Des professeurs veulent la gratuité du transport collectif pour les sorties scolaires

Les coûts reliés au transport en commun privent les élèves d’expériences enrichissantes, selon les professeurs qui ont lancé la pétition.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les coûts reliés au transport en commun privent les élèves d’expériences enrichissantes, selon les professeurs qui ont lancé la pétition.

Des professeurs qui souhaitent profiter des grands parcs et autres lieux publics pour enseigner hors des murs de leur classe réclament la gratuité du transport en commun pour les sorties scolaires. Leur pétition, qui circule depuis peu, a obtenu plus de 8000 signatures à ce jour.

Janie Filion est enseignante à l’école primaire alternative Rose-des-Vents à Montréal. L’an dernier elle a emmené ses élèves dans les rues de la ville pour parcourir le circuit Paul à Montréal, du bédéiste Michel Rabagliati. « C’est une activité gratuite que j’ai animée moi-même, mais qui m’a quand même coûté 65 $ en raison du transport en commun », explique la professeure en entrevue au Devoir.

Même chose pour aller à la bibliothèque municipale, pour faire un cours d’histoire dans le Vieux-Montréal ou pour aller observer les saisons sur le mont Royal, tant de lieux publics accessibles gratuitement, mais qui nécessitent un déplacement en transport en commun.

« Mis tout ensemble, ça fait qu’on se retrouve avec des choix à faire : est-ce que je vais à la bibliothèque trois fois dans l’année ou est-ce que je diversifie les activités ? Il y a une volonté à l’école, et je sais qu’elle est partagée par plein d’autres enseignants, d’emmener les enfants profiter des richesses de la ville dans un contexte éducatif, mais tout ça, finalement, nous coûte de l’argent et on est donc limités dans ce qu’on peut faire », déplore l’enseignante.

Les classes ont bien un budget alloué pour les sorties, reconnaît-elle, mais il est limité. « Dans mon cas, mon budget équivaut à deux sorties dans les musées par année, transport compris. Si je veux faire plus, je dois piger dans le budget classe ou faire appel à la fondation de l’école. »

Janie a sondé ses collègues pour voir si les « difficultés » et les « frustrations » qu’elle vivait s’étendaient à d’autres écoles. Plusieurs adhéraient à sa vision, répondant qu’il faudrait offrir le transport en commun gratuit pour les enfants lors des sorties scolaires.

Avec quelques collègues, elle a donc lancé une pétition pour réclamer du transport en commun gratuit pour les sorties scolaires sur l’île de Montréal.

« Nous sommes des enseignant.e.s du préscolaire primaire de différentes écoles montréalaises. Nous croyons à la pluralité des situations d’enseignement et nous avons la tête pleine d’idées pour enseigner hors des murs de notre école », écrivent les auteurs de la pétition, qui compte déjà plus de 8000 signatures.

« Nous voulons satisfaire notre appétit pour la littérature dans les bibliothèques publiques. Nous voulons faire des sciences au jardin botanique et dans les grands parcs nature, engager des situations d’écriture au mont Royal, parcourir notre histoire dans le Vieux-Montréal, explorer la géographie physique et humaine dans les quartiers. Nous voulons nous inspirer des oeuvres architecturales de la ville, analyser les murales et les oeuvres du métro de Montréal pour faire de l’art, visiter les lieux de culte, mesurer et calculer en plein air… »

Ils expliquent que les coûts reliés au transport en commun privent les élèves d’expériences enrichissantes et réclament que des « mesures soient mises en oeuvre par les différents paliers gouvernementaux afin de rendre les transports en commun sur l’île de Montréal gratuits pour les élèves des commissions scolaires montréalaises dans le cadre des sorties scolaires ».

Leur demande fait écho à celle de professeurs qui ont mis sur pied un projet-pilote inspiré du mouvement scandinave Udeskole — classe en nature — à l’école primaire Laurentide à Montréal. Ce mouvement gagne en popularité au Québec. Dans un texte publié dans Le Devoir l’an dernier, les enseignants expliquaient que le plus gros obstacle au projet-pilote est le coût du transport. Ils rêvaient, comme Janie Filion, d’une entente avec la société de transport de Montréal qui leur permettrait de voyager gratuitement en bus ou en métro.

La réponse de l’ARTM

À la Commission scolaire de Montréal, la présidente, Catherine Harel Bourdon, se dit favorable à cette initiative des professeurs. « C’est quelque chose d’assez essentiel, parce que le transport en autobus, c’est assez dispendieux et, comme on est dans un milieu urbain où on a accès au transport en commun, pour moi c’est tout à fait logique que les enfants apprennent à se déplacer en transport en commun. »

La présidente affirme avoir fait des démarches dans ce sens à plusieurs reprises ces dernières années, tant avec la STM qu’avec la Ville de Montréal et ses arrondissements. Elle s’apprête justement à relancer les mairies d’arrondissements à ce sujet.

De son côté, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), responsable de la tarification pour la STM, se dit « sensible à cette question » et affirme avoir mis en place un certain nombre de pratiques pour répondre « en partie » à ce besoin, en offrant notamment des cartes à tarif réduit gérées par les ententes avec les commissions scolaires. On évoque également le fait que les enfants peuvent voyager gratuitement avec un adulte les week-ends et pendant les vacances estivales.

« Nous comprenons que ces initiatives ne répondent pas entièrement au besoin exprimé [par les professeurs] », reconnaît toutefois l’ARTM, qui rappelle que des consultations sur la refonte tarifaire auront lieu prochainement.

« Dans le cadre des travaux en cours sur la refonte tarifaire, nous regardons avec beaucoup d’intérêt ces éléments et ces préoccupations. Nous analysons les possibilités qui pourraient être mises en oeuvre dans l’ensemble de la région métropolitaine afin de participer activement à l’accès des jeunes aux activités culturelles et sportives dans le cadre de leurs enseignements. »