S.O.S. pour les élèves en difficulté

Au secondaire, c’est encore plus criant: 26% des élèves sont handicapés ou en difficulté.
Photo: Marie-Hélène Tremblay Archives Le Devoir Au secondaire, c’est encore plus criant: 26% des élèves sont handicapés ou en difficulté.

La « bonne volonté ne suffit plus » pour scolariser les élèves handicapés ou en difficulté. Le milieu de l’éducation doit réagir pour venir à bout du taux de décrochage scandaleux de ces élèves dont le nombre a explosé depuis 15 ans.

Dans un rapport exhaustif, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) recommande un sérieux coup de barre pour mettre fin à « l’exclusion » des élèves handicapés ou ayant des difficultés d’apprentissage — dont le nombre a augmenté de 72 % en 15 ans dans les écoles du Québec.

Un élève sur cinq (plus de 200 000) du primaire et du secondaire fait désormais partie de ces enfants ayant besoin de services particuliers pour réussir à l’école. Au secondaire, c’est encore plus criant : 26 % des élèves sont handicapés ou en difficulté.

Qui sont ces élèves les plus vulnérables ? Ils peuvent avoir un handicap physique ou intellectuel, un trouble envahissant du développement (comme l’autisme), un déficit d’attention ou encore un trouble du langage, par exemple. Et pourquoi leur nombre a-t-il tant augmenté ? La Commission évoque de meilleurs outils de diagostic, l’éveil des consciences (la société se souciait peu du sort de ces enfants autrefois) et de possibles effets de la pollution.

40%
des élèves en difficulté abandonnent l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires

Peu importe les causes, l’impact reste le même : près de 20 ans après la mise en place de la Politique de l’adaptation scolaire, 40 % des élèves en difficulté abandonnent l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires. Chez les élèves dits « ordinaires », le taux de décrochage est plutôt de 8,7 %.

Cet important écart de diplomation s’explique par un manque de leadership du ministère de l’Éducation et des commissions scolaires, estime la Commission des droits de la personne.

« Au terme de son analyse, la Commission estime que le meilleur intérêt des élèves HDAA [handicapés ou ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage] ne peut se concrétiser dans le cadre qui régit actuellement les services. Des actions concrètes doivent être obligatoirement posées pour que l’école québécoise offre enfin des services éducatifs qui permettront aux élèves HDAA de réellement prendre la place qui leur revient dans notre société, une place qui ne saurait être différente de celle des autres », indique le rapport de 172 pages dévoilé mercredi.

Les oubliés du système

Les enquêteurs de la Commission ont interrogé 147 membres du personnel du réseau de l’éducation — enseignants, directeurs d’école, professionnels, cadres de commissions scolaires, etc. Conclusion : le personnel est essoufflé (et non seulement les enseignants), les parents sont frustrés et les élèves en difficulté se retrouvent trop souvent laissés à eux-mêmes, sans diagnostic et sans service de soutien.

La Commission fait une série de recommandations pour s’assurer que les élèves HDAA reçoivent bel et bien les services auxquels ils ont droit en vertu des lois et de la Charte québécoise des droits et libertés. Parmi ces recommandations :

que les commissions scolaires établissent un seuil de services pour tous leurs élèves handicapés ou en difficulté ; le ministère de l’Éducation devraitoffrir le financement nécessaire au respect de ce seuil de services, ainsi qu’au soutien des enseignants ;

que le ministère finance les services dont chaque enfant a besoin plutôt que de financer les services par catégorie de handicaps, comme à l’heure actuelle ; le ministre Sébastien Proulx a révisé cette règle et les changements entreront en vigueur l’an prochain ;

une meilleure formation des enseignants pour répondre aux besoins des enfants HDAA ;

que les commissions scolaires révisent les critères d’admission aux projets particuliers(programme international, arts-études) pour les rendre plus inclusifs.

Protecteur de l’élève

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, affirme qu’il a déjà commencé à agir pour améliorer les services aux élèves en difficulté. « Le rapport vient me conforter dans les actions que nous prenons. Il me dit qu’il ne faut pas arrêter. Il faut davantage de services pour avoir ces planchers de ressources. Il faut avoir des services spécialisés et surtout dirigés vers ces jeunes en plus grande quantité. Il faut aussi revoir cette question de l’évaluation et de l’adaptation scolaire », a-t-il indiqué aux journalistes.

La Fédération des comités de parents du Québec s’est réjouie du rapport de la Commission, qui reprend la plupart de ses recommandations faites depuis 2010. La Fédération souhaite l’adoption rapide du projet de loi qui augmente les pouvoirs du Protecteur de l’élève. « Il reste six jours pour le passer d’ici la fin de la session parlementaire. Le gouvernement peut faire adopter le projet de loi s’il le veut », dit Corinne Payne, présidente de la Fédération.