L’enseignement supérieur à distance provoque des grincements de dents

La quasi-totalité des 48 cégeps (tous sauf trois) ont repris l’enseignement en ligne cette semaine dans le but de terminer le trimestre dans les temps prévus.
Photo: iStock La quasi-totalité des 48 cégeps (tous sauf trois) ont repris l’enseignement en ligne cette semaine dans le but de terminer le trimestre dans les temps prévus.

Vote de grève étudiante dans quatre cégeps, anxiété des profs, limites technologiques : l’enseignement à distance dans les cégeps et les universités provoque des grincements de dents. Des enseignants parviennent tout de même à offrir leurs cours en ligne de façon plutôt satisfaisante, dans ces circonstances hors de l’ordinaire.

Les profs de cégep ont travaillé d’arrache-pied au cours des derniers jours pour adapter leurs cours à la réalité du confinement. La quasi-totalité des 48 cégeps (tous sauf trois) ont repris l’enseignement en ligne cette semaine dans le but de terminer le trimestre dans les temps prévus.

« Ce n’est pas parfait, mais ça se passe très bien. Dès le moment où les cours ont été suspendus, il y a eu une grosse mobilisation au cégep pour finir la session en ligne », raconte Diane Morisset, professeure en informatique au cégep de Rivière-du-Loup.

Dans les cégeps et les universités, tout le monde a dû se familiariser à toute vitesse avec les plateformes Moodle et Zoom, notamment. Profs et étudiants communiquent par vidéoconférence, par groupe de discussion ou par un bon vieux téléphone. Les documents sont partagés sur les plateformes Web, comme avant la crise.

Diane Morisset continue de donner ses cours — en direct sur Zoom — aux mêmes heures qu’avant la fermeture du cégep. Les cours ont la même durée qu’auparavant. Elle crée aussi des tutoriels pour les notions plus complexes.

Une conseillère pédagogique spécialisée en enseignement à distance appuie les profs et les étudiants. Le cégep distribue aussi des ordinateurs portables à ceux qui en ont besoin. La Santé publique a interdit aux établissements d’ouvrir leurs portes pour permettre aux gens d’aller chercher leur matériel laissé sur place : le cégep livre les ordinateurs par messagerie et a même offert un service à l’auto.

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À l’université aussi

Les universités poursuivent aussi la session en enseignement à distance. « On utilise la technologie en temps normal, mais depuis la crise, on s’améliore, on apprend de nouvelles fonctions », dit Annie Chevrier, professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université McGill.

Elle réussit à transmettre entièrement en ligne ses connaissances spécialisées sur les soins d’urgence, les blessures et le diabète. Ses cours durent normalement trois heures, mais elle les divise en capsules vidéo d’une douzaine de minutes, qu’elle diffuse sur MyCourses, la plateforme en ligne de l’Université McGill. Ses étudiants peuvent les consulter au moment de leur choix.

Annie Chevrier produit aussi de courtes vidéos d’une minute pour répondre aux questions les plus fréquentes de ses étudiants. Et elle offre des liens vers des simulations de soins mettant en scène des patients virtuels.

« Ce n’est pas comme l’enseignement en présence. Ça demande une adaptation de part et d’autre, mais c’est un effort qu’on doit faire pour diplômer les étudiants dans le contexte actuel », dit-elle.

L’Université McGill a déployé d’importantes ressources financières et en personnel pour convertir ses 2000 cours ordinaires en formation à distance, explique Christopher Buddle, premier vice-principal aux programmes d’enseignement de l’établissement montréalais.

« Nous voulons que nos étudiants puissent réussir leur session, mais nous pensons aussi à l’avenir. Il est trop tôt pour dire ce que l’avenir nous réserve, mais on sait que les voyages feront l’objet de restrictions pour un certain temps. On veut maintenir notre offre de programmes », dit-il.

Pas moins de 30 % des étudiants de l’Université McGill proviennent de l’étranger. Plusieurs sont retournés dans leur pays d’origine. Les services à ces étudiants passent forcément par l’enseignement à distance, souligne Christopher Buddle.

« Pas un laboratoire »

Les syndicats d’enseignants s’interrogent sur les conséquences de cet enseignement en ligne pour l’avenir de l’éducation supérieure. Les profs font tout pour permettre à leurs étudiants de réussir leur trimestre à partir de chez eux, mais ils se méfient de la frénésie entourant l’enseignement à distance.

« La ministre McCann a dit récemment que les technologies allaient transformer l’offre de services en santé. Il y aurait des consultations en santé mentale par vidéo ou par téléphone. Pour l’éducation, ça m’inquiète grandement. On craint de pérenniser ce mode virtuel », dit Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

« On ne veut pas que la situation actuelle soit un laboratoire pour le futur de l’éducation. Il faut garder les deux pieds sur terre, et prendre la mesure de ce qui se perd dans l’enseignement à distance », précise-t-elle.