Des repas abordables à l'école sans stigmatisation

Au total, 950 élèves auront accès dès cette année au projet de repas abordables.
Photo: iStock Au total, 950 élèves auront accès dès cette année au projet de repas abordables.

L’organisme la Cantine pour tous cherche à lutter contre la stigmatisation des enfants défavorisés, en lançant cette année un programme de repas abordables dans trois écoles de la province, comme solution parallèle à la mesure alimentaire déjà offerte dans certains établissements scolaires.

Inspirée d’un modèle existant à Terre-Neuve, la Cantine pour tous a mis en place un système de contribution volontaire des parents, avec un montant minimal d’un dollar par repas, soit le même prix que celui de la mesure alimentaire actuelle, réservée aux enfants défavorisés. À la différence de celle-ci, le projet-pilote est ouvert à tous les enfants des établissements concernés, sans égard au revenu de leurs parents.

L’organisme souhaite à terme que tous les enfants de la province puissent avoir accès à des repas sains et abordables, en évitant la stigmatisation des enfants défavorisés. « Avec un programme ciblé et non pas universel, il y a une stigmatisation possible, c’est-à-dire que les enfants les plus défavorisés sont étiquetables, on peut savoir qui ils sont parce que ce sont ceux qui reçoivent des repas », souligne au Devoir le directeur général de Cantine pour tous, Thibaud Liné, à propos de la mesure alimentaire actuelle. Il ajoute que les bénéficiaires des dîners à 1 $ mangeaient également parfois « mieux que les autres ». « Il y a des études qui sont sorties récemment qui montrent qu’il y a beaucoup trop d’enfants qui ne mangent pas les portions de fruits et légumes qui sont recommandées », relève-t-il.

À Montréal et à Québec

Trois établissements scolaires, l’école Saint-Clément et l’école LaSalle à Montréal, ainsi que l’école Sacré-Coeur à Québec, font pour l’instant partie du projet-pilote qui s’étendra sur quatre ans, selon les visées de l’organisme. Au total, 950 élèves auront accès dès cette année au projet de repas abordables. Trois autres écoles primaires s’ajouteront l’an prochain.

L’école Sacré-Coeur a commencé à bénéficier des services de la Cantine pour tous il y a deux semaines, tandis que l’école LaSalle a implanté le projet depuis le début du mois d’octobre. La date d’entrée en vigueur du service pour l’école Saint-Clément n’est quant à elle pas encore déterminée.

« La mission du projet a été extrêmement bien reçue. L’intention était de permettre à tous les enfants d’avoir accès à un repas de traiteur au besoin et d’éviter aux familles qui étaient plus dans le besoin de ne pas être en mesure d’offrir une alimentation saine et soutenante aux enfants », constate le directeur de l’école LaSalle, Hugues Paquette-Trudeau.

Même si l’école n’est pas considérée comme étant située en milieu très défavorisé, M. Paquette-Trudeau rapporte que sa clientèle est « très variée », avec des élèves ayant des difficultés d’adaptation et d’autres en classes d’accueil. « C’est sûr que ces élèves-là peuvent avoir un contraste socio-économique par rapport aux autres élèves de l’école qui sont issus d’un milieu social peut-être un peu plus riche », note le directeur.

L’intention était de permettre à tous les enfants d’avoir accès à un repas de traiteur au besoin et d’éviter aux familles qui étaient plus dans le besoin de ne pas être en mesure d’offrir une alimentation saine et soutenante aux enfants

À Québec, l’école Sacré-Coeur possède l’indice de défavorisation le plus élevé, selon l’échelle établie par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec. Pour l’instant, la Cantine pour tous n’est offerte qu’aux 162 élèves inscrits au service de garde. « On va voir avec nos partenaires si on ne l’offrira pas à l’ensemble des enfants du quartier, aussi, pour que les parents qui ne bénéficient pas du service de garde puissent avoir accès à la Cantine pour tous, mais à la maison le midi », explique le directeur de l’établissement, Christian Faucher. Il ajoute que cela « fait partie, probablement », d’une deuxième phase de développement du projet.

Stéphanie Bellenger-Heng est commissaire scolaire à la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Elle explique que le choix de l’école Saint-Clément, située dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, s’est fait selon plusieurs critères. Il fallait que l’établissement scolaire ait un maximum de 400 élèves, avec un pourcentage élevé d’enfants au service de garde le midi. Il fallait également que l’école ait auparavant bénéficié de la mesure alimentaire au cours des cinq dernières années et qu’elle l’ait perdue. « La mesure alimentaire à 1 $ est fournie seulement aux écoles avec un indice de défavorisation de 0 à 19,9 %. De 20 à 29,9 %, ils perdent la mesure à 1 $, mais ils ont autant d’enfants défavorisés », constate la commissaire. Elle ajoute que l’école Saint-Clément a perdu la mesure alimentaire en raison de l’embourgeoisement du quartier où elle est située.

Vers une mesure universelle ?

Contrairement à la mesure alimentaire, qui est financée par Québec, la Cantine pour tous obtient des fonds de bâilleurs privés et publics. « On reçoit l’argent des parents, on reçoit l’argent des bailleurs de fonds et, ensuite, on redonne l’argent à nos membres certifiés, qui sont les producteurs dans les quartiers, pour qu’ils puissent produire au juste prix sans perdre d’argent », explique M. Liné. Il estime néanmoins qu’« ultimement, c’est une responsabilité gouvernementale que de soutenir ce genre d’initiative ».

Même son de cloche chez Mme Bellenger-Heng. « L’objectif commun que nous avons […], c’est que Québec, parce que cela doit être aussi une responsabilité gouvernementale, bonifie son programme alimentaire actuel qui se limite à fournir une mesure alimentaire à 1 $. Nous, on veut qu’un programme alimentaire soit universel », dit-elle.

« Si, au Québec, on décide de se tourner vers ce genre de mesure là pour aider nos familles plus démunies, je suis bien ouvert à ça, comme Québécois. Un ventre mieux nourri apprend mieux, c’est certain », estime de son côté M. Faucher.