L’école n’est pas exempte de violences sexuelles

L’équipe de recherche conclut que les écoles secondaires restent mal outillées pour détecter les violences sexuelles et enquêter sur les signalements faits par des victimes.
Photo: Getty Images L’équipe de recherche conclut que les écoles secondaires restent mal outillées pour détecter les violences sexuelles et enquêter sur les signalements faits par des victimes.

Harcèlement en ligne, demandes insistantes pour des photos de nu, attouchements dans les corridors d’école : les adolescents sont exposés à des violences sexuelles, y compris en milieu scolaire, confirme une nouvelle enquête menée auprès de 105 élèves et intervenants spécialisés de Montréal. La plus grande commission scolaire du Québec dit prendre ces comportements au sérieux et s’apprête à adopter un protocole pour prendre en charge les signalements d’élèves qui en sont victimes, a appris Le Devoir.

Par coïncidence, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) prend l’initiative au moment où une étude réalisée par l’organisme Prévention CDN-NDG met au jour des données troublantes sur les violences sexuelles chez les jeunes. Les chercheurs ont recueilli des témoignages d’élèves ayant été « touchées ou agrippées de manière sexuelle sans leur consentement », ayant été victimes de rumeurs à caractère sexuel ou témoins de harcèlement sexuel à l’école. Ces formes de violence sont monnaie courante, indique le rapport.

L’équipe de recherche tire ces conclusions après avoir mené 18 entretiens avec des groupes d’élèves de cinq écoles secondaires et avec des intervenants des milieux scolaire, communautaire et de la santé. Les 105 répondants (52 jeunes et 53 adultes) proviennent des quartiers Côte-des-Neiges, Notre-Dame-de-Grâce et Outremont, ainsi que de la ville de Mont-Royal. Les groupes de discussion ont eu lieu entre le 25 septembre 2018 et le 25 janvier 2019. Le rapport a été publié en avril 2019.

Cette « étude exploratoire » confirme la présence de harcèlement sexuel chez les jeunes sans toutefois permettre de quantifier le phénomène, explique Ramaëlle Duquette, coordonnatrice de l’enquête. « Notre étude est qualitative, et non quantitative. Les témoignages recueillis nous permettent de déduire que les écoles ne sont pas des milieux sécuritaires [sur le plan du harcèlement sexuel] », dit-elle.

Une élève a raconté une scène révélatrice du quotidien dans les corridors d’une école surpeuplée. « T’es avec ta musique, ben calme, t’écoeures personne, t’attends pis le troupeau de moutons passe, mais t’es pognée dedans. Pis il y a un gars qui fait ça sur ton cul [la participante imite quelqu’un qui lui agrippe les fesses], tu te retournes, tu fais : “Yo, tu me niaises ?” Pis il fait : “Ah, désolé, j’ai pas fait exprès”.»

L’équipe de recherche conclut que les écoles secondaires restent mal outillées pour détecter les violences sexuelles et enquêter sur les signalements faits par des victimes. Ce constat est étonnant, parce que les violences sexuelles dans les écoles secondaires sont bien documentées — pas seulement à Montréal, mais aussi en région —, souligne Ramaëlle Duquette.

Un appel à l’aide d’élèves du secondaire avait alerté la CSDM, en mars 2018. Sept élèves, accompagnées de deux intervenantes, étaient venues livrer des témoignages troublants en pleine séance du conseil des commissaires de la CSDM. Elles avaient parlé de fellations faites sous la menace, d’attouchements et d’autres formes d’agressions sexuelles commises par des élèves entre les murs des écoles. Ces élèves provenaient de quatre écoles secondaires publiques et d’une école secondaire privée.

Nouveau protocole

Ces témoignages avaient bouleversé les commissaires, rappelle Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM. La commission scolaire s’était engagée à outiller son personnel pour prévenir et signaler les violences sexuelles dans ses 200 écoles. Selon nos sources, un « protocole d’intervention contre les comportements sexualisés et les violences sexuelles en milieu scolaire » doit être adopté par la CSDM le mois prochain, en janvier 2020.

« Avec ce protocole, on démontre que notre institution publique travaille avec tous les outils possibles pour que ces situations-là soient exprimées et prises en charge », confirme Catherine Harel Bourdon.

