Commissions scolaires: des comités de parents s’opposent à Roberge

De toute évidence, les parents ne sont pas tous convaincus que l’ambitieuse réforme de la gouvernance scolaire remettrait vraiment le pouvoir entre les mains de «ceux qui connaissent les élèves par leur nom», comme le dit le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De toute évidence, les parents ne sont pas tous convaincus que l’ambitieuse réforme de la gouvernance scolaire remettrait vraiment le pouvoir entre les mains de «ceux qui connaissent les élèves par leur nom», comme le dit le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

Une fronde s’organise au sein des comités de parents contre le projet de loi visant à réformer la gouvernance scolaire. Piqués au vif par les propos du ministre Jean-François Roberge, qui affirme avoir l’appui des parents dans l’abolition des postes de commissaires élus, des groupes de parents font circuler une lettre demandant au gouvernement de mettre un frein à sa vaste réforme.

Selon ce que Le Devoir a appris, une vingtaine de comités de parents francophones de plusieurs régions — y compris ceux des plus grandes commissions scolaires, notamment à Montréal — s’opposent déjà au projet de loi 40. Une dizaine d’autres envisageraient d’adopter des résolutions soulignant de sérieuses réserves au sujet de cette réforme phare du gouvernement Legault.

 

 

Hausser le ton

La grogne est telle que la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), qui regroupe les parents des 62 commissions scolaires francophones, fait face à une pression de ses membres pour hausser le ton face au gouvernement Legault. Des parents reprochent au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, « d’instrumentaliser » à des fins partisanes l’appui supposé de la FCPQ au projet de loi 40.

Les comités de parents récalcitrants soutiennent qu’un temps d’arrêt s’impose pour réfléchir aux conséquences du projet de loi 40, qui va bien au-delà de l’abolition des commissions scolaires. Cette vaste réforme de plus de 300 articles, qui redéfinit l’équilibre des pouvoirs dans le monde de l’éducation, faciliterait le « magasinage » d’écoles par les parents et donnerait plus d’obligations aux enseignants, notamment en matière de formation.

L’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire doit reprendre mardi, en cette dernière semaine avant la pause de l’Assemblée nationale pour le temps des Fêtes.

Les parents marginalisés

De toute évidence, les parents ne sont pas tous convaincus que l’ambitieuse réforme de la gouvernance scolaire remettrait vraiment le pouvoir entre les mains de « ceux qui connaissent les élèves par leur nom », comme le dit le ministre Roberge. Les audiences en commission parlementaire, au cours des dernières semaines, ont mis en lumière des failles importantes du projet de loi, confient au Devoir des sources influentes dans les comités de parents.

Le ministre risque d’avoir des difficultés à faire atterrir sa réforme s’il n’écoute pas le milieu de l’éducation

 

L’analyse de l’Institut sur la gouvernance, menée par Yvan Allaire et Michel Nadeau, a alerté des parents : l’Institut a souligné que le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires (où les parents détiendraient la moitié des sièges) n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés « d’experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) dicteraient la répartition des ressources entre les établissements, les plans de réussite des élèves et la priorisation des budgets.

Dans ces circonstances, un projet de résolution qui circule parmi les comités de parents réclame la « modernisation de la démocratie scolaire » — et le maintien des commissaires élus — plutôt que la mise en place de conseils d’administration où les parents ne joueraient qu’un rôle de figuration, indiquent nos sources.

« Les grands perdants de cette réforme-là sont les parents. Ça ne m’étonnerait pas que plusieurs comités de parents changent leur fusil d’épaule et s’opposent au projet de loi 40 », dit Marc St-Pierre, chargé de cours en sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais.

« Le ministre risque d’avoir des difficultés à faire atterrir sa réforme s’il n’écoute pas le milieu de l’éducation », ajoute cet ancien directeur adjoint de commission scolaire, qui a aussi siégé au Conseil supérieur de l’éducation.

Autre signe du « malaise » entourant le projet de loi 40, l’Association des comités de parents anglophones (ACPA) a fait une mise au point la semaine dernière après une sortie du ministre Roberge jugée inappropriée : « Le ministre de l’Éducation a utilisé mon nom hors contexte dans le but de promouvoir son projet de loi à l’Assemblée nationale », a déclaré Katherine Korakakis, vice-présidente du regroupement de parents anglophones.

« L’ACPA n’appuie pas le projet de loi 40. S’il [le ministre] avait écouté l’ensemble de la séance, il aurait compris notre position aussi clairement que les autres membres de la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale », a-t-elle précisé.

Ni pour ni contre

La Fédération des comités de parents francophones ne va pas jusqu’à se dire mal citée par le ministre Roberge, comme l’affirment les comités de parents anglophones. « Si le ministre dit qu’on appuie le projet de loi, il doit ajouter qu’on formule deux exigences et 28 recommandations pour l’améliorer », dit Kévin Roy, président de la FCPQ.

« On ne peut pas dire qu’on est pour [le projet de loi], mais on ne peut pas dire qu’on est contre non plus. On travaille à l’améliorer », ajoute le représentant des 62 comités de parents francophones. Il estime normal que des voix dissidentes se fassent entendre au sein des comités de parents, mais rappelle que les positions de la FCPQ ont été adoptées par consensus au conseil général — qui rassemble deux délégués de chacun des 62 comités membres de la Fédération.

Les deux exigences de la Fédération : que des représentants de comités de parents détiennent au moins quatre des huit sièges réservés aux parents dans le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires, et qu’un de ces quatre sièges soit attribué à un parent d’élève handicapé ou ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage.

Des comités de parents (notamment des commissions scolaires de Montréal, de Laval, du Chemin-du-Roy, des Chênes, des Découvreurs, des Monts-et-Marées, de l’Estuaire, de Charlevoix, de Rouyn-Noranda) se montrent plus critiques que leur Fédération envers le projet de loi 40. Ils s’opposent à l’élimination prévue d’un ordre de gouvernance — les commissaires élus — et à l’absence de réels pouvoirs accordés aux parents.

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