S’adapter et continuer de lutter pour l’éducation

Gabrielle Brassard-Lecours Collaboration spéciale
On constate des baisses d’inscriptions dans certains cégeps en région. 
Photo: Nathan Dumlao Unsplash On constate des baisses d’inscriptions dans certains cégeps en région. 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ) a du pain sur la planche dans les prochaines années pour résoudre la crise de l’enseignement, mais plusieurs membres sont d’attaque pour débattre, s’adapter et trouver des solutions.

Épuisement, surnombre d’élèves en classe, précarité des postes ; les défis sont nombreux dans le domaine de l’enseignement. Pourtant, la vie syndicale semble attirer de plus en plus d’enseignants et d’enseignantes, peut-être motivés par la volonté de changer les choses. La FNEEQ incarne notamment un lieu d’action et de discussions sur les différents débats qui secouent le milieu de l’éducation.

Regroupant des membres du milieu des cégeps, universitaire et du privé, l’équipe du syndicat a constaté un taux record de participation à son dernier congrès tenu en mai dernier. « Beaucoup de nouveaux visages ont été élus dans différents comités », affirme Benoît Lacoursière, secrétaire général et trésorier de la FNEEQ. « Les gens voient l’intérêt de s’impliquer dans la vie syndicale. Nous sommes une fédération qui discute et débat beaucoup et qui confronte les différents points de vue, et plusieurs sujets importants sont à venir », ajoute-t-il.

Sortir de l’austérité

Le regroupement syndical a observé les dommages des compressions en éducation sous le règne du gouvernement libéral, qui ont notamment mené à ce que certains établissements scolaires recourent à la sous-traitance (entretien ménager, service de cafétéria, surveillance). « Les politiques d’austérité des libéraux ont touché tous les niveaux de l’éducation dans les dernières années », déplore M. Lacoursière.

La FNEEQ accueille favorablement la volonté du gouvernement Legault de vouloir mieux reconnaître l’enseignement, « mais encore faut-il voir s’il le fera réellement, et de quelle manière », soulève le secrétaire général du syndicat. « Le gouvernement semble vouloir investir dans de l’aide professionnelle pour soutenir le travail des enseignants, mais il va falloir l’avoir à l’oeil pour que ces mesures soient concrètes », ajoute-t-il.

Les gros dossiers

Combattre la sous-traitance, syndicaliser d’autres écoles, surtout dans le milieu privé, se positionner sur le télé-enseignement, lutter contre la précarité, valoriser les cégeps en région, voilà les grands sujets qui occuperont la FNEEQ et ses membres dans les prochains mois.

« Les conditions de travail dans le secteur privé non syndicalisé sont souvent moins bonnes que dans le secteur public parce qu’il n’y a pas d’échelle salariale, et le nombre d’étudiants par classe y est souvent plus élevé qu’au public », confie M. Lacoursière. Il soutient également que la lutte contre la précarité est un gros cheval de bataille pour le syndicat. « Dans la majorité des cégeps, la moitié des enseignants sont à statut précaire, particulièrement à la formation continue. Il ne s’y trouve pas de structure départementale comme c’est le cas en enseignement régulier, donc pas de collégialité entre les départements », explique le syndicaliste.

On constate des baisses d’inscriptions dans certains cégeps en région. S’il n’y a pas assez d’inscriptions pour former une cohorte dans un programme, le cégep visé se dévitalise, ainsi que la région tout entière. « Il faut surveiller ça », soutient M. Lacoursière.

L’enseignement à distance bouleverse complètement le milieu de l’éducation universitaire. La FNEEQ n’a pas encore de position ferme quant à cette nouvelle donne, mais elle soulève certaines inquiétudes quant à la qualité de la formation qui est donnée de cette façon. « Ça déstabilise tout le réseau de l’enseignement. Ce qu’on concevait comme un cours de 45 heures ou 60 heures se déconstruit totalement, les conditions de travail changent aussi », constate M. Lacoursière.

Le syndicat prépare également la prochaine ronde de négociations du secteur public, qui aura lieu l’année prochaine. Un comité de négociation a été élu et fera une tournée des autres syndicats pour cibler les priorités à mettre en avant. La FNEEQ fêtera aussi son 50e anniversaire en 2019. « Ce sera le moment de célébrer, mais aussi de faire le bilan de comment nos bons coups ont influencé de l’éducation au Québec au fil des ans et comment on veut le faire dans les prochaines années », confie le secrétaire général.

« Les solutions principales à la crise de l’enseignement passent par l’organisation du travail, selon M. Lacoursière. Il faut rompre avec le système de gestion managériale inspiré du néolibéralisme pour avancer. »