Troubles de l’apprentissage: agir le plus tôt possible

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Peu importe le trouble d’apprentissage, l’une des conséquences considérables est le sabotage de l’estime de soi.
Photo: Stéphanie St-Amand Peu importe le trouble d’apprentissage, l’une des conséquences considérables est le sabotage de l’estime de soi.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation

Dans son ouvrage «Ces enfants qui apprennent autrement», la neuropsychologue Marie-Claude Guay décortique les troubles les plus courants
 

L'auteure et neuropsychologue amorce la discussion en racontant cette anecdote : ses deux sœurs, l’une enseignante à la maternelle, l’autre au primaire, sollicitent souvent son avis sur leurs élèves et certaines de leurs difficultés. Marie-Claude Guay pointe ici la raison pour laquelle elle a décidé d’écrire Ces enfants qui apprennent autrement, publié aux Éditions Trécarré. Exemples à l’appui, elle décortique un à un les différents troubles de l’apprentissage afin de favoriser un travail d’éducation qui permettrait de simplifier la vie de plusieurs enfants.

« Je me suis rendu compte que, parmi les enseignants, il y avait quand même une méconnaissance des troubles de l’apprentissage, des troubles neurodéveloppementaux, des enfants qui viennent au monde avec des difficultés, note-t-elle. Si on ne sait pas bien les reconnaître, on perd des moments précieux dans la vie de l’enfant où son cerveau est en plein développement et où on pourrait intervenir de façon plus efficace. »

Plus efficace veut dire plus tôt. La Dre Guay entend ainsi faire de ce livre un outil pour les enseignants, les parents et tout professionnel du milieu de l’éducation ou de la santé. Elle déplore que ces enfants soient abandonnés par le système et estime que leurs besoins mériteraient une plus grande visibilité.

Combattre la stigmatisation

En partant du fait que plusieurs enfants pourtant intelligents ont du mal à apprendre, l’ouvrage présente les troubles particuliers du langage, de la dyslexie, de la dyscalculie, des atteintes visio-spatiales et visio-constructives, développemental de la coordination et du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité. La Dre Guay se penche sur les caractéristiques de chaque trouble, sur leurs conséquences et les moyens d’intervention positifs à mettre en place.

Par ailleurs, ce que la Dre Guay souhaite mettre en avant est que, par définition, les troubles d’apprentissage impliquent une intelligence normale. Leur origine est neurologique et l’enfant n’est nullement responsable de ne pas savoir lire ou écrire, par exemple. Les enfants, habitués à la honte, tombent de leur chaise lorsqu’elle leur fait part de ce constat.

Peu importe le trouble d’apprentissage, l’une des conséquences considérables est le sabotage de l’estime de soi. « Quand un enfant n’est pas capable de répondre aux attentes du milieu scolaire, il faut se poser les questions sur le pourquoi, et ce que j’observe, c’est que trop souvent le premier réflexe est d’affirmer que l’enfant n’est pas motivé, qu’il est paresseux, qu’il ne fournit pas d’efforts, qu’il est immature et qu’il n’aime pas l’école », déplore Marie-Claude Guay.

Selon la neuropsychologue, il faut plutôt valoriser les bons comportements et intégrer dans la routine de l’enfant des activités qu’il aime et où il excelle. Et surtout lui rappeler qu’intelligent, il l’est.

Veiller à la persévérance scolaire

Qui dit difficultés à apprendre dit aussi décrochage scolaire. Dans une étude publiée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2018, on révélait que 40 % des élèves souffrant d’un handicap ou ayant des troubles d’apprentissage quittent l’école secondaire sans leur diplôme. « C’est dramatique », déplore la Dre Guay.

« Dans tous les troubles d’apprentissage, on est capable d’aider le jeune à apprendre, poursuit-elle. En 2020, on sait très bien que si on donne à un enfant dyslexique des services de rééducation tôt dans sa vie et qu’il a un suivi soutenu et régulier, il n’y a rien qui empêche cet enfant de devenir psychologue à son tour et d’évaluer des enfants qui ont des troubles d’apprentissage. »

 

 

40 %
C’est le pourcentage d’élèves souffrant d’un handicap ou ayant des troubles d’apprentissage qui quittent l’école secondaire sans leur diplôme, selon une étude publiée en 2018

Sans services, pas de miracles

Il s’agit d’un devoir collectif que de chercher à mieux connaître ces troubles, de les détecter et d’intervenir au moment où il est le plus crucial de le faire. Sans ces interventions, c’est une avenue terrible qui se profile à l’horizon pour les élèves.

« Ce qu’il faut comprendre quand j’évoque ces enfants qui apprennent autrement, c’est que ces enfants ont besoin de services adaptés à leurs capacités, à leur façon d’apprendre, explique la Dre Guay. Si on ne leur donne pas ces services adaptés àleurs besoins, ils ne feront pas les apprentissages qu’ils sont, par ailleurs, capables de faire. »

Il faut agir tôt, car c’est un coût majeur pour la société et pour l’enfant lui-même, le premier perdant, insiste Marie-Claude Guay. 

Ces enfants qui apprennent autrement

Marie-Claude Guay, Éditions Trécarré, Montréal, 2019, 184 pages