La webintégration

Élaboré à partir d’entrevues de professeurs, de parents et d’élèves âgés de 7 à 18 ans de diverses écoles primaires et secondaires de Montréal, le webdocumentaire est un parcours interactif.
Photo: Photos Productions Cinta Élaboré à partir d’entrevues de professeurs, de parents et d’élèves âgés de 7 à 18 ans de diverses écoles primaires et secondaires de Montréal, le webdocumentaire est un parcours interactif.

Quand l’enseignant lui demande, en français, comment elle s’appelle, la petite Ceren, une immigrante turque toute timide, sourit d’ignorance, avant de finalement articuler une phrase complète sous le regard de ses parents, soulagés.

À elle seule, cette scène, tirée du webdocumentaire Des racines et des ailes disponible en ligne dès mercredi, résume plusieurs des défis de l’intégration. Apprendre la langue, se sentir bien à l’école, rassurer les parents… « Pour accueillir un enfant, ça prend cinq à sept ans. C’est le temps qu’il faut pour qu’il maîtrise la langue sans avoir besoin de mesures d’adaptation et pour qu’il fasse son année comme un enfant né ici », explique Marc Baudin, enseignant en classe d’accueil depuis 20 ans.

Réalisé par Jacinthe Moffat, en partenariat avec la Commission scolaire de Montréal (CSDM), l’Université du Québec à Montréal et les productions Cinta, ce webdocumentaire est un outil pédagogique interactif destiné aux enseignants de partout au Québec, aux intervenants en milieux communautaires mais également à tous ceux et celles qui souhaitent comprendre les meilleures pratiques pour bien accueillir et intégrer un enfant à l’école. « L’école est un lieu d’intégration très puissant. Les enfants vont y passer plusieurs années et la première impression qu’ils vont avoir du milieu scolaire, c’est leur première journée de classe. Donc, l’accueil qu’ils reçoivent de l’enseignant et de leurs camarades va beaucoup jouer sur leur expérience à long terme, même sur le décrochage scolaire », soutient M. Baudin, qui enseigne à l’école Jean-Baptiste-Meilleur depuis sept ans.

Élaboré à partir d’entrevues de professeurs, de parents et d’élèves âgés de 7 à 18 ans de diverses écoles primaires et secondaires de Montréal, le webdocumentaire est un parcours interactif, une plateforme Web remplie et étoffée par plusieurs petites vidéos explicatives et des statistiques, qui présente de façon assez exhaustive les six phases de l’intégration d’un élève, de son arrivée à sa réussite en passant par la transition entre la classe d’accueil et la classe normale. Cette initiative, qui s’est développée au cours des cinq dernières années, vient de la rencontre de chercheurs de l’UQAM et d’enseignants en classe d’accueil et de classes ordinaires d’écoles secondaires et primaires de Montréal à travers le défunt Chantier 7, un programme financé par le ministère de l’Éducation qui n’existe plus puisque la subvention n’a pas été reconduite.

Un inquiétant passage

Lorsque l’enfant immigrant arrive à voler de ses propres ailes et qu’il passe en classe ordinaire, le défi est tout autre. Une épreuve à ne pas négliger, qui est le coeur de Des racines et des ailes, souligne Réginald Fleury, conseiller pédagogique et spécialiste des relations interculturelles à la CSDM. « On essaie de briser les silos, où ce sont bien souvent les élèves les plus grandes victimes. Un enseignant au régulier qui travaille dans une école ultraplurilingue, il faut qu’il sache ce qui se passe en classe d’accueil pour savoir d’où les élèves viennent, ce qu’ils ont fait, dit-il. Et les élèves de la classe d’accueil ne savent pas comment ça se passe au régulier. Ils vivent un choc. »

D’où l’intérêt de les faire se rencontrer avant à travers diverses activités d’intégration, justement. « Ça fait une différence énorme sur la participation, sur l’aide et l’empathie qu’auront les élèves du régulier envers [leurs nouveaux camarades], croit M. Fleury. On a beaucoup d’efforts à faire dans ce sens-là. Car on ne peut pas dire que tous ces milieux-là [classes d’accueil et classes normales] se parlent et collaborent beaucoup entre eux. »

2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 2 novembre 2016 10 h 05

    "(Un programme financé par le ministère de l'éducation qui n'existe plus puisque la subvention n'a pas été reconduite)"...!

    Il me tarde de foutre dehors ce gouvernement mortifère!

    Sac... On dirait que toutes les initiatives porteuses d'intégration sont jetées à la poubelle.

    Et la weil qui voudrait augmenter le nombre d'immigrants et de réfugiés, tout en coupant les moyens à ceux qui font l'intégration...

  • Jacques Nadon - Abonné 2 novembre 2016 21 h 09

    "Pour accueillir un enfant, ça prend cinq à sept ans. C’est le temps qu’il faut pour qu’il maîtrise la langue sans avoir besoin de mesures d’adaptation et pour qu’il fasse son année comme un enfant né ici."

    Il faudrait conscientiser certaines directions d'école pour qui, après la classe d'accueil, l'enfant est tout à fait fonctionnel et n'a pas "droit" à des mesures d'appui.