Un réseau à l’échelle du Québec

Alice Mariette Collaboration spéciale
Le Québec est passé de 5% de titulaires d’un grade universitaire en 1971 à plus de 20% en 2016.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le Québec est passé de 5% de titulaires d’un grade universitaire en 1971 à plus de 20% en 2016.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cinquante ans après la création du réseau de l’Université du Québec (UQ), il ne fait aucun doute que celui-ci a réussi son pari de démocratisation. Les réalisations sont nombreuses, même s’il reste du chemin à parcourir pour que la province rattrape son retard en matière de scolarisation.

« Le réseau porte un nom tellement inspirant ! » lance d’emblée Pierre Lucier, professeur associé à l’INRS (Institut national de la recherche scientifique) et ancien président de l’UQ (de 1996 à 2003). Le réseau porte d’ailleurs bien son nom car, avec ses dix établissements, il recouvre l’ensemble du territoire de la province. « Sa création en 1968 est une des décisions les plus structurantes que le gouvernement ait pu prendre, estime de son côté Johanne Jean, présidente actuelle de l’UQ. Si l’on observe où nous sommes rendus 50 ans plus tard, avec le déploiement du réseau, on peut dire que nous avons apporté des changements immenses au Québec. Quand on regarde le taux d’accès à l’enseignement universitaire, le nombre de diplômés en enseignement supérieur, on constate que de très grands pas ont été faits. »

À sa naissance, le 18 décembre 1968, le réseau — créé par le premier ministre de l’époque, Jean-Jacques Bertrand — avait pour mission de rendre accessible un enseignement universitaire de qualité. Celui-ci ne devait pas se limiter aux seuls grands centres, mais devait prendre place sur l’ensemble du territoire. L’objectif était de permettre le développement de l’ensemble des régions. « Essayez d’imaginer le regroupement de la formation universitaire dans les seuls grands centres, nous aurions vidé les régions », commente Pierre Lucier.

La démocratisation est donc réussie et le taux de scolarisation a augmenté de 143 % depuis les années 1970, notamment grâce à la proximité. « Quand on demande aux étudiants s’ils auraient fait leurs études universitaires si l’établissement n’avait pas été proche de chez eux, la réponse est souvent non, dit Mme Jean. Et le Québec n’a pas les moyens de se passer de ça. »

Par ailleurs, la présidente de l’UQ tient à rappeler que le choix a été fait de ne pas limiter le développement au premier cycle, et que le réseau s’est également déployé aux cycles supérieurs, assurant ainsi la mission complète d’un établissement universitaire. « Quand on parle de la société du savoir, nous ne sommes pas, au Québec, en tête de piste, mais nous ne sommes pas non plus en queue de piste. La création et le déploiement du réseau ont changé la face du Québec », estime-t-elle.

 

Être proche de son milieu

En région, le mode de développement a été pensé en fonction des secteurs de formation qui correspondaient aux besoins sur place. À Rimouski avec la science de la mer, à Chicoutimi avec la foresterie et l’aluminium, à Trois-Rivières avec l’industrie des pâtes et papiers et l’énergie. « Les établissements du réseau sont des parties prenantes et des vecteurs de développement de leurs milieux. Ce sont même des éléments identitaires », croit Johanne Jean. Pour M. Lucier, il s’agit d’un modèle qui a fait ses preuves. « Il n’était pas question d’avoir un développement dans tous les secteurs, il a été ciblé. Aujourd’hui, l’UQ fait partie intégrante des régions, c’est ancré », ajoute-t-il.

L’engagement a aussi toujours été très important. « Je fais le parallèle avec l’UQAM, qui se trouve au centre de Montréal, qui initialement s’occupait des laissés-pour-compte. Aujourd’hui, l’université n’est pas juste présente, c’est une actrice à part entière », mentionne la présidente, rappelant du même souffle qu’aucune décision d’envergure pour la région ne se prend sans que l’UQ soit interpellée d’une façon ou d’une autre.

