La viande et le poisson moins chers en 2019

Les Canadiens devront prévoir une augmentation globale de 3,5% du prix de leur épicerie l’année prochaine, comparativement à 2018. Les viandes ainsi que les poissons et fruits de mer devraient par contre leur coûter moins cher.
Photo: David Afriat Le Devoir Les Canadiens devront prévoir une augmentation globale de 3,5% du prix de leur épicerie l’année prochaine, comparativement à 2018. Les viandes ainsi que les poissons et fruits de mer devraient par contre leur coûter moins cher.

Boudés depuis quelques années par les Canadiens qui préfèrent adopter une diète végétarienne ou même végétalienne, la viande et le poisson devraient coûter moins cher en 2019, étant donné la baisse de demande.

C’est ce que révèle la neuvième édition du Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, dont Le Devoir a obtenu copie. Chaque année, l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, évalue combien les Canadiens devront s’attendre à payer pour le contenu de leur panier d’épicerie dans l’année à venir. Depuis deux ans, l’étude est publiée conjointement avec l’Université de Guelph, en Ontario.

Si les Canadiens devront prévoir une augmentation globale de 3,5 % du prix de leur épicerie l’année prochaine, comparativement à 2018, deux catégories d’aliments devraient leur coûter moins cher : les viandes (jusqu’à 3 % moins cher) ainsi que les poissons et fruits de mer (jusqu’à 2 % moins cher).

« C’est une première en presque dix ans ; on n’a jamais prévu la baisse du coût d’un aliment. C’est plutôt exceptionnel, ça nous a surpris nous-mêmes », lance au bout du fil l’un des auteurs du rapport, Sylvain Charlebois, qui est aussi professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

Ses collègues et lui estiment même que le coût de la viande pourrait continuer de diminuer jusqu’à la fin de 2020.

« On s’attend entre autres à une plus faible demande, surtout du boeuf en fait, et on va se retrouver avec des stocks plus élevés. Ça explique la baisse des prix », poursuit M. Charlebois.

Popularité en baisse

Il faut dire que la protéine animale vit une crise depuis plusieurs années au Canada et ailleurs dans le monde. Le boeuf, le porc et le poulet ont tranquillement été remplacés par les lentilles, le tofu ou encore les pois chiches dans l’assiette des consommateurs. C’est surtout le boeuf qui a disparu des listes d’épicerie, alors que les Canadiens consomment environ 94 millions de kilos en moins par année, comparé à 2010.

« Cette habitude de consommation est arrivée en force au pays en 2014, quand on a vu le prix du boeuf augmenter de 22 %. Le prix a joué dans la balance pour bien des familles, qui n’avaient plus les moyens d’en manger tous les jours », note le professeur Charlebois.

Ainsi, si certains citoyens ont diminué — voire arrêter — leur consommation de viande pour des raisons purement économiques, d’autres ont plutôt fait ce choix pour des raisons de santé, par souci environnemental ou encore par respect pour les animaux.

Au Canada, ils sont de plus en plus nombreux à carrément tirer un trait sur la protéine animale et même tout aliment d’origine animale (soit les oeufs, les produits laitiers, le miel, etc.). Au printemps dernier, un sondage mené par l’Université Dalhousie révélait que 7,1 % des Canadiens se déclarent végétariens et 2,3 % végétaliens.

Convaincre les consommateurs

Pour M. Charlebois, baisser les prix de ce type de produits est une façon pour les producteurs et les commerçants de ne pas mettre la clé sous la porte, en encourageant les familles les moins nanties à en consommer davantage.

La docteure en nutrition Isabelle Huot y voit surtout une « bonne nouvelle pour les populations défavorisées ». « Beaucoup de personnes n’ont pas le budget pour répondre à leur besoin de protéine, rapporte-t-elle. Les produits carnés coûtent cher, et ces familles doivent souvent se tourner vers des viandes de moins bonne qualité, comme les charcuteries et les saucisses. »

Mais chose certaine, ceux qui sont devenus végétariens ou végétaliens dans les dernières années ne feront pas marche arrière, malgré l’appât du prix, dit-elle.

« Ce sont surtout les amateurs de viande qui vont se réjouir en 2019, mais ils vont par contre pleurer en regardant le prix de la salade qui accompagne leur steak », lance Sylvain Charlebois, d’un ton rieur.

Le prix des légumes en hausse

Comme l’année passée, le Rapport prévoit une augmentation du prix des légumes d’environ 4 à 6 % en 2019. Une hausse des coûts liée, entre autres, aux perturbations climatiques, qui ont un impact important sur la production. « L’année 2019 marquera la fin de La Niña et le retour probable d’El Niño. Pendant que l’Amérique du Sud et certaines parties de l’Asie seront touchées par des pluies abondantes, l’Amérique du Nord pourrait manquer d’eau », peut-on lire.

Les autres groupes alimentaires ne font pas l’objet de prévisions particulièrement à la hausse. Le rapport évoque une possible augmentation de 1 % à 3 % du prix des fruits et des noix ainsi que du pain et des céréales, et de moins de 2 % du prix des produits laitiers et des oeufs.

Mais l’augmentation du prix des légumes est suffisante pour gonfler la facture d’épicerie des Canadiens. En 2019, une famille moyenne (deux adultes et deux enfants) devrait dépenser 12 157 $ en alimentation, soit 211 $ de plus que cette année.

« J’espère que ça ne va pas pousser les gens à diminuer leur consommation de fruits et légumes, alors qu’on sait déjà qu’une personne sur deux ne consomme pas la quantité recommandée de 5 fruits et légumes par jour », craint la nutritionniste Isabelle Huot.

De son côté, Sylvain Charlebois ne s’inquiète pas outre mesure. « Je ne pense pas qu’à long terme la demande de fruits et légumes va baisser pour autant, ils font partie intégrante de notre alimentation. Et le nouveau guide alimentaire du Canada, qui devrait enfin voir le jour en 2019, pourrait accentuer cette tendance », croit le professeur à l’Université Dalhousie.