La CSDM garde le cap sur ses écoles «d’élite»

<p>Une douzaine d’écoles de la CSDM tient des examens d’admission dont le prix a varié dans le passé entre 40$ et 65$ — non remboursables si l’élève échouait à se faire admettre.</p>
Photo: Yuri Arcurs Getty Images

Une douzaine d’écoles de la CSDM tient des examens d’admission dont le prix a varié dans le passé entre 40$ et 65$ — non remboursables si l’élève échouait à se faire admettre.

La plus grande commission scolaire du Québec a décidé de maintenir les frais d’inscription et les examens d’admission à ses écoles à projet particulier, qui sélectionnent les meilleurs élèves et laissent les enfants ayant des difficultés dans les classes dites « ordinaires », a appris Le Devoir.

Ces programmes d’élite de l’école publique, créés pour concurrencer l’école privée, se multiplient à Montréal comme ailleurs : selon une compilation menée par Le Devoir, près du tiers des écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) — soit 60 établissements primaires et secondaires — ont un volet particulier, comme arts-études, sports-études ou le programme international. La vaste majorité de ces écoles choisissent leurs élèves en fonction de leurs résultats scolaires, de leurs « aptitudes » en musique ou en sports, de leur motivation ou celle de leurs parents, ou même de leur comportement.

Une douzaine d’écoles de la CSDM tient des examens d’admission dont le prix a varié dans le passé entre 40 $ et 65 $ — non remboursables si l’élève échouait à se faire admettre. Ces examens seront désormais gratuits en raison de la directive du ministre de l’Éducation sur la gratuité scolaire, émise en juin. La CSDM se privera ainsi de revenus de 200 000 $.

La CSDM doit approuver mercredi soir des critères révisés sur l’accès à ses écoles à projet particulier. Nos sources indiquent que certains critères jugés flous seront précisés, comme l’exigence d’avoir un « bon dossier scolaire et comportemental », par exemple. Une autre école choisit ses élèves en fonction de leur « aptitude à nouer des relations interpersonnelles », ce qui contredit sans doute la vocation inclusive de l’école publique, indiquent nos sources.

Gratuité, S.V.P.

De leur côté, les trois commissaires indépendants de la CSDM doivent déposer une résolution demandant l’élimination des frais d’inscription aux projets particuliers — pouvant atteindre 200 $, 500 $ et même plus de 1200 $ par année dans certains cas. Ce fardeau financier ferme la porte à ces programmes de l’école publique à bien des élèves de familles défavorisées, souligne la commissaire Violaine Cousineau.

« Le conseil des commissaires de la CSDM a adhéré à l’unanimité aux revendications du mouvement L’école ensemble, qui milite contre la ségrégation dans nos écoles publiques. Il faut être conséquent et éliminer ces frais d’inscription scandaleux », dit-elle. Québec devrait compenser les commissions scolaires pour l’élimination de ces frais d’inscription (ou de fonctionnement), fait valoir Mme Cousineau.

Selon nos informations, la CSDM n’a pas l’intention de bannir les frais de fonctionnement des projets particuliers. Il n’est pas question non plus d’abandonner les examens d’admission dans la douzaine d’écoles qui sélectionne les élèves de cette façon.

L’école pour tous

Le comité de parents de la CSDM estime que l’examen d’admission devrait être utilisé en dernier recours, en vertu d’une dérogation. « Un questionnement est soulevé sur la pertinence et l’utilité des examens d’admission dans le cadre de la sélection des élèves. Selon la majorité des membres du comité, il existe d’autres façons de déterminer les capacités d’un enfant à suivre un programme particulier, telles que l’analyse du dossier scolaire, la recommandation des titulaires et des enseignants spécialistes, une rencontre d’engagement avec l’enfant et/ou avec ses parents, etc. », indique une résolution du comité de parents.

Les syndicats d’enseignants, ainsi qu’un nombre croissant de groupes de la société civile, tiennent plutôt à ce que tous les projets particuliers soient ouverts à tous les élèves, même ceux qui ont des difficultés d’apprentissage.

« Si on tient compte des écoles privées et des écoles publiques à projet particulier, près de la moitié de nos élèves au Québec ne sont plus dans les classes dites régulières. Avec l’inclusion des élèves en difficulté dans les classes ordinaires et la pression mise par le ministère pour avoir de belles statistiques de réussite, les enseignants n’en peuvent plus, ils portent l’école publique à bout de bras », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

4 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 26 septembre 2018 07 h 38

    Nécessaire

    Nécessaire pour que certains de nos élèves ne s'ennuient pas en ayant le sentiment de perdre leur temps. Tout le monde n'apprend pas au même rythme ni ne s'intéresse aux mêmes choses

    Excellent !

    • Christiane Gervais - Abonnée 26 septembre 2018 17 h 45

      Ces écoles sont peut être nécessaires mais leur élitisme, par l'argent que les parents peuvent débourser, ou pas, ou le comportement des enfants, est inadmissible avec la vocation des écoles publiques. Oui, permettons à chacun, au doué comme à l'élève en difficultés de trouver sa place dans une école publique, mais pas une place de choix ou ordinaire selon ces criitères.

  • Mario Jodoin - Abonné 26 septembre 2018 12 h 08

    Examens spécifique ou analyse du dossier?

    La ségrégation dénoncée par le Conseil supérieur de l'éducation demeurera tant qu'on sélectionnera des élèves, quelle que soit la méthode utilisée ou les frais exigés.

    «Le conseil des commissaires de la CSDM a adhéré à l’unanimité aux revendications du mouvement L’école ensemble»

    Pourtant, sur sa page Internet, ce mouvement dénonce la sélection, pas seulement les frais exigés : «En subventionnant avec des fonds publics l’école privée et en autorisant les projets particuliers sélectifs au public, notre système accentue sans cesse la ségrégation scolaire et foule aux pieds le principe d’égalité des chances.»

  • Simon Bissonnette - Abonné 26 septembre 2018 13 h 26

    Vouloir le meilleur pour son enfant ou vouloir le meilleur pour les enfants

    Je n'ai pas d'enfant, mais je trouve que la grande tristesse de notre système d'éducation actuel est qu'on force les parents en moyens à effectuer ce choix lors du «magasinage» des écoles. Cela mène par divers mécanismes à une répartition inégale des aptitudes des élèves, mais aussi et peut-être surtout du support par les comités de parents et l'abondance des ressources qui y sont associées. Avec des classes moins triées, on obtiendrait peut-être un peu plus d'amour pour nos écoles publiques et leurs programmes et activités parascolaires. En Finlande, cela semble être une pièce d'un système très performant : «Si vous permettez l’existence de l’école privée, vous ne pouvez garantir l’égalité des chances, principe qui tient à cœur aux Finlandais et qui sous-tend tout notre système d’éducation », estime Pasi Sahlberg (paru dans l'actualité au https://lactualite.com/societe/2014/04/10/education-la-finlande-premiere-de-classe/).