Étudiants internationaux: faire le choix du Québec

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Mounia Arkoun (à gauche) et Nury Ardila ont entamé un doctorat en génie chimique à l’École polytechnique de Montréal qui les a menées à développer conjointement, sous la direction d’Abdellah Ajji et de Marie-Claude Heuzey, un emballage alimentaire actif fabriqué à partir de carapaces de crustacés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mounia Arkoun (à gauche) et Nury Ardila ont entamé un doctorat en génie chimique à l’École polytechnique de Montréal qui les a menées à développer conjointement, sous la direction d’Abdellah Ajji et de Marie-Claude Heuzey, un emballage alimentaire actif fabriqué à partir de carapaces de crustacés.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis le début des années 2000, le nombre d’étudiants internationaux fréquentant les universités québécoises n’a cessé de croître. Cet automne, ils sont plus de 45 000 inscrits dans les différents établissements d’enseignement supérieur de la province. Si plusieurs d’entre eux repartent après leurs études, certains décident de demeurer au Québec et d’y apporter leur contribution.

C’est le choix qu’ont fait Nury Ardila et Mounia Arkoun. Respectivement originaires de Colombie et d'Algérie, elles vivent au Québec depuis quelques années. La première a obtenu sa résidence permanente il y a près de deux ans, alors que la seconde est devenue citoyenne canadienne en 2014.

En 2012, toutes deux ont entamé un doctorat en génie chimique à l’École polytechnique de Montréal. Celui-ci les a menées à développer conjointement, sous la direction d’Abdellah Ajji et de Marie-Claude Heuzey, un emballage alimentaire actif fabriqué à partir de carapaces de crustacés.

Biodégradable, leur produit est capable de tuer les bactéries dangereuses et de prolonger la durée de vie des aliments. Celui-ci représentant un intérêt de taille pour l’industrie alimentaire, après l’obtention de leur doctorat, les jeunes femmes ont décidé d’entreprendre des démarches pour le commercialiser.

« On s’est incorporées et on a créé une entreprise qui s’appelle Evio. On a deux partenaires : un transformateur alimentaire et un fabricant d’emballages. On est encore en phase de développement, mais si tout se passe comme prévu, les premières ventes devraient avoir lieu en 2020 », indique Mme Arkoun.

Le défi d’étudier à l’étranger

Bien qu’elles se soient très bien adaptées à la société québécoise, pour Mme Ardila comme pour Mme Arkoun, faire un doctorat au Québec ne fut pas de tout repos.

« Mener un projet d’études à l’étranger, c’est difficile, relève Vanessa Casanovas, responsable des services aux étudiants internationaux à l’École polytechnique. On sait que les étudiants inscrits ont les connaissances et les capacités pour le faire : leur évaluation a été faite lors de l’admission. Par contre, leurs défis sont souvent plus grands que ceux des étudiants québécois. »

Pour Mme Ardila, détentrice d’une maîtrise en génie mécanique de l’Université de Los Andes, c’est surtout la langue qui s’est avérée un défi, car, en arrivant au Québec, son conjoint et elle ne parlaient pas un mot de français.

« On m’avait dit que la matière serait beaucoup en anglais. C’était vrai, sauf que tous mes premiers cours, ceux qui étaient les plus difficiles, étaient en français. J’ai vite compris qu’il me faudrait apprendre la langue pour réussir. Mon mari et moi, on s’est mis à beaucoup étudier. On a passé plusieurs nuits blanches à faire ça. On a suivi une formation pendant trois ans et on a terminé notre dernier cours une semaine après la naissance de ma fille », raconte-t-elle dans un français soigné.

Pour Mme Arkoun, c’est plutôt le cursus du doctorat en génie chimique de Polytechnique qui s’est révélé un défi. Après avoir obtenu une maîtrise en biotechnologies agroalimentaires, sciences des aliments, nutrition et toxicologie d’une école d’ingénierie française, elle escomptait poursuivre sa formation dans la continuité de ses études.

« Quand j’ai lu l’appel à candidatures pour le doctorat, j’ai constaté qu’il était question des mêmes matériaux sur lesquels j’avais travaillé à la maîtrise. Mais quand j’ai mis le nez dedans, j’ai réalisé que c’était du génie chimique très complexe. C’était tout un monde que je ne connaissais pas. Je me suis remise en question ; je me suis demandé si j’étais capable de le faire. Heureusement, mes directeurs de recherche ont été très compréhensifs et m’ont encouragée. J’ai été persévérante et je suis allée jusqu’au bout », raconte-t-elle.

