Les CPE crient au pillage de ressources

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, craint que la possibilité offerte aux techniciennes de service de garde d’aller travailler dans les maternelles 4 ans vienne aggraver le manque de main-d’oeuvre dans les CPE.
Photo: iStock Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, craint que la possibilité offerte aux techniciennes de service de garde d’aller travailler dans les maternelles 4 ans vienne aggraver le manque de main-d’oeuvre dans les CPE.

Le réseau des services de garde, déjà aux prises avec des difficultés de recrutement, craint un exode de son personnel si le gouvernement autorise les éducatrices de garderie à prendre en charge des classes de maternelle 4 ans.

Selon ce que Le Devoir a appris, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, craint que la possibilité offerte aux techniciennes de service de garde d’aller travailler dans les maternelles 4 ans vienne aggraver le manque de main-d’oeuvre dans les centres de la petite enfance (CPE). Il a confié ses craintes lors de rencontres privées avec des représentants du milieu des services de garde.

La pénurie d’enseignants est telle, surtout dans la grande région de Montréal, que le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge envisage de recruter des éducatrices de garderie pour certaines classes de maternelle 4 ans lors de la prochaine rentrée scolaire. Ces diplômées du collégial devraient s’engager à suivre une formation universitaire menant à l’obtention d’un brevet d’enseignement.

Cette solution a été dénoncée mardi par les syndicats d’enseignants et d’éducatrices, par les associations de CPE et par les trois partis de l’opposition à l’Assemblée nationale. Ils estiment que le gouvernement Legault « improvise » en raison des obstacles qui se multiplient devant l’implantation des maternelles 4 ans pour tous. Le gouvernement va trop vite, selon eux.

« Il y a déjà une pénurie d’éducatrices dans le réseau des CPE. Le gouvernement dit qu’il tient à la complémentarité des réseaux, il nous dit de ne pas nous inquiéter, mais il envoie des signaux inquiétants », dit Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE).

On doit offrir des services de qualité aux enfants. Comment on va y arriver si le gouvernement nous retire notre personnel ?

Manque de personnel

Les CPE doivent avoir au minimum deux tiers d’éducatrices détenant un diplôme d’études collégiales en techniques de la petite enfance. C’est la loi. Dans certaines régions, notamment en Outaouais, en Estrie, sur la Côte-Nord et à Québec, certains CPE ont des difficultés à maintenir les ratios à cause des problèmes de recrutement, explique Mme Bélisle.

En fait, les services de garde de six des dix-sept régions administratives (Outaouais, Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et Chaudière-Appalaches) respectent de justesse ou ne respectent pas le ratio de deux éducatrices sur trois ayant un diplôme. Ces données sont tirées d’un document du ministère de la Famille pour l’année 2016-2017, rendu public par la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) a mis la main sur ce rapport.

« Il devient difficile de trouver des remplaçantes formées pour les congés de maladie ou de maternité et les vacances. Il arrive que des directrices générales adjointes doivent travailler dans les locaux avec les enfants », dit Muriel Flauto, directrice générale du CPE Mamie Soleil de Châteauguay et responsable du Bureau coordonnateur des services de garde pour la région du Suroît, en Montérégie.

Elle craint de perdre de précieuses éducatrices si le gouvernement les autorise à prendre en charge des classes de maternelle 4 ans. « Ça fait peur. On doit offrir des services de qualité aux enfants. Comment on va y arriver si le gouvernement nous retire notre personnel ? » dit-elle.

Profession dévalorisée

Les salaires sont nettement supérieurs pour les enseignantes, qui doivent terminer un baccalauréat de quatre ans pour obtenir leur brevet. Une technicienne en service de garde au sommet de l’échelle gagne 24,56 $/h, soit 40 867 $ par année pour une semaine de 32 heures. Le salaire de départ est de 18,52 $/h, soit 30 833 $ par année. Le salaire de départ des enseignants, d’environ 45 000 $, est supérieur à celui du sommet de l’échelle pour les éducatrices en service de garde.

Autre avantage, les vacances d’été sont plus longues pour les enseignants que pour les éducatrices. Celles-ci travaillent cependant dans de plus petits groupes, de huit ou dix enfants (pour les 4 ans), comparativement à dix-sept enfants dans les classes de maternelles 4 ans.

La profession de technicienne en service de garde a été dévalorisée par les gouvernements libéraux, fait valoir Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ. Le premier ministre François Legault a lui-même « dénigré » les éducatrices en soulignant qu’elles sont moins éduquées que les enseignantes, rappelle Mme Grenon.

« Il y a de moins en moins de diplômées qui sortent des cégeps. C’est sûr que ça peut être tentant pour les étudiantes actuelles d’aller en maternelle 4 ans plutôt que dans un CPE si elles en ont la possibilité », déplore la présidente de la FIPEQ.

