Inquiétude dans les services de garde d’urgence

Et les éducatrices réclament également que les services de garde d’urgence soient uniquement accessibles aux enfants dont les deux parents travaillent dans le réseau de la santé.
Photo: Getty Images Et les éducatrices réclament également que les services de garde d’urgence soient uniquement accessibles aux enfants dont les deux parents travaillent dans le réseau de la santé.

Les éducatrices de nombreux services de garde d’urgence de la province travaillent en rotation auprès des enfants des employés du réseau de la santé. Beaucoup d’entre elles craignent que cette manière de répartir la tâche favorise une propagation exponentielle de la COVID-19 en cas d’infection d’un enfant.

Puisque les services de garde sont beaucoup moins fréquentés qu’à l’habitude, plusieurs gestionnaires de garderies ont établi de nouvelles règles de fonctionnement. « Dans mon CPE, on est deux éducatrices par jour en alternance », indique Marielle*. Chaque éducatrice travaille ainsi une journée par semaine. Une façon de rassurer les éducatrices, inquiètes pour leur santé, et de garantir une équité entre toutes.

« Mais d’avoir des éducatrices différentes tous les jours, c’est insensé », s’indigne Marielle. « Ça ouvre le foyer de contamination au maximum. Avant qu’on voie les premiers signes annonçant qu’un enfant est contagieux, il peut se passer plusieurs jours, donc 10 éducatrices différentes et leurs familles peuvent avoir été exposées. »

« Si ça éclate dans notre CPE, on ne peut pas déterminer d’où ça vient, puisqu’il y a trop de roulement inutile », témoigne également Sophie. « De se rendre au travail en si grand nombre est un danger. […] Je préférerais m’occuper de tout avec une seule collègue pour la semaine. »

Les services de garde d’urgence ont été implantés il y a une dizaine de jours pour permettre aux parents travaillant dans le réseau de la santé et dans les services essentiels d’y laisser leurs enfants. Le gouvernement insiste pour affirmer qu’il s’agit d’un plan D, un service de dernier recours à utiliser seulement s’ils n’ont aucune autre solution de rechange. Au début de la semaine, environ 7000 enfants fréquentaient le réseau de garderies d’urgence et 2700 enfants utilisaient les services de garde d’urgence du réseau scolaire.

Avoir des éducatrices différentes à tous les jours, c’est insensé

Geneviève, qui travaille également comme éducatrice dans un CPE, s’indigne tout autant de la situation. « Il faudrait délimiter un local pour chaque enfant avec une éducatrice ou deux éducatrices attitrées à cet enfant seulement », suggère-t-elle. Marielle propose même que le service soit offert à domicile. « Ce sont les enfants du personnel de la santé. Il faudrait essayer de garder ces enfants-là à la maison avec le moins de contacts possible. »

Distanciation

Il est impossible de respecter les deux mètres de distanciation physique recommandés par le gouvernement dans les services de garde, et ce, particulièrement dans ceux fréquentés par de jeunes enfants, voire des poupons.

« Et ce sont [leurs parents] qui nous soignent », souligne Geneviève. « S’ils sont contaminés parce que leur enfant a été en contact avec un enfant porteur, ces personnes ne pourront plus nous soigner. C’est la règle de base [de la distanciation physique] qui n’est pas appliquée ici.»

En plus de l’arrêt de la rotation du personnel, les éducatrices réclament également que les services de garde d’urgence soient uniquement accessibles aux enfants dont les deux parents travaillent dans le réseau de la santé ou dans les services essentiels.

   

Au cours des deux dernières semaines, quatre installations ont dû fermer leurs portes en raison de cas déclarés de COVID-19. La semaine dernière, le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait déclaré que « lorsque [la transmission] va devenir active, on prendra des mesures différentes » dans les services de garde d’urgence. La transmission communautaire a débuté il y a maintenant plusieurs jours. Le ministère de la Famille ne nous a pas confirmé, jeudi, si des mesures de précaution supplémentaires allaient entrer en vigueur prochainement.

Dans les écoles

Alors que ce sont toutes les garderies qui sont tenues d’ouvrir leurs portes dans la province pour assurer les services d’urgence, dans les écoles, ce sont seulement certains services de garde ciblés qui accueillent les enfants. La majorité des installations ont recruté leurs éducatrices sur une base volontaire. « Au départ, [on] nous avait annoncé que les volontaires seraient payés en temps double », explique au Devoir Damien, un employé d’un service de garde. Mais la prime ne s’est pas concrétisée. « Donc, ceux qui travaillent au service de garde d’urgence reçoivent le même salaire que les personnes qui demeurent à la maison », s’indigne-t-il.

S’il n’y a pas suffisamment de volontaires, les responsables des services de garde peuvent exiger de leurs employées qu’elles se présentent au travail. « Les personnes avec le plus d’expérience demeurent à la maison, car elles n’ont pas envie de se mettre à risque, ce qui fait en sorte que l’employeur doit recourir à des gens sans expérience pour un emploi plus difficile qu’à l’habitude », souligne Damien. Ce système fonctionne également avec une rotation des employées, ce qui exacerbe le risque de contamination, fait-il remarquer.

En ce moment, « entre 18 et 24 employés [dans ma commission scolaire] reçoivent le même salaire que les 300 autres qui sont à la maison ». Des négociations sont en cours avec le gouvernement pour qu’une prime soit versée aux employées travaillant dans les services de garde d’urgence des écoles. Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur n’a pas répondu à nos questions, jeudi.

* Tous les noms ont été changés afin de préserver l’anonymat des personnes interviewées.

1 commentaire
  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 27 mars 2020 11 h 29

    Payez seulement celles qui travaillent!

    À l'heure où le gouvernement ne cesse de louanger les gens qui travaillent dans les services de santé et qui mettent leur santé en danger, on a plusieurs éducatrices et les responsables de service de garde qui sont payées leur plein salaire et qui refusent de faire leur part!

    J'espère qu'avec les prochaines annonces du ministre Lacombe qui doivent être faite dans la journée, que celles qui refusent de travailler cessent d'être payé.

    Présentement, le système de la santé cesse de payer des primes de soirée ou de nuit, refuse de donner des congés de semaine à leurs travailleurs... à ceux qu'on appelle nos "ange gardien"!!! Ces gens mettent leur santé en péril pour nous soigner et le gouvernement va en profiter pour les exploiter alors qu'on a plusieurs éducatrices et RSG qui refusent de travailler et qui sont payées leur plein salaire! Cet argent pourrait servir à payer des bonus aux travailleurs de la santé.