Maternelle: l’école des chances pour tous

Illustration: Thaïla Khampo

Depuis son retrait de la vie politique, l’ex-première ministre Pauline Marois choisit soigneusement les tribunes où s’exprimer, soucieuse de ne pas mettre le pied dans les plates-bandes des autres décideurs. Mais il y a certains dossiers pour lesquels l’appel du coeur est le plus fort : ainsi en est-il de tout le brouhaha entourant l’avènement des maternelles 4 ans au Québec.

« J’essaie de ne pas trop m’imposer, mais la maternelle, comme la langue française, oui, ça m’interpelle », dit Mme Marois, qui a accepté avec enthousiasme de venir causer égalité des chances à l’école dans le cadre du Monde Festival avec Le Devoir, notamment en compagnie du ministre français de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer.

Ancienne ministre de l’Éducation, mais aussi de la Famille, formée en service social et travailleuse aguerrie du champ communautaire, l’ancienne ministre péquiste porte le titre de mère des centres de la petite enfance (CPE), créés en 1996. Depuis que la Coalition avenir Québec de François Legault a fait de la maternelle 4 ans pour tous une promesse phare de la dernière campagne électorale — et désormais un projet de loi qui se discute dans les cercles du pouvoir en plus d’une réalité qui se vit dans les écoles —, la discussion s’articule apparemment autour d’un axe d’opposition : les CPE contre les maternelles 4 ans.

L’école peut jouer un rôle pour créer une société de confiance.

 

« Je ne suis pas dogmatique, et ce n’est pas une question d’être pour ou contre un réseau ou l’autre », dit Pauline Marois, qui observe avec attention tous ces débats entourant une meilleure égalité des chances pour les enfants de milieux défavorisés, qui sont visés par la réforme du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge. « Mais dans un contexte de rareté et de fragilité des ressources, je militerais pour une stratégie globale qui faciliterait et qui élargirait l’accessibilité aux services pour les familles qui ne s’en prévalent pas. »

Alors que les velléités caquistes visaient précisément ces enfants ne fréquentant ni l’école ni les services de garde, les premiers coups de sonde ont montré que 70 % des nouveaux petits inscrits à la maternelle 4 ans proviennent des centres de la petite enfance, contre 30 % qui étaient « hors réseau ».

En France, l’école de la confiance

Pendant qu’au Québec on ergote sur la pertinence d’une formation scolaire à 4 ans (non obligatoire), en France, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron en 2018, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer défend la rentrée à la maternelle obligatoire dès 3 ans (la fréquentation scolaire était auparavant obligatoire dès 6 ans, comme au Québec d’ailleurs), une mesure phare de sa Loi pour une école de la confiance. « L’état d’esprit de cette loi, c’est que l’école peut jouer un rôle pour créer une société de confiance », dit Jean-Michel Blanquer en entrevue au Devoir. Confiance entre professeurs et parents, entre pairs, entre enfants, confiance en soi, en l’école.

L’objectif, là-bas comme ici, est d’agir le plus tôt possible pour aplanir les inégalités sociales, favoriser la réussite scolaire et, très concrètement, agir de manière directe sur la base de tous les apprentissages : le langage. « La première des inégalités qui existent entre les enfants et qu’on peut constater malheureusement assez tôt dans la vie, est l’écart de richesse de vocabulaire entre les enfants selon leur origine familiale », explique le ministre Blanquer, qui a déjà échangé avec son homologue Jean-François Roberge et constate la même « maturité collective » du Québec qu’en France pour embrasser des réformes en éducation. « C’est ce capital de vocabulaire qui va favoriser son entrée dans la lecture. »

En France, où la tradition de la maternelle remonte à 1881, les jardins d’enfants ne se disputent pas avec les maternelles. Jean-Michel Blanquer suit les débats du Québec en se réjouissant de l’avènement des maternelles 4 ans, une « évolution très intéressante en soi ». « Au-delà des concepts de jardins d’enfants et de maternelles, ce qui compte, c’est qu’il y ait une structure qui accueille les enfants tôt, et que ce soit si possible obligatoire. »

La maternelle dès 3 ans : le modèle français est-il efficace et exportable ?

25 octobre, de 16 h à 17 h 30, à la salle Bourgie du MBAM.

 

Participants :

  • Jean-Michel Blanquer, ministre français de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ;
  •  Pauline Marois, ex-première ministre du Québec ;
  •  Christa Japel, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisée de l’UQAM ;
  •  Pascale Garnier, sociologue et professeure en sciences de l’éducation, directrice du laboratoire Experice.
 

Animatrice :

  • Marie-Andrée Chouinard, rédactrice en chef du Devoir
 

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