De petits miracles, tous les jours

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La FAE a décidé cette année de mettre en vedette les classes et écoles spécialisées ainsi que leur personnel enseignant.<br />
 
Photo: La FAE a décidé cette année de mettre en vedette les classes et écoles spécialisées ainsi que leur personnel enseignant.
 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour la septième édition de sa Semaine pour l’école publique (SPEP), la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a décidé de mettre en avant les classes et écoles spécialisées comme vecteur d’égalité. Un sujet qui touche particulièrement la porte-parole historique de l’événement, la comédienne Claire Pimparé, qui a elle-même une petite-fille qui fréquente ce service.

« Chaque enfant a le droit à une éducation et de vivre le plus autonome possible dans sa vie future, estime Mme Pimparé. Quand je rentre dans l’école de Sacha, ma petite-fille, je sais qu’elle y est bien, qu’elle y est respectée et accueillie avec tout l’amour et la tendresse dont elle a besoin. Je suis impressionnée. J’ai beaucoup d’admiration pour tout le personnel. »

Sacha a aujourd’hui sept ans. Diagnostiquée avec une déficience intellectuelle de légère à moyenne, elle étudie à l’école Saint-Pierre-Apôtre de la Commission scolaire de Montréal.

« Je m’implique beaucoup dans l’école depuis qu’elle y a fait son entrée l’an dernier. Au départ pour sécuriser les parents, raconte-t-elle. Ce n’est pas facile de laisser ces enfants à l’école. La plupart du temps, ils ne parlent pas, ils sont donc très vulnérables. Aujourd’hui, je me rends compte des miracles qui sont accomplis tous les jours. Nous sommes choyés d’avoir ce type d’écoles dans notre société. Le personnel n’a qu’un seul objectif, permettre à ces enfants d’atteindre leur plein potentiel, quel qu’il soit. »

Après l’enseignement préscolaire, les classes d’accueil ou encore l’éducation des adultes, la FAE a donc décidé cette année de mettre en vedette les classes et écoles spécialisées ainsi que leur personnel enseignant.

« Attention, ça ne veut pas dire que nous souhaitions que tous les élèves en difficulté fréquentent ce type de classes, prévient la vice-présidente de la FAE, Nathalie Morel. Quand les services sont à la hauteur, dans certaines écoles, avec certains types de difficultés ou de handicaps, l’intégration en classe ordinaire peut tout à fait être la meilleure solution. Mais dans d’autres cas, l’élève peut aussi s’y sentir en échec avec toutes les conséquences que ça va avoir sur le développement de son estime. »

Mme Morel fustige les politiques visant à intégrer chaque élève à tout prix, quitte à gonfler les résultats scolaires, car, selon elle, l’enfant n’est pas dupe même si l’enseignant en fait beaucoup pour l’encourager. Il voit bien qu’il ne passe pas dans la classe supérieure. Il vit des échecs.

« Dans les écoles spécialisées, on lui propose des défis à la hauteur de ce qu’il est capable de relever, indique-t-elle. Et il vit dans un environnement apaisé. »

Dans des classes plus petites avec un enseignant et plusieurs adultes ensemble dans la même pièce, il y a moins de stress pour tout le monde, plus d’accompagnement, un accueil plus serré, plus douillet.

« Pas que l’école reçoit plus d’argent par tête de la part du gouvernement, note cependant Nathalie Morel. Mais comme tous les enfants ont des besoins spécifiques, tous les spécialistes y sont rassemblés. Certaines commissions scolaires ont également choisi de fournir des crédits sur leurs fonds propres et, dans certaines écoles qui reçoivent les élèves qui ont les plus grandes difficultés, il peut également y avoir des ententes avec d’autres ministères comme celui de la Santé et des Services sociaux ou encore de la famille. »

Malgré cela, la vice-présidente de la FAE admet que ces établissements sont encore parmi les mal-aimés du système scolaire. Certains parents sont réticents à y faire entrer leurs enfants.

« Je peux tout à fait le comprendre, poursuit-elle. Tout parent souhaiterait que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes pour leurs enfants. C’est pas forcément facile de se faire dire que son enfant devrait aller dans une classe ou une école spécialisée. Une directrice me confiait qu’à la rentrée, elle accueillait des parents en larmes, dans une posture de refus. D’autres, au contraire, font les démarches dès la petite enfance, prennent contact avec la commission scolaire pour connaître les différentes possibilités pour leur enfant. Je ne juge pas. Mais c’est sûr que plus l’enfant est tôt à la bonne place, plus il a de chances d’atteindre son plein potentiel. »

Mettre les projecteurs durant toute la semaine sur ces écoles spécialisées doit donc servir de levier pour dédramatiser la situation, faire émerger un autre visage de l’ombre, montrer qu’elles sont créatrices d’estime et de bonheur.

« Trop de gens pensent que ce ne sont rien d’autre que des hôpitaux,raconte Nathalie Morel. Ce n’est pas vrai. Oui, il y a des services en plus, oui, il y a parfois des intervenants médicaux, mais ce sont avant tout des écoles dans lesquelles nos enfants sont instruits. »

Et encore mieux instruits lorsque les parents s’impliquent dans l’école. Ou les grands-parents.

« Ces écoles peuvent les amener à devenir propres, à être capables de manger seuls ou de communiquer, fait valoir Claire Pimparé. C’est sûr que lorsque les parents s’impliquent, ils peuvent faire de très grandes choses. Ma petite-fille a appris quelques mots en langage des signes, c’est merveilleux. Mais ce qui l’est encore plus, c’est qu’elle les a appris à son petit frère lorsqu’il avait dix-huit mois et qu’il cherchait lui aussi à communiquer. Quand je vous parle de petits miracles… »

La comédienne en appelle donc au gouvernement pour qu’il en fasse plus et qu’il daigne réinvestir dans l’école en général et dans l’école spécialisée en particulier.

« Parce que l’école publique se doit d’être inclusive, conclut-elle. On ne le répétera jamais assez. Ici, au Québec, on fait toujours des miracles avec un rien. Mais l’école forme les citoyens de demain, c’est un investissement majeur. »