 

La cohésion au cœur du système

Au cours des 50 dernières années, la gouvernance du réseau a quant à elle beaucoup évolué. « Quand on parle du réseau aujourd’hui, on parle de 10 établissements, et ils sont tous autonomes, avec toutes les structures de gouvernance adéquates. Le réseau avait une configuration et un mode de gouvernance différent de celui dont nous nous sommes dotés au cours des six ou sept dernières années, qui est un mode de gestion plus collégial, avec un respect de l’autonomie », explique Mme Jean. Actuellement, le mode de fonctionnement rassemble les différents services et expertises.

Ce mode de gestion est essentiel pour Pierre Lucier, qui mentionne lui aussi la variation selon les époques. « Sur le plan systémique, l’UQ est une grande force quand elle fait apparaître sa cohésion, car elle peut jouer dans la cour des grands », note-t-il. D’ailleurs, l’ancien président insiste sur le fait qu’il s’agit d’une université parmi les autres. « À bien des égards, elle fonctionne comme les autres. C’est une université publique, à charte, certes, mais ce n’est pas un oiseau rare », mentionne-t-il, ajoutant que le réseau de l’UQ reste proche des réalités sociales.

 

Encore du chemin à faire

Le Québec est passé de 5 % de titulaires d’un grade universitaire en 1971 à plus de 20 % en 2016. « Cinquante ans plus tard, en regardant ce que [l’UQ] a fait, que cela soit dans la capitale, dans la métropole ou dans les régions, on constate que le déploiement a été fantastique. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire », affirme Johanne Jean. « Nous pouvons dire que c’est beaucoup de chemin parcouru, mais nous savons que, d’ici 2024, la plupart des emplois vont nécessiter un diplôme d’enseignement supérieur. »

Il s’agit d’ailleurs d’un des thèmes récurrents de l’UQ : il faut continuer à travailler pour augmenter de manière importante le nombre de personnes qui font des études universitaires. « En décodant les besoins de main-d’oeuvre, force est de constater que l’on a besoin de personnel hautement qualifié partout au Québec et au Canada. Le réseau de l’UQ, par son déploiement, peut aider à ce qu’on atteigne ces cibles », indique la présidente du réseau.

En outre, ces objectifs sont tout à fait réalisables, selon Mme Jean. « Nous l’avons démontré pendant ces 50 ans, en mettant en place des stratégies de plus en plus structurantes. Nous sommes en mesure d’accomplir ce travail avec succès, mais il faut prendre le taureau par les cornes, travailler ensemble et aller de l’avant », dit-elle.

Se doter d’une stratégie nationale en enseignement supérieur visant à rehausser la participation et la réussite aux études supérieures des Québécois est d’ailleurs le message véhiculé par l’UQ, conjointement avec la Fédération des cégeps, qui célèbre elle aussi ses 50 ans. « Il faut réaffirmer notre choix pour l’enseignement supérieur et la société doit se doter de moyens concrets pour y arriver », insiste Mme Jean.

Quelques dates clés

L’Université du Québec naît dans la foulée de la Révolution tranquille, au moment où le besoin de formation universitaire est notoire et où les baby-boomers ont soif de savoir. La loi fondatrice de l’UQ, adoptée à l’unanimité, est sanctionnée le 18 décembre 1968.

1969. Les universités du Québec à Montréal (UQAM), à Trois-Rivières (UQTR) et à Chicoutimi (UQAC), l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Québec ainsi que l’Institut national de recherche scientifique (INRS) voient le jour.

1973. L’Université du Québec à Rimouski (UQTR) ouvre ses portes.

1974. Lancement de l’École de technologie supérieure (ETS) à Montréal.

1981. L’Université du Québec en Outaouais (UQO) est inaugurée.

1983. L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) s’ouvre.

1992. La TELUQ, anciennement Télé-université, est créée.