois par semaine, estime Marie-France Labelle. Les profs devront aussi produire chaque semaine une petite capsule vidéo destinée aux enfants et à leurs parents.

Il faudra réviser les apprentissages essentiels de la première partie de l’année, mais aussi préparer les élèves en vue de la prochaine année, explique la directrice. La priorité sera de soutenir les élèves en situation d’échec. « Les parents qui ont eu des difficultés à faire le suivi pédagogique de leurs enfants depuis un mois et demi n’ont pas à s’inquiéter, dit-elle. Ce n’est pas une catastrophe. Chez moi, on est deux directeurs d’école en télétravail et on n’y est à peu près pas arrivés avec nos enfants. »

Marie-Dominique Taillon, directrice de la CSMV, dit comprendre les inquiétudes des parents et du personnel. « On ne fera pas de compromis sur la distanciation sociale, dit-elle. Et on va s’assurer que les enfants sont capables d’apprendre, qu’ils soient à la maison ou à l’école. »

À voir en vidéo