Apprendre à coder pour régler des problèmes du quotidien

Dans le township densément peuplé d’Ivory Park, aux abords de la ville sud-africaine de Midrand, une soixantaine d’écoliers de onze ans s’affrontent dans leur club local de codage informatique.
Photo: Wikus De Wet Agence France-Presse Dans le township densément peuplé d’Ivory Park, aux abords de la ville sud-africaine de Midrand, une soixantaine d’écoliers de onze ans s’affrontent dans leur club local de codage informatique.

Mercredi 14 h pile : dans le township densément peuplé d’Ivory Park, aux abords de la ville sud-africaine de Midrand, c’est l’heure, pour une soixantaine d’écoliers de onze ans, de s’affronter dans leur club local de codage informatique.

Armées de blocs de codage basiques, de kits pour inventeurs, d’ordinateurs portables et d’une imagination sans limites, six équipes formées d’élèves du primaire sont en compétition.

Les enfants utilisent des tableaux électroniques pour fabriquer des circuits et des prototypes, s’efforçant de concevoir des solutions technologiques pour résoudre des problèmes qu’ils ont rencontrés dans leur communauté.

« Nous fabriquons une couveuse qui aide les enfants prématurés et ceux qui sont malades », explique à l’AFP Sifiso Ngobeni, un élève de l’école primaire Mikateka, à la périphérie de Johannesburg.

Ses rivaux de l’école primaire Sedi-laka se sont quant à eux attaqués au fléau des enfants disparus.

« Aux infos, on entend toujours parler de la disparition d’enfants. Donc nous fabriquons un appareil de pistage des enfants qui peut être placé dans les vêtements et les jouets des enfants », explique l’un d’entre eux.

Le codage est l’ensemble des instructions qu’un robot ou un programme d’ordinateur lit puis exécute. Dans les clubs de codage, les élèves apprennent à concevoir ces codes.

Un système d’éducation à la traîne

Bien que les Sud-Africains aient de plus en plus accès à l’éducation depuis la fin de l’apartheid, le système éducatif n’est souvent pas à la hauteur.

« Le fait que 80 % des enseignants utilisent toujours de la craie et un tableau noir de nos jours est une cause de grande inquiétude, estime Hendrick Makaneta, qui milite pour une meilleure éducation. Il n’est pas bon qu’une classe de 2018 soit exactement comme une classe de 1918. »

Le fait que 80 % des enseignants utilisent toujours de la craie et un tableau noir de nos jours est une cause de grande inquiétude. Il n’est pas bon qu’une classe de 2018 soit exactement comme une classe de 1918.

Des études, y compris l’étude internationale « Trends in International Maths and Science Study » (TIMSS), qui mesure les performances en mathématiques et en science dans le monde, montrent que l’école publique sud-africaine est à la traîne — particulièrement dans ces deux disciplines.

Ce sont des secteurs de compétence clés et les clubs de codage ont rapidement réussi à se trouver un créneau.

En septembre, le ministère de l’Éducation a annoncé qu’il soutiendrait les clubs, qui sont aussi populaires dans d’autres pays africains comme le Kenya ou le Botswana.

En Afrique du Sud, ils sont pour la plupart animés gratuitement par des ONG, comme ORT-SA, CodeJika et We Think Code.

« La volonté est là, et nos écoles y sont favorables. Certains ont déjà un entraînement de base au codage dans le cadre de leur cursus dans des écoles techniques, a déclaré un porte-parole du ministère de l’Éducation, Elijah Mhlanga.  Les élèves y seront exposés, de sorte que ,lorsqu’ils grandiront, ils seront vraiment conscients de ce que cela va exiger d’eux. »

Une arme contre le chômage

Dans un pays où plus de 50 % des jeunes sont au chômage, les clubs de codage augmentent leurs chances de trouver un emploi.

« Les clubs enseignent les bases du codage et de la programmation. Nous faisons du codage basique, en utilisant des blocs et, quand ils vont au collège, nous les initions à des programmes plus complexes », explique à l’AFP l’un des responsables du club, Chamu Mawire, d’ORT-SA.

Mais le codage doit être utile aux jeunes dans leur vie quotidienne pour qu’ils aient envie d’apprendre, souligne-t-il.

« Nous voulons qu’ils trouvent des problèmes dans leur région ou leur école ; ensuite, ils font des projets pour essayer de résoudre ces problèmes dans leur vie quotidienne », ajoute Chamu Mawire.

La plupart des élèves d’Ivory Park ont l’habitude d’utiliser des téléphones intelligents, des télés intelligentes et Internet, mais faire du codage et comprendre des algorithmes est un tout autre défi.

Selon un rapport du cabinet McKinsey de 2018, 45 % des tâches d’aujourd’hui pourraient être automatisées grâce à la technologie actuelle. Et selon le Forum économique mondial, 33 % des emplois de 2020 n’existent pas encore.

Mais d’innombrables aspects de la vie, des sciences à l’ingénierie, en passant par les services financiers, le droit ou l’art, dépendront du codage.

Chamu Mawire imagine que ses élèves travailleront dans les domaines du développement ou de la maintenance de logiciels, ou de la réparation des gadgets et robots du futur.

« Une fois que vous avez un enfant qui a confiance en lui, il peut aller de l’avant », souligne-t-il.

S’entraîner au codage dès l’enfance ou l’adolescence peut aider en particulier à développer les perspectives des filles, relève-t-il, alors qu’elles sont plus vulnérables, exposées à l’exclusion et à l’analphabétisme et souvent dépendantes des hommes à l’âge adulte.

« La dynamique de l’éducation doit faire avancer les enfants. Et faire de la programmation est la voie à suivre. »