Droits de scolarité: la déréglementation favorise les universités anglophones

L’Université McGill, l’Université Concordia et l’Université de Montréal regroupent à elles seules plus de la moitié de l’effectif international au Québec, selon l’IRIS.
Photo: Michael Monnier Le Devoir L’Université McGill, l’Université Concordia et l’Université de Montréal regroupent à elles seules plus de la moitié de l’effectif international au Québec, selon l’IRIS.

La déréglementation des droits de scolarité pour les étudiants étrangers, qui entrera en vigueur en septembre prochain, favorise les universités anglophones et les grandes universités montréalaises, conclut une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Depuis des années, c’est Québec qui détermine le montant que les universités peuvent facturer aux étudiants étrangers en fonction du programme choisi. Le ministère de l’Éducation se réserve une part de ces sommes pour la redistribuer à l’ensemble des universités.

La nouvelle politique québécoise de financement des universités, adoptée par le gouvernement Couillard en mai dernier, vient changer la donne. Québec permet désormais aux universités de fixer elles-mêmes le prix de chaque programme et de garder l’entièreté de la somme perçue.

« Comme la déréglementation signifie que l’État ne redistribuera plus entre les universités les sommes payées par les étudiants étrangers, les universités qui attirent déjà beaucoup d’étudiants étrangers bénéficieront de revenus supplémentaires plus importants que ceux des établissements plus modestes », écrit le chercheur Samuel-Élie Lesage dans sa dernière note socio-économique qui sera rendue publique jeudi.

Ce dernier a procédé à une simulation du revenu des établissements universitaires pour les prochaines années. L’exercice démontre que « les grands gagnants de la déréglementation seront l’Université McGill, l’Université Concordia et, dans une moindre mesure, l’Université de Montréal (excluant ses écoles affiliées) ».

En effet, ces trois établissements regroupent, à eux seuls, « plus de la moitié de l’effectif international au Québec », constate le chercheur.

« Les autres universités, notamment celles situées en région et celles de plus petite taille, auront de bien plus faibles revenus étant donné leur moins grande capacité d’attraction internationale », affirme-t-il. À titre d’exemple, selon le scénario conservateur proposé par le chercheur, l’Université du Québec à Chicoutimi verrait ses revenus croître de 7,15 % alors que ceux de McGill augmenteraient de 16,85 %.

C’est dire que toutes les universités y gagneront au change, mais certaines seront davantage favorisées, générant un « déséquilibre » dans le financement des universités qui ne cesserait de croître au fil des nouvelles cohortes d’étudiants étrangers.

Les universités seront plus « dépendantes » des étudiants internationaux pour engranger des revenus et seront encore plus dans une logique de concurrence pour attirer ceux-ci, fait valoir l’IRIS, qui y voit un désengagement de l’État.

Dans cette « course au client », les universités québécoises devront nécessairement intensifier leurs efforts de marketing à l’étranger, prédit Samuel-Élie Lesage.

« On peut non seulement douter de la pertinence de la concurrence dans le champ du savoir, mais on peut aussi déplorer les dépenses faites en marketing aux dépens d’autres postes budgétaires nettement plus utiles au domaine de l’éducation postsecondaire au Québec. »