Mange-t-on vraiment ce que l’on croit manger?

Seulement une entreprise sur deux juge qu’il est de son ressort de s’assurer de l’authenticité de ses produits destinés à être transformés ou revendus par un autre intermédiaire.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Seulement une entreprise sur deux juge qu’il est de son ressort de s’assurer de l’authenticité de ses produits destinés à être transformés ou revendus par un autre intermédiaire.

Sirop d’érable coupé au sirop de maïs, miels additionnés d’édulcorants, huiles d’olive trafiquées, jus de fruits contrefaits et produits de la mer faussement étiquetés : la fraude alimentaire est un fléau mondial générant des milliards en revenus aux producteurs et revendeurs peu scrupuleux. Or, selon une nouvelle enquête pancanadienne réalisée auprès d’entreprises agroalimentaires d’ici, plusieurs se croient à l’abri de la fraude, perçue davantage comme une menace touchant d’autres pays de la planète.

Près de huit entreprises sur dix (77 %) avouent ne jamais recourir aux technologies de détection disponibles pour débusquer les aliments fraudés ou contrefaits au sein des aliments ou ingrédients qu’elles produisent, transforment ou distribuent. « La mise en place semble trop coûteuse ou exiger trop de temps », affirme Yoann Guntzburger, chercheur postdoctoral au CIRANO et coauteur de l’étude réalisée auprès d’entreprises de tous les segments du secteur alimentaire. Si 72 % affirment s’être dotées d’un système de traçabilité de leur chaîne d’approvisionnement, elles préfèrent se fonder sur les liens de confiance établis avec leurs fournisseurs.

Le tiers des entreprises agroalimentaires canadiennes (33 %) s’estiment donc à l’abri de la contrefaçon alimentaire et 65 % jugent que cette menace pèse plutôt sur le reste du monde. Pourtant, des cas de fraude associés à la pureté du sirop d’érable, au contenu de miels importés ou de jus de fruits, de viandes ou de poissons aux emballages ou étiquettes colportant de fausses informations sur leurs origines ou leurs contenus ont été débusqués au Canada.

Moins de quatre entreprises sur dix (39 %) affirment qu’elles préviendraient les autorités fédérales (Agence canadienne d’inspection des aliments, ACIA) ou provinciales (le MAPAQ au Québec) si elles soupçonnaient un cas de fraude chez un de leurs fournisseurs. Pas moins de 69 % préféreraient plutôt régler ce différend eux-mêmes avec leurs partenaires d’affaires. Un résultat peu étonnant, puisque la même enquête révèle que les trois quarts des entreprises font peu ou moyennement confiance aux gouvernements pour contrôler la fraude alimentaire.

Seulement une entreprise sur deux (50 %), dont le client direct n’est pas le consommateur, juge qu’il est de son ressort de s’assurer de l’authenticité de ses produits destinés à être transformés ou revendus par un autre intermédiaire. En revanche, 90 % des transformateurs jugent qu’il leur revient de vérifier l’origine et la conformité des produits reçus et l’intégrité de leurs sous-traitants.
 

Selon l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) en 2017, le tiers des huiles d’olive (33 %) importées au Canada qui ont fait l’objet d’analyses de détection étaient « non conformes » à ce que prétendait leur emballage ou leur étiquetage.


Source CIRANO, INAF de l’Université Laval et CRIBIQ. L’enquête a été réalisée entre avril 2017 et avril 2018 auprès de 398 entreprises du Québec, de l’Ontario, des provinces de l’Atlantique, des Prairies et de la Colombie-Britannique.