Ni homme ni femme: «autre»

La politique adoptée cette semaine par l’Université de Sherbrooke s’inscrit dans cette reconnaissance de la différence, explique Kim Lagueux-Dugal, registraire de l’UdeS.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La politique adoptée cette semaine par l’Université de Sherbrooke s’inscrit dans cette reconnaissance de la différence, explique Kim Lagueux-Dugal, registraire de l’UdeS.

La diversité et l’inclusion gagnent du terrain dans les universités québécoises. L’Université de Sherbrooke (UdeS) devient ainsi la première au Québec à permettre à ses étudiants et à ses employés de choisir leur genre. Un troisième choix vient s’ajouter à « homme » et « femme » : la catégorie « autre ».

Les gens qui choisissent cette dénomination ne seront jamais appelés monsieur ou madame dans les communications de l’UdeS. Cette politique permet aussi aux membres de la communauté universitaire de choisir leur nom et leur prénom, qui peuvent être différents de ceux qui leur ont été attribués à la naissance — pour les personnes trans ou pour d’autres, souvent nées à l’étranger, qui ont un nom difficile à prononcer en français.

Cette politique prévoit aussi l’aménagement d’un premier « vestiaire universel », mixte, accessible aux personnes de tous genres — féminin, masculin ou autre — au centre sportif de l’UdeS. Les toilettes non genrées, elles, ont été introduites il y a deux ans sur le campus. À peu près tous les établissements d’enseignement supérieur du Québec, sauf exception, offrent des toilettes non genrées.

Séré Beauchesne Lévesque, responsable de la coordination au Groupe d’action trans de l’Université de Sherbrooke (GATUS), a poussé un soupir de soulagement lorsque la politique a été annoncée, cette semaine. Cette personne qui se décrit comme trans non binaire a eu une révélation, à l’âge de 17 ans, en prenant conscience qu’il est tout à fait légitime de ne se sentir ni gars ni fille.

« J’ai grandi dans une société où je ne savais pas que j’existais avant l’âge de 17 ans. J’ai rencontré quelqu’un au cégep qui m’a raconté avoir un ami non binaire. Je me suis dit : c’est ça, je suis non binaire », dit-iel. Vous avez bien lu : Séré demande qu’on utilise le pronom iel (contraction de il et elle) pour le désigner ; iel demande aussi qu’on le désigne au masculin.

Évolution des mentalités

L’Office québécois de la langue française (OQLF) a approuvé le pronom iel — et bien d’autres — dans le contexte de la « rédaction bigenrée » qui reflète l’évolution des mentalités. Les institutions québécoises s’adaptent aux changements sociaux. Depuis l’année 2015, avec l’adoption de la loi 35, les personnes trans peuvent ainsi changer de prénom ou de genre déclaré même sans avoir eu de chirurgie. La discrimination fondée sur l’identité et l’expression de genre est aussi interdite depuis juin 2016 en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés.

La politique adoptée cette semaine par l’Université de Sherbrooke s’inscrit dans cette reconnaissance de la différence, explique Kim Lagueux-Dugal, registraire de l’UdeS. « L’Université veut être un milieu exemplaire en matière d’équité, de diversité et d’inclusion », dit-elle.

J’ai grandi dans une société où je ne savais pas que j’existais avant l’âge de 17 ans

En permettant aux gens de choisir leur prénom et leur nom, l’UdeS vise à créer un climat bienveillant envers les personnes trans. Ceux qui changent de nom garderont leur véritable identité dans certains documents officiels de l’Université. Leur identité choisie figurera entre autres sur leur carte d’étudiant et sur les listes d’étudiants remises aux professeurs. Le but : éviter que des profs qui prennent les présences en classe, par exemple, appellent une personne trans par son ancien prénom devant tout le monde.

« Les personnes trans devaient faire un coming out répété à chaque session. Ça peut créer de l’anxiété. Beaucoup de personnes trans font le choix de rester dans l’ombre et attendent la fin de leurs études pour transitionner », explique Séré Beauchesne Lévesque.

Signe que la politique répond à un besoin, 20 membres de la communauté universitaire de l’UdeS ont demandé à choisir leur nom, prénom ou genre en 48 heures, cette semaine.

Bientôt à l’UdeM

Cinq universités québécoises (UQAM, Concordia, McGill, UdeS et bientôt Université de Montréal) permettent à leurs étudiants ou employés de choisir leur prénom ou sont en voie de le faire, a appris Le Devoir. L’Université de Montréal a confirmé que ses étudiants et employés pourront choisir leur prénom à compter du 22 janvier prochain.

Cette possibilité de choisir son nom ou son prénom est beaucoup plus répandue sur les campus américains. Les étudiants peuvent même choisir un pronom que les autres membres de la communauté universitaire doivent utiliser pour les interpeller : he, she, they, ou ze, par exemple. Par dérision, un étudiant de l’Université du Michigan, membre d’un groupe de droite qui dénonce la « rectitude politique », a choisi en 2016 l’appellation « Sa Majesté ».

Il n’aurait pu faire ce choix à l’UdeS : la politique interdit de prendre un prénom péjoratif, grossier ou inspiré d’un personnage connu.

16 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 16 novembre 2019 06 h 52

    Hé ben

    Pauvre société qui ne s'y retrouve plus. On est mal barré.
    Mon chat émasculé, donc non genré, peut-il devenir membre de la FFQ?

  • Diane Guilbault - Abonnée 16 novembre 2019 08 h 23

    Décourageant!

    Les toilettes non genrées sont une aberration puisque les toilettes ne sont pas genrées. Elles sont séparées sur la base du SEXE. On parle donc ici de toilettes MIXTES. Ce qu'on observe, sans dire un mot et avec les applaudissements des médias, c'est au non-respect du Code du bâtiment qui ne permet pas les toilettes mixtes. Mais ça, tout le monde s'en fout.

  • Christiane Gervais - Inscrite 16 novembre 2019 09 h 21

    Sexes et genres

    Comment ne pas constater que ça prenait bien des hommes pour faire disparaître, en quelques années, le sexe féminin au profit des genres, on le constate dans les sports, dans les associations de femmes et dans les laboratoires de la rectitude politico-religieuse que sont les universités.

    Pourquoi ne pas faire des toilettes pour les "Autres": comment en est-on arrivé à cette dictature des minorités "genrées" sur les sexes féminin et masculin auxquels s'identifient, partout au monde, les humains?

  • Gilles Théberge - Abonné 16 novembre 2019 09 h 56

    Ha ha ha ha ha ha ha.

    Oh boy!

    On est pas sorti du bois......

  • William Dufort - Abonné 16 novembre 2019 10 h 00

    Ni pour ni contre, bien au contraire

    Je me sens terriblement vieux en lisant cet article ce matin. Si on peut choisir son genre, ça ne veut plus rien dire et on devrait cesser d'en parler et cesser de poser la question.