«Les élèves ne maîtrisent pas les contenus de base»

Cette année, un prof sur dix (11 %) rapporte avoir subi des pressions de sa direction d’école pour modifier des notes d’élèves.
Photo: Xavier Leoty Agence France-Presse Cette année, un prof sur dix (11 %) rapporte avoir subi des pressions de sa direction d’école pour modifier des notes d’élèves.

La moitié des enseignants du primaire estiment que leurs élèves ne sont pas prêts pour les apprentissages prévus à leur niveau. Les profs montrent du doigt les pressions pour la réussite à tout prix et la « promotion automatique » d’une année à l’autre pour cette mauvaise préparation des élèves.

Ce constat troublant est tiré d’une consultation menée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) auprès de ses membres. Au total, 415 enseignants du primaire (38 %) et du secondaire (62 %) ont rempli le questionnaire en ligne, entre le 29 janvier et le 25 février 2018.

Une forte proportion des enseignants sondés (50 % au primaire et entre 36 % et 48 % au secondaire, selon les matières enseignées) estiment que « leurs élèves ou une majorité d’entre eux n’avaient pas les acquis nécessaires et n’étaient pas prêts pour les apprentissages prévus au programme pour leur niveau », indique la FAE dans son étude qui sera dévoilée mercredi.

« Les élèves ne maîtrisent pas les contenus de base. C’est entre autres à cause des pressions pour la réussite. On est dans la logique des cibles de réussite. Il y a un malaise profond sur la question de l’évaluation des apprentissages au Québec », dit Sylvain Mallette, président du syndicat qui représente 34 000 enseignants.

À la même date l’an dernier, une autre consultation interne menée par la FAE avait conclu que près de la moitié (47 %) des enseignants du primaire et du secondaire disaient que des résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves avaient été modifiés sans leur accord.

Cette année, un prof sur dix (11 %) rapporte avoir subi des pressions de sa direction d’école pour modifier des notes d’élèves.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, avait envoyé une directive interdisant le tripotage de notes au printemps dernier. La directive semble avoir porté ses fruits, mais les pressions demeurent néanmoins.

Besoin de règles claires

Pour mettre fin au « malaise » autour de l’évaluation des apprentissages, la FAE demande au ministre Proulx de remplir son engagement d’organiser un vaste chantier sur cette question. Le syndicat réclame aussi un changement à la Loi sur l’instruction publique pour spécifier que seuls les enseignants sont autorisés à modifier les résultats des élèves.

La FAE réclame des règles nationales, fixées par le ministère de l’Éducation, pour encadrer le passage d’une année à l’autre au primaire et au premier cycle du secondaire.

À l’heure actuelle, ce sont les directions d’école qui établissent ces règles en consultation avec les enseignants. Résultat : deux élèves d’écoles voisines qui ont des résultats comparables seront traités différemment. L’un montera au niveau suivant et l’autre devra doubler son année, souligne Sylvain Mallette.

« Le programme d’enseignement est national, la politique d’évaluation est nationale, alors les règles de passage qui permettent de déterminer si un élève a les acquis pour passer au niveau supérieur devraient aussi être nationales. C’est une question de cohérence », dit le président de la FAE.

Les directions réagissent

Les regroupements de cadres scolaires accueillent froidement les propositions de la FAE. L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) est satisfaite du pouvoir accordé aux écoles d’établir les règles de passage des élèves d’une année à l’autre.

Quant au cri d’alarme sur le manque de préparation des élèves, il n’émeut guère Hélène Bourdages, présidente de l’AMDES.

« Les profs disent que les enfants ne sont pas prêts ? J’ai entendu ça tout au long de ma carrière. Ça parle beaucoup de la difficulté d’adaptation des professeurs dans leur classe. »

La Fédération québécoise des directions d’établissement (FQDE) presse le gouvernement de mener son chantier sur l’évaluation des apprentissages, mais pas pour les mêmes raisons que la FAE : « C’est difficile d’évaluer les compétences issues de la réforme. Ça ne se limite pas à additionner des notes. Le jugement professionnel des enseignants, c’est très important, mais la direction est là pour protéger les élèves aussi. On voit parfois des choses qui peuvent causer un préjudice aux élèves. »