Moins de théâtre pour les élèves

Photo: Jacques Grenier Le Devoir

Les coupes en éducation et la mobilisation syndicale entraînent une baisse notable des réservations de groupes scolaires dans les théâtres jeunes publics.

« Habituellement, à partir de la fin août, le téléphone sonne beaucoup, mais là, c’est beaucoup moins, résume le directeur de l’Arrière-Scène de Beloeil, Stéphane Villeneuve. Les producteurs et les diffuseurs sont inquiets. »

Avec la Maison Théâtre à Montréal et le théâtre jeunesse Les Gros Becs à Québec, L’Arrière-Scène est l’un des plus importants diffuseurs spécialisés en théâtre jeunesse au Québec. Au cours de l’année, il doit présenter pas moins de 11 pièces de théâtre destinées aux jeunes publics.

Or la demande a beaucoup diminué par rapport à l’an dernier. « Habituellement, on a à peu près 9000 réservations et là, on est rendus à peu près à 5000. Ce n’est pas rien. » Normalement, à cette étape-ci de la saison, M. Villeneuve rappelle les compagnies théâtrales pour leur commander des représentations supplémentaires. Or cette année, on s’en tient au minimum prévu. « Ça nous amène en déficit alors qu’on ne fait déjà pas de sous en théâtre jeunes publics. »

Et ce n’est peut-être pas tout, ajoute-t-il. « À la commission scolaire près d’ici, ils ont voté six jours de grève. Ça risque de nous rentrer dedans aussi. »

À la Maison Théâtre non plus, le moral n’est pas au beau fixe. « On ressent l’impact des mesures d’austérité depuis le printemps », observe Diane Chevalier, responsable des relations avec le public. L’effet des compressions est « indirect », précise-t-elle. « Les écoles ont moins de ressources, moins de possibilités de sorties… Ça peut être la fin d’un programme, ou ils coupent des agents de milieu dans les secteurs plus difficiles. Bref, tout ça rend la sortie plus complexe et ils ont plus de choix à faire. »

Ce n’est pas un « tsunami » ajoute-t-elle toutefois, en estimant à « au moins 10 % la baisse observée ».

À Québec, c’est la même chose. « Les mesures d’austérité touchent tout le monde et nous aussi indirectement », note la directrice du théâtre des Gros Becs, Louise Allaire. « Il y a moins d’argent dans les écoles, moins de sorties. »

Bien sûr, ajoute-t-elle, on est loin de la crise de 2005 quand les syndicats d’enseignement avaient ordonné un boycottage des activités culturelles. Mais Mme Allaire est tout de même préoccupée. Son organisation est train en « documenter » le problème pour en faire rapport au Conseil des arts et des lettres (CALQ).

D’une école à l’autre, les décisions varient, observe-t-elle. Sa collègue de Montréal renchérit. « Chaque école a son plan de match. Il y en a pour qui c’est très précieux et qui ne veulent pas remettre en question les sorties au théâtre. Ce n’est pas mort. »

Les CPE aussi

La diminution de la demande ne touche pas seulement le réseau scolaire, mais aussi les CPE. « On l’a senti dès le printemps pour la petite enfance », se rappelle M. Villeneuve. « Eux aussi ont des coupes en tous genres. [Nos activités] deviennent des sorties pour lesquelles les parents doivent payer plus cher. On sent qu’ils calculent. »

La saison automnale de L’Arrière-Scène s’ouvre d’ailleurs avec Toi du monde, une production pour petits de trois ans et plus de la compagnie Bouffou Théâtre. La pièce décrit le réveil de la ville à travers des personnages attachants incarnés par des marionnettes.

« Les CPE sortent moins, poursuit M. Villeneuve. Je pense à un CPE dont la directrice est membre de notre conseil d’administration. Habituellement, elle vient deux ou trois fois par année. Cette année, elle vient juste une fois. »

M. Villeneuve s’inquiète de l’effet « domino » de la baisse sur les compagnies théâtrales et les artistes eux-mêmes. Il fait remarquer que le phénomène ne touche pas seulement les diffuseurs spécialisés comme l’Arrière-Scène ou les Gros Becs, mais tous les généralistes qui proposent du contenu destiné aux jeunes.

Récemment, le quotidien Le Nouvelliste de Trois-Rivières rapportait que plusieurs musées de la région de la Mauricie étaient préoccupés par la diminution des réservations de la part des groupes scolaires.

16 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 1 octobre 2015 03 h 00

    Fédéraillistes...

