Maternelles 4 ans: Québec songe à recruter des éducatrices pour combler la pénurie

La création de 250 classes supplémentaires de maternelles 4 ans dès la rentrée de septembre ajoutera une pression intenable pour les commissions scolaires aux prises avec des banques de suppléants dégarnies.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse La création de 250 classes supplémentaires de maternelles 4 ans dès la rentrée de septembre ajoutera une pression intenable pour les commissions scolaires aux prises avec des banques de suppléants dégarnies.

Le ministère de l’Éducation est prêt à appeler en renfort des éducatrices de garderie pour prendre en charge des classes de maternelle 4 ans à la rentrée scolaire de l’automne prochain, à la condition qu’elles s’engagent à suivre une formation universitaire reconnue.

Selon ce que Le Devoir a appris de plusieurs sources, des représentants du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) ont évoqué cette possibilité lors de rencontres récentes visant à trouver des solutions à la pénurie d’enseignants. Le MEES mène une série de consultations avec le milieu de l’éducation — doyens de facultés de sciences de l’éducation, cadres de commissions scolaires et autres acteurs du réseau — dans l’espoir de résoudre le manque criant de personnel dans les écoles.

La création de 250 classes supplémentaires de maternelles 4 ans dès la rentrée de septembre ajoutera une pression intenable pour les commissions scolaires aux prises avec des banques de suppléants dégarnies, surtout dans la grande région de Montréal. Le Devoir a rapporté samedi le cas de deux classes du primaire qui se trouvaient sans enseignant titulaire depuis le mois d’octobre. Pas moins d’une dizaine de remplaçants se sont succédé dans ces classes, ce qui a un effet catastrophique sur la motivation des élèves.

Le ministère de l’Éducation « doit vraiment répondre à un besoin à court terme des commissions scolaires », indique une source qui connaît bien le dossier. Un des premiers gestes du ministre Jean-François Roberge, l’automne dernier, a été d’assouplir les « tolérances d’engagement » pour permettre à des gens qui n’ont pas de brevet de venir enseigner au primaire et au secondaire.

Ces enseignants « non légalement qualifiés » ont désormais 10 ans pour suivre une formation universitaire qui leur accordera un brevet en bonne et due forme. Il peut s’agir d’un baccalauréat de quatre ans en enseignement préscolaire et primaire ou d’une maîtrise qualifiante destinée aux diplômés universitaires dans une discipline (mathématiques, français, histoire ou autre) qui veulent enseigner au secondaire.

Plutôt que de se retrouver avec une chaise vide devant les classes de maternelle 4 ans, le ministre Roberge est prêt à confier des groupes à des techniciennes en service de garde ayant une formation collégiale. Elles devront s’engager à suivre une formation universitaire menant à un brevet d’enseignement.

Formation et financement améliorés

Un des grands arguments du gouvernement Legault pour justifier l’élargissement des maternelles 4 ans est pourtant la meilleure formation des enseignants par rapport aux éducatrices de garderie : les professeurs ont au minimum un baccalauréat de quatre ans, contre un diplôme d’études collégiales (DEC) de trois ans pour les techniciennes en service de garde.

L’important est que les éducatrices s’engagent à suivre une formation universitaire qui mène à un brevet, insiste-t-on à Québec.

En plus de réfléchir à des solutions à la pénurie d’enseignants, le ministre Jean-François Roberge tient à améliorer leur formation, notamment au préscolaire. Selon nos sources, le ministre envisage la création d’un profil distinct pour la formation en enseignement préscolaire. À l’heure actuelle, le baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire comporte très peu de cours sur le préscolaire. Il faudra en ajouter.

Le gouvernement s’apprête à « soutenir financièrement les universités pour accélérer le développement de nouveaux parcours et en assurer la qualité », précise une source à Québec.

Cet investissement annoncé est essentiel parce que le développement de nouveaux programmes universitaires coûte cher, explique Serge Striganuk, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Sherbrooke.

Il voit d’un oeil favorable les tolérances d’engagement pour permettre à des éducatrices de garderie de prendre en charge des classes de maternelles 4 ans, tout en améliorant la formation des futurs enseignants : « À cause de la pénurie, certaines commissions scolaires disent qu’elles se contentent de trouver un adulte responsable, formé ou non, pour s’occuper d’une classe », rappelle-t-il.

« On veut aider à répondre à la pénurie, mais notre grande préoccupation, c’est la qualité de la formation, ajoute Serge Striganuk. On nous disait et on nous dit que la formation initiale est insuffisante, que les futurs enseignants sont mal préparés à faire de la gestion de classe et à répondre aux besoins des élèves qui ont des difficultés d’apprentissage. »

Brassage d’idées

Le MEES se livre à un vaste brassage d’idées dans l’espoir de venir à bout de la pénurie d’enseignants, qui ne peut que s’amplifier dans la prochaine décennie. Plus de 100 000 élèves viendront s’ajouter au réseau d’écoles publiques dans les 11 prochaines années, selon les prévisions du ministère. Le nombre d’élèves doit augmenter de 14 % d’ici 2029, et de 16 % dans les écoles francophones. La hausse des effectifs atteindra même 29 % dans les trois commissions scolaires francophones de l’île de Montréal.

« Il va falloir penser un peu “en dehors de la boîte” pour trouver des solutions à la pénurie », dit Fernand Gervais, doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.

Il faut faciliter la reconnaissance des diplômes étrangers pour permettre aux nouveaux arrivants qui ont les compétences d’enseigner dans le réseau québécois, disent nos sources. Des professeurs ayant un brevet d’une autre province, dont l’Ontario, se plaignent aussi de la paperasse et des examens obligatoires pour enseigner au Québec.

Le ministère et ses partenaires réfléchissent aussi à la possibilité d’appeler des retraités à la rescousse sans pénalité financière pour des postes d’enseignant ou de direction d’école.

La mise en place de partenariats entre cégeps et universités, pour créer de nouveaux postes d’enseignants adjoints — sur le modèle des assistant teachers canadiens — fait aussi partie des scénarios évoqués dans le milieu de l’éducation. Le MEES s’est engagé à ce qu’il y ait deux adultes par classe au préscolaire et à la première année du primaire. Ces professeurs adjoints pourraient être la deuxième personne en classe, indiquent nos sources. Il faudrait pour cela négocier des ententes avec les syndicats.

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