École Sainte-Lucie: à quand la mise en chantier?

Les mauvaises herbes, qui poussent à travers les craques de l’asphalte dans la cour d’école enclavée par des clôtures tordues, illustrent l’état de décrépitude avancé de l’école Sainte-Lucie, dans le quartier Saint-Michel. 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les mauvaises herbes, qui poussent à travers les craques de l’asphalte dans la cour d’école enclavée par des clôtures tordues, illustrent l’état de décrépitude avancé de l’école Sainte-Lucie, dans le quartier Saint-Michel. 

Alors que le manque d’espace force les enfants du secteur à s’entasser dans des classes modulaires, une école primaire est fermée et laissée à l’abandon depuis des années dans le quartier Saint-Michel. Le projet de reconstruction, pourtant jugé prioritaire par la Commission scolaire de Montréal (CSDM), ne peut aller de l’avant, car il est sans cesse modifié et doit être approuvé de nouveau par le ministère.

Les mauvaises herbes, qui poussent à travers les craques de l’asphalte dans la cour d’école enclavée par des clôtures tordues, illustrent l’état de décrépitude avancé de l’école Sainte-Lucie, dans le quartier Saint-Michel.

« Ça fait longtemps qu’on nous dit qu’on va reconstruire l’école, mais on ne voit toujours pas de signal, on ne voit pas de chantier », soupire Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti, qui est voisine et partenaire de l’école primaire du quartier.

« On semble avoir oublié qu’il y a des enfants qui fréquentaient cette école et qui ont été délocalisés. Et cette école abandonnée, c’est une vraie horreur dans le quartier. »

L’école Sainte-Lucie a fermé ses portes en septembre 2014 pour cause de moisissures. Ses 400 élèves ont été transférés à l’école secondaire Louis-Joseph Papineau et y seront encore pour un minimum de trois ans, a appris Le Devoir.

Pourtant, le projet de reconstruction avait été autorisé et financé par l’ex-ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Et ce, dès le printemps 2017. Que s’est-il passé ? En entrevue au Devoir, la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon, évoque en soupirant « les douze travaux d’Astérix ».

Lorsque les enfants et le personnel ont évacué l’école en 2014, il a d’abord fallu procéder à de grandes investigations « pour comprendre les désordres du bâtiment », explique Mme Harel Bourdon. L’année suivante, la CSDM a soumis au ministère une demande de financement pour entreprendre des travaux de rénovation majeurs.

Mais constatant qu’il y avait « une certaine hantise » pour plusieurs à revenir dans les anciens bâtiments, même rénovés, on a procédé à de nouvelles analyses pour évaluer la possibilité de détruire et de tout reconstruire. La CSDM a retenu cette dernière option et envoyé une nouvelle demande en ce sens. On était rendu en novembre 2016.

Quelques mois plus tard, au printemps 2017, l’ex-ministre de l’Éducation Sébastien Proulx donnait lui-même le feu vert à la reconstruction de cette école. La CSDM a eu l’argent, l’arrondissement de la Ville a autorisé la démolition et les architectes ont commencé à élaborer les plans.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

Mais avant même que les travaux ne débutent, on a réalisé qu’il faudrait non seulement une nouvelle école, mais une nouvelle école beaucoup plus grande, car le nombre d’enfants dans le quartier a augmenté plus rapidement que prévu.

« Quand on a remis le projet [de reconstruction] au ministère en 2015-2016, on avait des statistiques dans le quartier Saint-Michel pour les cinq années suivantes, explique Mme Harel Bourdon. Mais à l’été 2017, il y a eu l’arrivée des migrants, qui a été majeure dans le quartier. On a regardé la situation l’automne suivant et on a réalisé qu’avec l’augmentation de la population, ça ne rentrerait plus dans l’école Sainte-Lucie reconstruite. »

Demande d’agrandissement

Avant donc de commencer les travaux, il a fallu refaire une nouvelle demande au ministère pour ajouter au projet initial sept classes et une salle d’activité physique.

Or, toutes les demandes d’agrandissement, de rénovation et de construction nouvelles formulées par les commissions scolaires sont envoyées – une fois par année — au ministère, qui choisit les projets qui pourront aller de l’avant. Or, le projet de l’école Sainte-Lucie, bien que jugé prioritaire par la CSDM, n’a pas eu l’aval du ministère dans la dernière ronde de projets autorisés en juin dernier.

« J’ai essayé de négocier jusqu’à la dernière minute, mais ils sont allés vers d’autres projets », se désole Mme Harel-Bourdon, qui estime qu’une demande de modification à un projet déjà autorisé devrait être prioritaire.

Après avoir consulté le conseil d’établissement, la commission scolaire a décidé d’attendre encore un an avant de lancer les travaux, dans l’espoir que l’agrandissement fasse partie de la liste des projets autorisés l’année suivante. « On est mal à l’aise de lancer un appel d’offres pour un projet dont on sait que dès le début, il n’y aura pas assez de place pour accueillir tous les enfants du quartier. »

Les architectes travaillent donc sur deux plans, l’un selon le projet original et l’autre qui intègre l’ajout de classes, précise la présidente de la commission scolaire.

« On attend une réponse du ministère au mois de juin, à moins que ce ne soit avant […] mais je vais faire les démarches nécessaires auprès [du nouveau ministre de l’Éducation] Jean-François Roberge pour qu’il priorise ce dossier. »

Si le projet d’école agrandie est accepté, la CSDM prévoit de lancer un appel d’offres à l’automne 2019 pour commencer le chantier à l’hiver 2020 et livrer la nouvelle école pour la rentrée 2021. Et si le projet d’agrandissement n’est pas retenu ? Il faudra alors se résigner à aller de l’avant avec la reconstruction telle qu’acceptée au départ.

Le Devoir n’a pas obtenu de réponses du cabinet du nouveau ministre Jean-François Roberge.

2 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 31 octobre 2018 07 h 27

    La nouvelle gestion publique, la vraie affaire!

    C'est la quintessence de la gestion. Ah! Ces grands gestionnaires qui savent tout de «kacéfaire», mais ne prennent jamais «la» décision. Car, c'est toujours à l'autre de la prendre, eux, les gestionnaires, eux, ont les idées, mais les décisions, se sont les autres. Enfin, c'est celui qui s'y attend le moins qui prendra les décisions, le commis, pardon, «le spécialiste des procédés administratif».

    Ha! Quand on a un titre comme ça, il faut bien que cela serve à quelque chose. Alors, qui prend vraiment les décisions?

    Or, ceux-ci prennent pleins, pleins, pleins de décisions ... entre eux! Les vrais responsables, eux, ayant délégué (c'est ça que ça fait, les grands gestionnaires, les vrais leaders, ça délègue) cela au «spécialiste administratif» étant, eux, trop occupé (investis) à planifier la prochaine nouvelle méthode de gestion qu'ils ont lue sur le site de PMI. Ils sont déjà à concocter les plans de déménagement pour placer stratégiquement les «agents du changement».

    À quand la reconstruction de cette école?

  • Bernard Morin - Abonné 31 octobre 2018 08 h 32

    Invraisemblable et surréaliste

    J'imagine quIl faudra à nouveau réviser les plans afin d'y ajouter des classes pour les maternelles 4 ans?