Une composante de l'UQAM sur le campus de l'UdeM

L'Institut national de la recherche scientifique (INRS), un établissement du réseau de l'Université du Québec, pourrait être le premier occupant du futur campus Outremont de l'Université de Montréal. Des discussions sont en cours afin d'y implanter un pavillon dédié aux nanosciences d'ici 2010.

Joint à Paris, le directeur général de l'INRS, Pierre Lapointe, a confirmé au Devoir son intention de regrouper les activités scientifiques du secteur de l'énergie et des matériaux, actuellement à Varennes, ainsi que les télécommunications, dont les laboratoires sont situés à la Place Bonaventure. Le projet de plusieurs dizaines de millions de dollars sera présenté officiellement au conseil d'administration en janvier prochain.

«Nous sommes en discussion avec l'Université de Montréal. C'est un de nos plus gros partenaires dans tous nos dossiers, y compris celui-là. On s'est fait offrir ce site-là. C'est vrai. [...] Mais ça dépend de ce que l'Université de Montréal met à Outremont. Si on installe là les sciences infirmières, nous, ça ne nous donne pas grand-chose. Il faut regarder ce que l'un et l'autre partenaire voudrait voir évoluer à Outremont», affirme Pierre Lapointe.

Ce dernier précise que la présence des facultés de chimie et de physique, par exemple, constituerait un environnement plus compatible avec des laboratoires de l'INRS. La réflexion de l'Université de Montréal (UdeM) n'est pas terminée à ce chapitre.

Au cabinet du recteur de l'UdeM, on indique toutefois que le pavillon de l'INRS est une «hypothèse sérieuse». Ce projet pourrait d'ailleurs donner le premier élan au campus Outremont, qui est virtuel pour l'instant: il existe un concept architectural, des études de toutes sortes, notamment sur les impacts de la circulation, et des promesses financières avec un grand absent, Ottawa. Bien des fils restent encore à attacher.

«Nous sommes conscients d'être la bougie de démarrage et ça se paie. Si on est capables d'avoir le bon prix, on sera la bougie de démarrage», affirme M. Lapointe. Mais il ajoute qu'il s'agit plus que d'un projet immobilier. «La décision va être prise pour des raisons stratégiques, scientifiques et financières», dit-il.

L'enjeu est d'abord et avant tout scientifique. «On ne peut plus éviter la création de masses critiques significatives dans les secteurs scientifiques de pointe. C'est fondamental. Il faut créer la dynamique d'avoir des poches scientifiques très fortes, avec des recherches pertinentes. La prochaine révolution en science va être celle des nanosciences, soit l'ultra-rapide et l'ultra-petit. Et les deux secteurs d'application sont le biomédical et les technologies de l'information, de là la nécessité de les regrouper», explique M. Lapointe.

Selon lui, Montréal devrait même devenir, au cours des prochaines années, «la capitale des nanosciences au Canada». L'INRS fait partie du club sélect des centres d'excellence en matière de nanotechnologie, avec l'UdeM, l'École polytechnique et l'université McGill. Tous ces joueurs sont en rapports étroits sur la question des nanosciences, souligne M. Lapointe. Cette synergie est vraisemblablement au centre du projet. Depuis trois ans, l'INRS a bénéficié de près de 60 millions de dollars en soutien de la part de la Fondation canadienne de l'innovation (FCI) pour des recherches en nanotechnologie. Mais la FCI ne finance pas le béton.

Le futur campus Outremont n'est toutefois pas le seul site envisagé par l'INRS. En fait, six emplacements sont considérés. L'un des scénarios concrets concerne Laval, où le secteur biomédical de l'INRS (Institut Armand-Frappier) est déjà en place. Si, à l'hôtel de ville, on serait heureux de voir l'INRS prendre de l'expansion, on rappelle que la décision appartient à l'établissement. L'INRS est propriétaire du terrain où le projet de relocalisation pourrait prendre forme.

D'ailleurs, une équipe d'architectes, d'urbanistes et d'ingénieurs travaille sur le concept. Selon le programme fonctionnel et technique transmis l'été dernier à l'INRS et dont Le Devoir a obtenu copie, le projet lavallois compte quelque 20 000 mètres carrés et nécessiterait un investissement de plus de 60 millions de dollars.

Sur la question financière, Pierre Lapointe précise que rien n'est ficelé pour l'instant. «Contrairement à ce qui se fait pour les universités du réseau, le ministère de l'Éducation ne finance pas les pieds carrés dédiés à la recherche, ou très peu. Notre financement doit donc venir de nous-mêmes ou d'un autre montage financier. C'est une autre façon de faire les choses», indique M. Lapointe.

Ainsi, si le projet voit le jour à Outremont, cela pourrait nécessiter un partenariat financier, notamment avec l'UdeM et la Ville de Montréal (pour les infrastructures). L'INRS a des exigences géotechniques très spécifiques compte tenu de la sensibilité des équipements. Or l'ancienne gare de triage d'Outremont sera toujours traversée par des voies ferrées qui provoquent des vibrations.

La présentation du budget annuel de Montréal hier a par ailleurs été l'occasion d'annoncer la création d'un fonds d'investissement de 180 millions sur trois ans destiné à soutenir les grands projets de Vision 2025. Le développement d'Outremont fait partie de ces grands projets devant créer une nouvelle richesse foncière.