    Pour répondre au rêve canadien de notre enchaînement définitif au profit de ceux qui se définissent comme nos maîtres, le groupe d'hommes et de femmes ayant réussi à se glisser dans les arcanes actuelles de notre Etat en raison d'un système électif déficient, montre se déterminer non seulement à réduire le niveau de connaissance des jeunes Québécois mais, cerise sur le gâteau, s'attaque maintenant à restreindre le développement des capacités d'imagination et de questionnement de ceux-ci.
    Selon moi, le gouvernement Couillard ne cesse de nous montrer jusqu'à quel point il s'enfonce dans une complicité anti-québécoise évidente avec le Canada des fédéraillistes.
    Fédéraillistes qui comme ce nom l'indique, ne souhaitent que d'imposer au Québec l'obligation de rouler sur les rails inconvenants pour lui d'un Canada britannique toujours plus conservateurs et réactionnaires.

    Vive le Québec libre et républicain !

  • Gilbert Turp - Abonné 1 octobre 2015 05 h 52

    Moins moins moins

    Le Québec a-t-il donc tant envie de devenir une soustraction ?

    • François Dugal - Inscrit 1 octobre 2015 08 h 52

      Le rôle que le gouvernement Couillard se donne est de ramener le Québec au rang de simple province; alors oui, c'est une soustraction, monsieur Turp.

    • Yves Corbeil - Inscrit 1 octobre 2015 14 h 09

      Oui, une soustraction de ces 10 provinces que comportent ce pays. Avant que ce PM et son équipe économique aux services des riches n'est complètement détruit ce qui à été construit au Québec depuis la révolution tranquille. On veut devenir cette soustraction.

  • Lise Bélanger - Abonnée 1 octobre 2015 07 h 36

    On est vraiment en passe de devenir une république de bananes.

    Les régimes totalitaires coupent toujours dans la culture.

    C'est une bien triste nouvelle car la culture n'est pas un simple divertissement mais un devoir que nous avons afin de favoriser l'épanouissement et le développement des enfants.

    On prépare nos enfants à être aussi terre à terre et sans culture que ces membres de notre présent gouvernement.

    • Palardy RACHEL - Inscrite 1 octobre 2015 09 h 27

      @Lise Bélanger,
      Je crois que la responsabilité de donner une culture à nos enfants revient aux parents. Il y a tellement de moyens maintenant de le faire, par la télévision, par le web, en suivant les programmes destinés aux jeunes dans plusieurs théatres, que l'école se contente de les instruire, les parents peuvent faire le reste.... Cessons de tout déléguer à la garderie et aux écoles et responsabilisons les parents...

      Rachel Taillon

    • Yves Côté - Abonné 1 octobre 2015 11 h 25

      Madame Blanger, au rythme où vont les choses avec notre bande de sapeurs de fond, de devenir une république de bananes risque même de nous apparaître bientôt comme une belle avancée sociale pour un Québec canadien, voulu comme toujours plus monarchiste que la veille...
      C'est dire combien nous sommes mal pris, avec ces êtres de peu de qualité patriotique.
      Salutations républicaines, Madame.

  • François Dugal - Inscrit 1 octobre 2015 07 h 40

    Les réalisations

    Lors de la prochaine campagne électorale, le gouvernement Couillard vantera ses "réalisations". L'une d'elles sera les compressions en éducation : remettre les professeurs "à leur place" et augmenter la diplômation par une baisse du niveau des connaissances. Les élèves auront moins de théâtre : à la bonne heure.
    La population applaudira et le gouvernement Couillard sera réélu haut la main.

  • Patrick Daganaud - Abonné 1 octobre 2015 08 h 53

    Nourrir les requins

    Il est vrai que corps, âmes et esprits sont attaqués par le gouvernement Couillard.

    Il est vrai que c'est une attaque contre la société québécoise. Contre la nation.
    Il est même vrai qu'elle s'en prend à toutes et tous, tous partis confondus, y compris celles et ceux du leur quand, comme vous et moi, elles et ils sont des proies.

    Le gouvernement jumeau Harper agit de la même façon.

    Cela n'a pas réellement à voir avec un objectif fédéraliste : pour piller la population et son pays, il faut retirer à cette dernière tous ses pouvoirs.

    Le canal de la fédération est un simple outil : il éloigne les décisions de celles et ceux qui les subissent. Il n'y a pas d'appartenance patriotique au Canada. C'est un leurre.

    Il y a le profit, sans frontières, sans justice, sans éthique, sans filet social, sans liberté : l'accumulation démoniaque de la richesse.

    Il y a les requins.

    Il y a leurs proies.

    Nous sommes les proies de Harper.
    Nous sommes celles de Couillard.

    Nous leur avons donné le pouvoir : retirons-le-leur!

    • François Dugal - Inscrit 1 octobre 2015 10 h 59

      Désolé de vous décevoir, monsieur Daganaud, mais le bon peuple réélira de gouvernement qui a "remis les enseignants, cette gang de paresseux, à leur place".