Faciliter l’arrivée et l’intégration

Comme Mme Arkoun et Mme Ardila, plusieurs étudiants internationaux rencontrent des écueils lorsqu’ils entreprennent un parcours scolaire au Québec. Certains vivent des problèmes liés à l’isolement ou au manque d’appartenance à leur nouveau milieu d’études ; d’autres éprouvent plutôt des difficultés de langage ou d’adaptation culturelle, notamment dans le système éducatif.

Parfois très éprouvants, ces tracas découragent chaque année quantité d’étudiants de poursuivre leur cheminement au Québec.

« La documentation démontre que l’accueil et l’intégration des étudiants internationaux, c’est crucial. C’est souvent cette période-là qui détermine si l’étudiant va continuer ou non son projet d’études », explique Mme Casanovas.

Pour amenuiser les écueils vécus par les étudiants étrangers et favoriser leur persévérance scolaire, les universités de la province ont développé toutes sortes d’activités et de programmes.

Par exemple, à la Polytechnique, dont la clientèle est composée à près de 30 % d’étudiants étrangers, plusieurs services ont été mis en place pour accompagner les universitaires internationaux. Parmi eux figurent notamment des journées d’accueil et d’orientation spécialement conçues, des ateliers particuliers, des programmes de tutorat et de mentorat, du soutien psychologique et un programme de parrainage par les pairs.

Dans la même veine, les établissements universitaires et collégiaux de la province, en partenariat avec le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et diverses organisations, offrent depuis quelques années le service Accueil Plus. Spécialement conçu pour les étudiants internationaux, il permet aux nouveaux arrivants de bénéficier d’un accueil chaleureux à l’aéroport de Montréal-Trudeau et d’un passage simplifié au bureau de l’Agence des services frontaliers du Canada.

L’enjeu de la rétention

Parce qu’ils ont développé des réseaux, qu’ils sont déjà en processus d’intégration et qu’ils constituent une main-d’œuvre qualifiée, les étudiants internationaux sont des candidats idéaux à l’immigration permanente.

Lorsque leur accueil et leur intégration se sont bien déroulés, comme dans le cas de Mme Arkoun et de Mme Ardila, bon nombre de ces étudiants manifestent le souhait de s’installer au Québec après leur diplomation. D’après Montréal International, c’est le cas d’environ 50 % d’entre eux.

« Une fois qu’on parle français, la vie ici est très agréable », commente Mme Ardila.

« Les opportunités d’avenir sont plus intéressantes ici qu’ailleurs, remarque pour sa part Mme Arkoun. J’ai fait un séjour en France avant de venir au Québec et je me suis rendu compte que c’était saturé au niveau de l’emploi. Le Québec est aussi très stable et tranquille. On y vit mieux qu’ailleurs et on peut s’y épanouir. »

Malgré cet engouement pour le Québec, seuls 25 % des étudiants internationaux restent dans la province après leur diplomation.

« C’est qu’il y a encore du travail à faire, signale Mme Casanovas. Le gouvernement a la volonté de retenir plus d’étudiants étrangers, mais malgré les efforts, les démarches d’immigration demeurent longues, complexes et rigides. C’est un enjeu. Le système doit encore être amélioré et ça reste un défi important. »


Une version précédente de cet article mentionnait que Mounia Arkoun était originaire de Tunisie. Mme Arkoun est en fait originaire d'Algérie. Nous en sommes désolés.

Polytechnique ouvre ses portes

S’annonçant festives, les prochaines portes ouvertes de Polytechnique auront lieu le 11 novembre prochain. De nombreux stands d’information seront aménagés dans les différents pavillons de l’école et plus d’une centaine d’intervenants seront sur place pour renseigner les visiteurs à propos des différents programmes de l’école. Des visites guidées seront offertes à différents moments de la journée. Plusieurs activités à caractère scientifique seront aussi organisées, dont une conférence sur la cybersécurité et des ateliers animés par Martin Carli. Des drones, le baja et d’autres bolides conçus par des étudiants de Polytechnique seront également en démonstration lors de l’événement. Pour plus de détails.