La biologie pour redonner vie à un quartier

L’immense terrain a été mis à la disposition des citoyens pour leur permettre de mieux tolérer les inconvénients d’un grand chantier.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’immense terrain a été mis à la disposition des citoyens pour leur permettre de mieux tolérer les inconvénients d’un grand chantier.

Cette surface grande comme deux terrains de football, au coeur de Montréal, est devenue un jardin collectif, un marché de légumes bio, un rucher, une pouponnière d’arbres, un cinéma en plein air et un lieu de spectacles et de réflexion sur la vie en ville. Près de 200 personnes font vivre cette place hors de l’ordinaire qui foisonne d’abeilles, d’insectes et d’une centaine de variétés de plantes.

D’étranges bâtiments, formés d’une douzaine de conteneurs, ont poussé sur les lieux. Une pyramide en bois sert à la fois de gradins pour les spectacles et de point de rencontre à l’abri du soleil. Un café-bar offre boissons et collations.


Ce jardin hors de l’ordinaire prend forme sur une parcelle du futur campus des sciences de l’Université de Montréal (UdeM), sur le site de l’ancienne gare de triage du Canadien Pacifique à Outremont. Le chantier de 350 millions de dollars transforme complètement les environs. Ce qui était un immense terrain vague depuis la fermeture des installations ferroviaires devient un quartier universitaire qui accueillera l’an prochain 2500 personnes — étudiants, professeurs et autres employés.

L’UdeM a créé ce jardin collectif pour aider à faire accepter le chantier par les voisins. L’ouverture du futur campus, prévue à l’automne 2019, soulève des inquiétudes dans Parc-Extension, le quartier adjacent. Les résidents craignent une hausse des loyers avec l’arrivée prochaine de tout ce beau monde. Et le chantier cause bien des désagréments.

« C’est pour ça que je suis là, pour tendre la main aux gens et pour prendre le pouls du quartier », dit Alexandre Beaudoin. L’UdeM a confié à ce biologiste de 33 ans, à la longue crinière tressée, le mandat de faire fleurir cette parcelle du futur campus.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le biologiste Alexandre Beaudoin

« Un chantier, c’est une nuisance. Il y a de la poussière et du bruit, ce n’est vraiment pas agréable pour les voisins du site. Les gens voyaient le chantier d’un mauvais oeil, mais là, ils viennent jardiner et transforment le lieu en fonction de leurs besoins », dit Alexandre Beaudoin, qui est conseiller en biodiversité à l’Unité de développement durable de l’UdeM.

« Il y a de l’amour qui se dégage du site. Les gens s’approprient le lieu », ajoute-t-il en nous faisant visiter ce vaste terrain (que l’Université a fait décontaminer) situé au carrefour de Parc-Extension, Outremont et Rosemont–La Petite-Patrie.

Improvisation

Alexandre Beaudoin a l’âme d’un travailleur communautaire. Il aime les gens. Il a un bon réseau de contacts. Il est aussi décrit comme une machine à idées. Mais son angle d’approche, c’est la biologie. C’est ce qui est fascinant : son but est de « créer un écosystème ». Il le dit comme ça. Il met la biologie au service non seulement des abeilles et des lapins, mais aussi des êtres humains.

« L’agriculture urbaine est un outil. La finalité, c’est de bâtir cet écosystème-là. Comment on le réalise, c’est à travers la mobilisation des gens pour le jardin. L’Université a créé un mécanisme pour que les gens se sentent à l’aise de s’approprier le lieu », explique-t-il.

Ce projet prend forme au gré de l’inspiration des bénévoles qui viennent mettre leur grain de sel. La surface cultivée a doublé depuis trois ans.

Au début, le terrain était inondé. Alexandre Beaudoin a ensemencé des poissons rouges. De grands hérons sont venus pêcher. Des pluviers kildirs se sont ajoutés. Des lapins viennent faire leur tour. Les dix-sept ruches produisent des kilos de miel. La Société pour le verdissement de Montréal (SOVERDI) a planté 10 000 arbres destinés à grandir pour aller enjoliver la ville.

Une plantation de houblon sert à produire une bière locale — « on est sur un campus, après tout » ! On trouve aussi de la camomille, des fines herbes, des légumes. Une étudiante spécialisée dans le Grand Nord a rapporté des plantes adaptées au froid, qui tentent de survivre à la canicule. Un conteneur tempéré héberge un insectarium.

L’agriculture urbaine est un outil. La finalité, c’est de bâtir cet écosystème-là. Comment on le réalise, c’est à travers la mobilisation des gens pour le jardin. L’Université a créé un mécanisme pour que les gens se sentent à l’aise de s’approprier le lieu.

 

Lieu de rendez-vous

Conférences sur l’urbanisme et l’architecture, cinéma en plein air, ateliers d’agriculture urbaine, arts visuels, prestations musicales… Le campus MIL — c’est son nom — est devenu un lieu de rendez-vous. De partage. De rassemblement. C’est une sorte d’expérience sociale : les résidents se mobilisent pour améliorer leur quartier si les institutions leur en donnent la possibilité.

L’endroit est conçu pour une occupation éphémère. En théorie, un bâtiment de l’UdeM doit pousser ici dans les prochaines années. Mais une mobilisation prend place pour que le jardin collectif devienne permanent, explique Alexandre Beaudoin.

Les résidents et les entreprises du coin, en tout cas, prennent possession des lieux. Le restaurant Manitoba, une des bonnes tables du quartier, s’approvisionne en partie ici. Des groupes communautaires du coin nourrissent les plus démunis. C’est ce qui arrive quand la biologie se met au service d’un quartier.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 13 juillet 2018 08 h 08

    Pas juste Park Extension

    Outremont-ma-chère et Town of Mount Royal sont aussi voisines. Leurs citoyen(ne)s devront vivre avec des bandes d'étudiants parfois tapageurs (mais pas trop, ce seront les nerds de la fac. des sciences, après tout), mais ce n'est pas pire qu'une gare de triage ?