Daniel Weinstock se défend contre Richard Martineau

Daniel Weinstock lors d'une allocution, en 2014
Photo: Réseau canadien pour le revenu garanti (Creative Commons) Daniel Weinstock lors d'une allocution, en 2014

En plus de s’exposer à des démêlés judiciaires, le ministre Jean-François Roberge s’attire les reproches du milieu scolaire après avoir annulé la participation de l’expert Daniel Weinstock aux travaux de révision du cours d’éthique et culture religieuse (ECR) dans la foulée de la publication d’une chronique signée par Richard Martineau dans Le Journal de Montréal.

L’animateur à QUB radio s’indignait de voir M. Weinstock participer au forum de discussion sur la refonte du cours d’ECR alors qu’il aurait « proposé », selon lui, « que des médecins québécois effectuent des “excisions symboliques” sur les jeunes filles » durant une conférence au printemps 2012. Les réactions outrées ont fusé de toutes parts.

Ça n’a fait ni une ni deux : M. Roberge a annulé l’invitation que le ministère de l’Éducation avait faite au professeur de l’Université McGill.

Selon son équipe, « certains propos tenus [par M. Weinstock] par le passé portent à confusion ». « Afin d’éviter que sa présence devienne une distraction aux importants travaux en cours sur la révision en profondeur du cours d’éthique et culture religieuse, la décision a été prise d’annuler l’invitation à M. Weinstock à titre d’expert », a expliqué l’attaché de presse Francis Bouchard.

« Nous sommes convaincus que M. Weinstock peut comprendre la situation », a-t-il ajouté.

À la défense de Daniel Weinstock

Ce n’est pas le cas. « La distraction qu’il me reproche, c’est eux qui l’ont créée. M. Martineau est un être qui aime bien susciter la controverse. N’eût été son seul article, on n’en serait pas là », fait valoir M. Weinstock dans un entretien avec Le Devoir au terme d’une « grosse journée d’enseignement » à l’Université McGill. « C’est ubuesque ! »

Le professeur soutient qu’il est totalement en phase avec Richard Martineau sur la question de l’excision, qu’il abhorre. Pour preuve, il pointe un article qu’il a publié en 2015.

« Il y a lieu d’interdire cette pratique même sous sa forme plus modérée de « compromis de Seattle » [une altération génitale], car elle reflète le même ensemble de valeurs que la forme la plus complète de l’excision génitale », écrit l’ancien membre du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école (1997-1999).

Le professeur Jocelyn Maclure trouve « très malheureux » le sort réservé à son confrère, qui n’a écrit ou dit « rien de répréhensible ». L’équipe de M. Roberge en serait vite arrivée à cette conclusion « si une vérification avait été faite », estime-t-il.

Il y a atteinte à la réputation et à la capacité que j’aurais autrement eue de faire quelque chose qui me tenait à cœur.

Le professeur Marc-François Bernier se désole aussi de la « décision hâtive et mal informée » de dépouiller M. Weinstock du titre d’expert du forum de discussion sur la nouvelle mouture du cours d’ECR prise par M. Roberge.

« En refusant de [la] reconsidérer […], le ministre contribue aux ravages démocratiques et du vivre-ensemble de la désinformation et du journalisme de caniveau, là où il aurait pu donner l’exemple de l’adhésion aux valeurs de la vérité et de l’équité », a-t-il écrit sur Twitter. En agissant de la sorte, M. Roberge cause un préjudice à M. Weinstock, est d’avis M. Bernier.

D’ailleurs, le professeur Weinstock « réserve l’ensemble de ses droits à l’encontre du ministre », a indiqué son avocat Rémi Bourget, jeudi soir.

Aux yeux de Marc-François Bernier, le chroniqueur Richard Martineau a pour sa part commis « très vraisemblablement » deux fautes professionnelles coup sur coup mercredi : ne pas avoir vérifié ses informations puis avoir refusé de les corriger.

Réponse de Richard Martineau

Dans un bref échange avec Le Devoir, M. Martineau a promis de préciser le tir au cours de la soirée de jeudi. Il ne s’agira pas d’une « rétractation », a-t-il précisé.

C’est pourtant ce qu’avait demandé M. Weinstock, par l’entremise de son avocat, à Québecor par le biais d’une mise en demeure. « Il y a atteinte à la réputation et à la capacité que j’aurais autrement eue de faire quelque chose qui me tenait à coeur, c’est-à-dire de faire évoluer le débat sur ce cours », a expliqué le philosophe.

Malgré la controverse, M. Weinstock songeait jeudi soir à se présenter, à titre personnel, au forum de discussion. « Je n’ai pas envie de faire des frasques qui pourraient faire dérailler le processus de réflexion auquel le ministre a convié les gens », a-t-il affirmé au Devoir avant d’ajouter : « D’un autre côté, j’ai toujours été partisan de l’idée de qui s’absente se silence. »