Laval ne sait plus où mettre les écoliers

Roxane Borgès Da Silva fait partie d’un comité de citoyens qui milite contre la construction d’une école dans le parc de Cluny, dans le quartier Laval-des-Rapides.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Roxane Borgès Da Silva fait partie d’un comité de citoyens qui milite contre la construction d’une école dans le parc de Cluny, dans le quartier Laval-des-Rapides.

Les écoles de Laval débordent. La commission scolaire fait des pieds et des mains pour trouver des terrains où construire de nouvelles écoles, et à peu près tous les établissements existants doivent sacrifier des espaces, comme les bibliothèques ou des locaux de musique, pour loger des classes.

La Commission scolaire de Laval (CSDL) prévoit d’accueillir près de 900 élèves supplémentaires à la rentrée de septembre prochain, après en avoir reçu pas moins de 1500 durant l’année scolaire qui s’achève.

La CSDL a obtenu des fonds pour construire une nouvelle école primaire dans le quartier Laval-des-Rapides, mais le choix de l’emplacement provoque une controverse : des résidants s’opposent à l’aménagement de l’école dans le parc de Cluny, qui abrite un terrain de soccer, un terrain de basketball et des modules de jeu pour enfants.

« Ce parc de 30 000 mètres carrés est essentiel pour les familles et les enfants du quartier, qui ont besoin de cet espace vert », dit Roxane Borgès Da Silva, engagée dans un comité de citoyens qui craint la disparition du parc.

« Nos écoles débordent de partout, on a besoin de nouvelles écoles, mais s’il n’y a pas d’acceptation sociale du projet, on ne peut pas aller de l’avant, dit le commissaire scolaire Anthony Hémond. C’est le seul parc des alentours. Ce n’est pas le meilleur endroit pour mettre une école. »

La commission scolaire devrait trouver un autre endroit pour aménager le nouveau bâtiment, estiment des citoyens : le secteur compte déjà trois autres écoles primaires (toutes remplies au maximum de leur capacité) à distance de marche. Les citoyens et la Ville de Laval ont suggéré d’autres terrains pour construire une école, au nord du boulevard de la Concorde, mais la CSDL estime que le parc de Cluny est l’endroit idéal, notamment parce qu’il ne nécessite aucun changement de zonage.

Nécessaire compromis

« On a besoin d’une nouvelle école dans le quartier et on aura besoin d’une autre école à court ou à moyen terme », dit Louise Lortie, présidente de la CSDL.

Elle dit comprendre les préoccupations des résidants, mais la commission scolaire doit faire un compromis, selon elle. « Dans les dernières années, il n’y a pas vraiment de terrain qui a fait l’unanimité pour construire de nouvelles écoles », dit la présidente.

La CSDL et la Ville de Laval comptent tout mettre en oeuvre pour limiter la perte d’espace dans le parc : construction sur trois étages plutôt que deux, réduction du nombre d’espaces de stationnement, débarcadère minimaliste. Ils estiment que l’école prendrait moins de 60 % du territoire du parc de Cluny.

On est rendus au point où la surpopulation mine le moral des gens dans les écoles

 

La commission scolaire compte aussi aménager un deuxième terrain extérieur de basketball et un terrain de jeu avec modules, en plus de permettre l’accès au gymnase double de l’école aux résidants du quartier.

« On va accompagner notre commission scolaire, qui a des besoins urgents pour des terrains, mais il lui appartient de prendre une décision », dit Marc Demers, maire de Laval. Il est prêt à réduire le nombre d’espaces de stationnement exigé par la réglementation municipale pour ce projet.

Des écoles surpeuplées

Deux nouvelles écoles primaires ouvriront leurs portes à la rentrée d’août prochain à Laval, dans l’est et à Pont-Viau. La CSDL a obtenu des fonds pour construire deux autres écoles à Chomedey et en prévoit même une troisième à court terme. La commission scolaire prévoit aussi d’avoir besoin de deux nouvelles écoles secondaires.

En attendant, les écoles sont surpeuplées. L’école Saint-Norbert devra aménager cinq bâtiments préfabriqués, dans la cour d’école, pour accueillir des classes à la rentrée de l’automne.

L’école Sainte-Marguerite, elle, doit aménager deux classes dans des locaux situés dans un demi-sous-sol, sous le gymnase. Les enseignants osent à peine imaginer le bruit qui proviendra du gymnase, en haut, durant les heures de classe.

La bibliothèque a déjà été transformée en classe. Le local de musique serait maintenant sacrifié. Certains cours de musique seraient donnés dans des classes, ce qui fait craindre le pire : « Les classes de Sainte-Marguerite ne sont pas insonorisées. Comme elles ne sont pas climatisées ni ventilées, les portes et les fenêtres sont toujours ouvertes. Dans un tel environnement, l’enseignement de la musique, avec du son, dérangerait tout l’étage continuellement », indique une lettre envoyée par le conseil d’établissement à la CSDL.

« Notre gouvernement veut de belles écoles, mais il commence à peine à réinvestir en éducation après avoir fait d’importantes compressions. On est rendus au point où la surpopulation mine le moral des gens dans les écoles », rappelle Michel Côté, président du conseil d’établissement de l’école Sainte-Marguerite, en entrevue au Devoir.


 
2 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 8 juin 2017 07 h 22

    Étonné deux fois

    Je suis d'abord étonné qu'il y ait un manque d'écoles primaires dans Laval-des-Rapides, un quartier qui existait à une époque où les baby boomers fréquentaient les écoles. Comment se fait-il qu'il y avait suffisamment d'écoles à cette époque, de 1955 à 1975 environ, alors qu'il en manque aujourd'hui ?

    Ensuite, à l'aide de Google maps, j'évalue que l'espace occupé par l'école Madame-de-la-Peltrie, une école primaire du quartier Ahuntsic que j'ai fréquenté dans les années 1960, est un rectangle de 93 m par 72 m, soit moins de 7000 m². Cet espace incluait l'école, la cour d'école et le stationnement partagé avec l'église. Alors que le projet d'une école dans le parc de Cluny à Laval occuperait 60 % de la superficie de ce parc, soit 18 000 m². Mon école était vaste et nous avions suffisamment d'espace pour jouer dans la cour qui constitue aujourd'hui le terrain d'un CPE. Comment se fait-il qu'une superficie de 7000 m² ne suffit pas pour la construction d'une nouvelle école primaire à Laval ?

  • Serge Lamarche - Abonné 9 juin 2017 02 h 55

    Agrandir?

    Pourquoi ne pas simplement agrandir les écoles existantes?