« Improvisation »

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) insiste : les techniciennes en service de garde devraient s’engager à suivre une formation menant à un brevet d’enseignement si elles veulent bénéficier d’une « tolérance d’engagement » leur ouvrant la porte d’une classe de maternelle. Mais quelle serait cette formation ?

À l’heure actuelle, la voie d’entrée de la profession est un baccalauréat de quatre ans en enseignement. Mais des hypothèses évoquent l’idée d’un certificat d’une année qui viendrait compléter les trois années d’études collégiales. Ce certificat mènerait-il à un brevet d’enseignant ou à un nouveau poste d’enseignant adjoint, évoqué comme une piste de solution à la pénurie lors de discussions informelles au MEES ?

« On est en pleine improvisation. Le gouvernement veut implanter les maternelles 4 ans à tout prix parce que c’est une promesse électorale, mais il n’y a pas de plan global. Chaque semaine, le ministre arrive avec une nouvelle solution qui cause de nouvelles inquiétudes », dit Marwah Rizqy, porte-parole libérale en matière d’éducation.

« Il est extrêmement inquiétant de s’engager dans une réforme d’une telle ampleur sans avoir un plan détaillé sur cinq ans. On demande ce plan depuis deux semaines à l’Assemblée nationale et on n’a pas de réponse », ajoute la députée péquiste Véronique Hivon.

« Le ministre s’est attaqué à un problème inexistant et il crée maintenant de véritables problèmes en s’acharnant à mener son projet à terme », renchérit la députée Christine Labrie, de Québec solidaire. Les trois partis dénoncent l’abandon du réseau des CPE au profit des maternelles 4 ans.


 
6 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 6 mars 2019 02 h 22

    Quel gouvernement con, qui passe son temps le pied dans la bouche...

    Heureusement, je n’ai pas voté pour ça. Je n’ai pas suivi le troupeau... et je n’ai pas voté pour QS non plus!

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 mars 2019 08 h 34

    Coudonc...

    êtes-vous en mission pour les garderies...? Ça fait plus de 15 ans que l'État québécois n'a pas de PLAN pour...le Québec. Si Le Devoir avait fait un vrai travail de journalisme et non de ...politique partisane, il y aurait aujourd'hui plus de respect pour la chose politique.
    Les CPE et les "garderies" se devaient d'être ré-évalués...Qu'ils deviennent aujourd'hui des maternelles est dans la "continuité d'un changement" pour le meilleur. Regardez la France et ses maternelles dès 3 ans...un succès.

  • Denis Drapeau - Abonné 6 mars 2019 09 h 42

    troupeau !!!

    Gilles Théberge. Con , Troupeau dites-vous. C'est plutôt méprisant. Je n'ai pas voté CAQ n'ont plus mais je n'ai pas de mépris pour ceux qui l'on fait. Je comprends que leur priorité était de battre les libéraux dont le jeu douteux à toujours consisté à se fauffiller au pouvoir grâce au vote masif et historique des anglophones et allophones et à la division du vote francophone. Si le PQ avait incarné le parti pouvant battre les libéraux, ,c'est lui qui aurait probablement gagné, voilà tout.

    À la commission Charboneau comme dans leur relation complaisante avec Arthur Porter et autres tripoteux peu féquentables, les libéraux ont bien essayés de caché leur jeu mais le jupon dépassait, laissant voir les moeurs pour le moins "libérales". Entre troupeau et tripot, mon choix est vite fait. Vu la frustration que suggère votre propos, peut-être logiez-vous à l'adressede ce tripot.

  • Anne-Marie Lemieux - Inscrite 6 mars 2019 17 h 27

    Pourquoi d`éshabiller injustement Jean pour habiller Jacques ?

    Je ne sais pas quand le Ministre de l.Éducation va redesccendre de son rêve pour envisager la réalité. L'.article ci-haut est tout à fait juste et réaliste. On ne peut mettre les C.P.E , qui sont si importants pour nos enfant dans leur jeune enfance , qui font un travail éducatif de qualité , en perte de personnel donc les affaiblir terriblement , voir mêm les obliger pour certains à fermer faute de personnel pour ouvrir des postes dans l des maternelles 4 ans.. C'est quoi cette idée de deshabiller jean pour mieux habiller Jacques..
    je serais prête comem gand -mère à participer à des mouvement de contestations a` ce sujet .
    Anne-Marie lemieux

  • Samuel Prévert - Inscrit 6 mars 2019 17 h 54

    illogique

    Il est étonnant qu'un prof qui dispose d'un BAC en enseignement du français langue seconde ne puisse pas enseigner le français comme langue maternelle mais qu'un éducateur ou une éducatrice puisse enseigner à la maternelle. Il y a quelque chose de pourri dans ce système.