Une commissaire scolaire blâmée pour avoir défendu les professeurs

La commissaire Violaine Cousineau avait pris fait et cause pour les enseignants alors que la commission scolaire était en négociation avec eux.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La commissaire Violaine Cousineau avait pris fait et cause pour les enseignants alors que la commission scolaire était en négociation avec eux.

La liberté de parole des commissaires scolaires est une fois de plus remise en question. Une élue de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a été blâmée pour un manquement à son « devoir de loyauté » après avoir appuyé les enseignants qui négociaient un contrat de travail avec leur employeur.

La conseillère à l’éthique de la CSDM a blâmé la commissaire indépendante Violaine Cousineau, qui a dénoncé publiquement les conditions de travail des enseignants du primaire et du secondaire. Dans des publications sur sa page Facebook mises en ligne au cours de la dernière année, Mme Cousineau a évoqué la pénurie d’enseignants et l’épuisement du personnel, au moment où la CSDM négociait le renouvellement de la convention collective des profs.

« Les conditions de travail actuelles des enseignants de la métropole sont absolument inadéquates, a-t-elle notamment écrit. Quel médecin accepterait de travailler dans de telles conditions ? Qui, au ministère de l’Éducation, doit actuellement subir de telles contraintes physiques et matérielles ? […] Vivement des mesures gouvernementales musclées pour bonifier de manière drastique les conditions de travail de nos enseignants ! Vivement, après la Santé, le tapis rouge à l’Éducation ! »

Violaine Cousineau a fait l’objet d’une plainte auprès de la commissaire à la déontologie de la CSDM, Madeleine Lemieux. L’auteur de la plainte s’est identifié, mais son identité est gardée confidentielle. Le rapport a été déposé mercredi soir au conseil des commissaires. Le Devoir a obtenu le chapitre du rapport portant sur Mme Cousineau.

Un des volets de la plainte alléguait que la commissaire indépendante était en conflit d’intérêts, car elle défendait les enseignants tout en étant elle-même professeure au niveau collégial. Me Lemieux a rejeté cette plainte : une prof de cégep a le droit de siéger en tant que commissaire scolaire et peut légitimement se prononcer sur les conditions de travail des enseignants du primaire et du secondaire, qui relèvent d’une autre unité d’accréditation syndicale.

Démocratie et loyauté

Par contre, la commissaire à l’éthique a blâmé Violaine Cousineau pour sa prise de position favorable aux enseignants en pleine négociation du contrat de travail avec la CSDM.

« Madame Cousineau est donc administratrice de l’employeur des enseignants, ceux-là mêmes avec qui la commission scolaire négocie et tente d’en arriver à une entente sur les matières locales, ceux-là mêmes qui ont annoncé vouloir déclencher la grève. Les références aux conditions de travail des enseignants à l’emploi [sic] de la commission scolaire de Montréal sont nombreuses et non équivoques dans les propos de Madame Cousineau sur Facebook et dans la capsule qu’elle a mise en ligne. Elle prend donc partie [sic] en faveur des enseignants dans un contexte de négociation et d’annonce de recours à la grève, donc de conflit », écrit Madeleine Lemieux.

« À mon avis, il est contraire au devoir de loyauté du commissaire envers la commission scolaire de tenir les propos tenus par Madame Cousineau dans le contexte où ils ont été tenus. Ce faisant, elle n’agit pas de manière “à protéger la crédibilité de la commission” », ajoute-t-elle.

Étouffer les débats

Violaine Cousineau s’insurge contre ce blâme, qui brime de façon flagrante la liberté d’expression des élus scolaires, selon elle. « S’il faut se taire et laisser les équipes au pouvoir travailler dans le secret le plus complet, je ne sais pas où on s’en va ! » déplore-t-elle au Devoir.

« En démocratie, c’est le rôle des élus de l’opposition de poser des questions. Nous sommes des élus, pas des membres d’un conseil d’administration », ajoute la commissaire.

Marie-Josée Cornay, commissaire-parent à la Commission scolaire Val-des-Cerfs, en Montérégie, a aussi fait l’objet d’une plainte en déontologie pour avoir partagé un article de journal, en janvier dernier, sur Facebook. Elle affirme avoir été blanchie, mais elle garde un goût amer de cet épisode.

« La CAQ relance sa promesse d’abolir les commissions scolaires », indiquait le titre du reportage.

L’article précisait que le parti de François Legault promet une vaste réforme des commissions scolaires et propose d’abolir les élections scolaires. Mme Cornay, qui est bénévole pour la Coalition avenir Québec, estime qu’un coup de barre s’impose : « Ils sont bien gentils les commissaires, mais plusieurs ne savent pas ce qu’ils font là, dit-elle. C’est la démocratie scolaire, mais la commission scolaire fait tout pour étouffer les débats. »


90 977 $ pour la présidente de la CSDM

Les commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ont droit à une augmentation de leur rémunération de 1 % rétroactive au 1er juillet. Cette hausse, annoncée par décret du gouvernement, porte la rémunération totale des 17 commissaires à 463 664 $ pour l’année 2018-2019. La présidente, Catherine Harel Bourdon, touche désormais un salaire de 90 977 $, soit plus de deux fois celui des deux vice-présidents du conseil, dont la rémunération est de 40 546 $ et 39 033 $. Le salaire de base d’un commissaire scolaire est de 13 919 $, auquel peut s’ajouter une série de primes. Le tiers de la rémunération des commissaires est non imposable.