Cette initiative vise à former les employés des écoles à reconnaître les violences sexuelles (s’ils en sont témoins) ou à accueillir les plaintes d’élèves qui signalent des situations problématiques. Chaque école aura une personne responsable de ce dossier. Il pourrait s’agir d’un des 220 psychoéducateurs de la CSDM ou d’un membre de la direction d’école, explique Mme Harel Bourdon.

Les comportements à risque sont divisés en trois catégories — verts, jaunes ou rouges, selon leur gravité, en fonction notamment de l’âge des élèves. Par exemple, il est normal que des enfants de quatre ou cinq ans soient curieux de voir les parties intimes de leurs camarades, explique la présidente de la CSDM. « Il faut leur dire que ça ne se fait pas en milieu scolaire. »

D’autres types de comportements, comme montrer ses parties intimes, toucher les fesses ou faire usage de pornographie à l’école, nécessiteront un suivi avec la victime du geste, l’auteur et les témoins. Les violences plus graves — agression sexuelle par un élève ou même par un adulte, sextage, etc. — peuvent nécessiter l’intervention de la police ou de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), rappelle Catherine Harel Bourdon.

Besoin d’une loi

La création d’un tel protocole d’intervention dans les écoles est essentielle, fait valoir Prévention CDN-NDG dans son rapport sur le harcèlement sexuel contre les jeunes. Cette façon de faire doit permettre de « reconnaître une situation problématique, d’attester de sa sévérité relative et d’identifier les moyens appropriés pour y répondre ».

Le Mouvement pour des écoles sans violences sexuelles (qui regroupe 16 organismes, dont Prévention CDN-NDG) réclame une loi obligeant toutes les écoles secondaires à mettre sur pied un protocole de prévention des violences sexuelles.

Les cégeps et les universités doivent offrir depuis deux ans des services complets pour enquêter sur les signalements d’inconduite sexuelle. La ministre de l’Enseignement supérieur dans le précédent gouvernement, Hélène David, avait inscrit cette obligation dans une loi dans la foulée du mouvement #MoiAussi, qui a mené à une série de dénonciations d’agressions sexuelles partout dans le monde, y compris au Québec.

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 décembre 2019 06 h 40

    Au philosophe Alain Deneault j'ai, un jour....

    ...demandé s'il lui était possible de faire un bilan de santé de la morale et/ou de la moralité actuellement « en cours » dans le monde ? Humblement, il m'a répondu « non » encore que sa physionomie, à elle ,seule, laissait entrevoir un profond déficit.
    Après violences physiques ( le drame de Pointe-aux Trembles ) nous voici avec « violences sexuelles ».
    L'ex-bagnard que je suis se demande : « Mais dans quel monde ou sorte de monde vivons-nous ? »
    La même question aurait pu m'être posée en 1989.
    Qu'y aurais-je alors répondu ?
    En me basant sur ma propre vie, ma réponse aurait été du genre : « Ma vie ? Une vie de « fous ». Dans le sens ? J'ai vécu à 110% ( onze points de trop ), j'ai brûlé la chandelle par les deux bouts dans un rythme de vie digne de la chanson de Marjo « À fond la caisse », à la folie des millions$ j'ai succombé, par l'enivrement du pouvoir je me suis fait séduire, les dix commandements de Dieu ( pour celles et ceux mal à l'aise avec mon utilisation de Dieu, remplacer s.v.p. le mot « Dieu » par Amour ) oui, les dix commandements j'ai transgressés le tout dans le plus complet silence dont celui de moi avec moi. Ajouter à ce qui précède, une histoire de vie non réglée.
    Et la prison, les pénitenciers là-dedans ?
    Des endroits que je me devais de connaître et d'expérimenter sans en avoir le goût.
    Oui, l'emprisonnement pour faire examens de conscience, avoir prises de conscience pour en arriver à la fin à faire des choix.
    L'emprisonnement peut aussi être université. Université ? Oui, ou de la réhabilitation ou de la criminalité, au choix de «l'étudiant »
    Je vous confirme qu'une cellule de prison ou de pénitencier, une fois la porte fermée, ça parle...dans le plus abyssal silence.
    Violence égale mal dans la peau.
    Violence égale attaques à la dignité.
    « C'est quoi ça, la dignité, connais pas ? »
    Comment ici conclure.
    Est-ce que des cours sur l'existence de la dignité seraient de mise ?
    Je soupçonne que « si »
    Gaston Bourdages
    Saint-Mathieu