Des orientations encore d’actualité

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Selon des études, de 17 à 25 % des professeurs abandonnent le métier dans les cinq premières années d’exercice.
Photo: iStock Selon des études, de 17 à 25 % des professeurs abandonnent le métier dans les cinq premières années d’exercice.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a 50 ans, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et l’Organisation internationale du travail (OIT) adoptaient une série de recommandations sur les conditions du personnel enseignant. Où en sommes-nous aujourd’hui par rapport à ces orientations rédigées en 1966 ?

En 50 ans, le milieu de l’éducation et de l’enseignement a évolué, tant ici que sur la scène internationale. Il n’en demeure pas moins que certaines recommandations émises en 1966 par l’UNESCO et l’OIT demeurent brûlantes d’actualité.

L’Internationale de l’éducation, une fédération de près de 400 associations et syndicats représentant en tout 32,5 millions de professionnels de l’éducation, a tenu des rencontres en septembre dernier à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, afin de réaliser un bilan sur ces recommandations. Daniel B. Lafrenière, membre du bureau exécutif de l’Internationale de l’éducation, a participé à ces événements et en est revenu avec quelques constats au sujet du milieu québécois de l’éducation.

À ses yeux, ces recommandations ont souligné, il y a déjà cinq décennies, l’importance de s’assurer que l’enseignement est lié à « une profession qui est attirante » et « qu’il y a des conditions de travail et une rémunération à la hauteur de ce qu’on demande », juge-t-il. M. Lafrenière, aussi secrétaire-trésorier de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), considère qu’il s’agit là d’un enjeu majeur pour le Québec. Il en prend pour preuve le haut taux d’abandon de professeurs à l’intérieur de leurs cinq premières années d’exercice, qui oscille entre 17 % et 25 % selon les études.

Inquiétudes

Dans un rapport commun de l’UNESCO et l’OIT, publié en 2015 par un comité d’experts se penchant sur l’application des recommandations sur les conditions du personnel enseignant, une inquiétude a été manifestée à l’égard de l’augmentation du nombre de professeurs avec des contrats temporaires ou à court terme, ainsi que des conditions de travail désormais plus instables dans le secteur de l’éducation. Bien que le phénomène, selon le comité d’experts, touche plus particulièrement l’Afrique et l’Asie, il n’est pas sans rappeler une certaine tendance au Québec. Selon la CSQ, le taux de précarité dépasse 40 % chez le personnel enseignant de niveau primaire ou secondaire membre de ses différentes fédérations. Quant aux membres du personnel de soutien, dont une grande partie se trouve en service de garde, 55 % d’entre eux travaillent moins de 27 heures par semaines. « Pour avoir de meilleurs enseignants, il faut avoir des enseignants qui restent en place », affirme M. Lafrenière à ce sujet.

À propos des conditions d’exercice, il insiste sur la recommandation de l’UNESCO et l’OIT, datant de 1966, selon laquelle « les effectifs des classes devraient être de nature à permettre à l’enseignant de donner à chacun de ses élèves une attention particulière ». On peut aussi lire dans le texte que « de temps à autre, on devrait pouvoir réunir les élèves par petits groupes, ou même les prendre un à un, pour leur donner, par exemple, un enseignement correctif ».

Selon M. Lafrenière, cet énoncé rappelle l’enjeu du nombre d’élèves attribué à chaque professeur. « Lorsque la classe compte beaucoup d’élèves, donc beaucoup d’élèves en difficulté […] on compromet encore l’accès à une éducation de qualité. » À son avis, il devient plus difficile pour un professeur de passer à travers sa matière « quand, dans leur classe, il y a parfois jusqu’à une douzaine d’élèves avec des difficultés majeures d’adaptation et d’apprentissage ».

 

Éducation en bas âge

Dans le rapport de 2015, le comité d’experts de l’OIT et l’UNESCO soulevait aussi l’urgence de professionnaliser l’éducation en bas âge, qui s’effectue ici à travers les centres de la petite enfance (CPE). Encore là, bien qu’il se soit doté d’un système relativement unique, le Québec doit se sentir interpellé par cette question, selon M. Lafrenière. En avril 2016, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) signalait que le développement de places en services de garde entre 2007 et 2015 s’est fait majoritairement en garderies privées non subventionnées. Or, un plus grand nombre de plaintes enregistrées envers les services fournis par le secteur privé tend à démontrer que les CPE offrent un encadrement de meilleure qualité, indiquait aussi cette étude. « On ne peut pas dire que le gouvernement fournit sa part d’efforts de ce côté, commente M. Lafrenière. Il favorise clairement l’ouverture de places dans le secteur privé, avec des normes qui sont vraiment minimales, alors que du côté subventionné, en milieu familial ou en CPE, il y a des normes, une surveillance et une professionnalisation qui sont au rendez-vous et qui préparent à l’école. Dans ce sens-là, le Québec ne remplit pas sa mission. »

Même si plusieurs recommandations de 1966 demeurent pertinentes aujourd’hui, l’Internationale de l’éducation se réunira une fois de plus d’ici quelques semaines pour proposer des changements ou des précisions. Bien que le texte évoque les auxiliaires d’enseignement, M. Lafrenière considère qu’il devrait inclure tous les autres membres du personnel en éducation. « En 1966, ce n’était pas vraiment une réalité. Mais maintenant, ce personnel a sa place, dit-il. On trouve que c’est important, parce que pour enseigner efficacement et atteindre les objectifs qui sont dans ces recommandations, les enseignants doivent compter sur le soutien des autres membres du personnel dans les établissements scolaires. Ça transparaît moins dans ces recommandations, qui datent tout de même d’il y a 50 ans, alors que le reste du personnel était moins à l’avant-plan et qu’il y en avait moins dans nos établissements. » À travers les discussions au sein de l’Internationale de l’éducation, il semble s’être dégagé un constat selon lequel il est nécessaire aujourd’hui d’avoir du personnel en soutien aux enseignants.

M. Lafrenière reconnaît qu’il reste un travail à faire pour rappeler aux gouvernements de suivre ces recommandations et d’accorder les budgets nécessaires pour les réaliser, même si elles n’ont pas force de loi. « On va se le dire : les gens qui prennent connaissance de ces documents, on n’est pas beaucoup. Ça ne transcende pas beaucoup dans les milieux, admet-il. On fera peut-être un travail pour les rendre disponibles, pour mieux les faire connaître et pour [concevoir] un guide d’application. »