Les professeurs veulent un salaire égal à la moyenne canadienne

Les écoles primaires et secondaires peinent à recruter toute la main-d’œuvre dont elles ont besoin.
Photo: Manon Allard Getty images Les écoles primaires et secondaires peinent à recruter toute la main-d’œuvre dont elles ont besoin.

Si c’est bon pour les médecins, ça doit l’être pour les enseignants : la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) réclame un rattrapage salarial de 8 % pour atteindre la rémunération moyenne canadienne — un avantage qui a déjà été consenti aux médecins.

Le syndicat d’enseignants demande que le rattrapage de 8 % s’ajoute aux augmentations de salaire qui seront consenties aux 475 000 employés de l’État. Le but : valoriser la profession enseignante et contrer la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe durement les écoles publiques.

Les négociations doivent commencer cet automne en vue du renouvellement des conventions collectives des employés du secteur public, qui vient à échéance le 31 mars 2020. Le gouvernement Legault a déjà prévenu les syndicats : les hausses salariales seront alignées sur l’inflation. Il s’est aussi engagé à renégocier l’entente avec les médecins spécialistes. Le premier ministre veut que la rémunération des spécialistes baisse à 9 % sous la moyenne canadienne, comme c’est le cas pour d’autres professions dans le domaine de la santé.

L’amélioration des conditions de travail — y compris salariales — fait partie des demandes rendues publiques vendredi par trois syndicats de l’éducation affiliés à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Les enseignants, les professionnels et les employés de soutien réclament tous des mesures pour attirer et retenir le personnel.

Les écoles primaires et secondaires peinent à recruter toute la main-d’oeuvre dont elles ont besoin. Le Devoir a ainsi révélé vendredi que 296 postes de professionnels (psychologues, orthophonistes, psychoéducateurs, etc.) sont affichés dans le réseau des écoles publiques.

Le gouvernement Legault a promis de créer, dès cette année, 850 postes (enseignants, professionnels et autres) dans le but d’appuyer les élèves en difficulté, mais le nombre de candidatures est nettement inférieur à celui des postes affichés.

Salaires et soutien

La hausse salariale de 8 % vise à rattraper « ce qui a été perdu dans les dernières années », a expliqué Josée Scalabrini, présidente de la FSE. Les enseignants québécois gagnent 82 585 $ au 17e et dernier échelon salarial. La moyenne canadienne du sommet de l’échelle serait de 94 000 $, selon la FSE.

Le gouvernement Legault a déjà annoncé qu’il éliminera comme promis les six premiers échelons salariaux des enseignants. Le salaire de départ passerait en gros de 45 000 $ à 53 000 $, ce qui inciterait les jeunes profs à rester en poste.

Il s’agirait d’une bonne nouvelle pour les recrues, mais le gouvernement doit aussi penser aux enseignants d’expérience, qui sont nombreux à abandonner la profession pour cause d’épuisement, a souligné Josée Scalabrini.

Les profs réclament aussi une réduction du nombre d’élèves par classe, surtout dans les groupes qui comptent un grand nombre d’élèves en difficulté. Ils veulent davantage de soutien de professionnels pour aider les enfants ayant un plan d’intervention, ainsi que leurs parents.

Seuil de services

La Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE‑CSQ) demande de son côté la mise en place d’un seuil minimum de services, comme c’est le cas pour les enseignants.

Le nombre d’enseignants est établi en fonction du nombre d’élèves, ce qui n’est pas le cas pour les professionnels (psychologues, psychoéducateurs, orthopédagogues, orthophonistes, etc.) : leur nombre varie en fonction des fluctuations budgétaires et de la volonté des gestionnaires scolaires, déplore Jacques Landry, président de la FPPE.

« À cause de la pénurie de main-d’oeuvre, les professionnels ont une surcharge de travail et manquent de temps pour aider les élèves. C’est très frustrant. À un moment donné, ça use », dit la députée Christine Labrie, de Québec solidaire.

Pas étonnant que des professionnels quittent le réseau scolaire pour aller travailler au privé, comme l’a rapporté Le Devoir, rappelle la députée. Elle et ses collègues Marwah Rizqy, du Parti libéral, et Véronique Hivon, du Parti québécois, soutiennent que le gouvernement doit investir encore davantage pour améliorer les salaires et les conditions de travail du personnel de l’éducation. Les élèves souffrent de la pénurie de main-d’oeuvre.

Avec La Presse canadienne