À la veille du «Vendredi fou», penser autrement la consommation

Dans la foulée du fameux «Vendredi fou», la cohue habituelle devrait être au rendez-vous dans les grandes surfaces et sur Amazon.
Photo: George Frey Agence France-Presse Dans la foulée du fameux «Vendredi fou», la cohue habituelle devrait être au rendez-vous dans les grandes surfaces et sur Amazon.

Les marées de plastique, la biodiversité en déclin, l’endettement chronique, le réchauffement du climat, la mode jetable, l’obsolescence technologique programmée… Tout indique que notre société de consommation tourne à vide. Et si, à quelques jours du Vendredi fou, les principes de la simplicité volontaire pouvaient servir de boussole ? Serge Mongeau revient sur son ouvrage phare, publié pour la première fois en 1985.

« Je ne renie rien de mon livre. On le réimprime constamment sans faire de corrections, puisqu’il continue de s’appliquer intégralement », affirme d’emblée Serge Mongeau, ex-médecin, jardinier urbain, cycliste quatre saisons et père de la simplicité volontaire au Québec, dont la pensée écologique et sociale n’a rien perdu de sa pertinence. Dans un monde complexifié par la dépendance aux écrans, les réseaux sociaux et les géants comme Amazon, la frugalité a plus que jamais meilleur goût, exprime le militant écologique.

Avant son temps

À 81 ans, Serge Mongeau demeure très impliqué dans les projets de jardins collectifs de son quartier. Il continue de propager sa philosophie frugale en mettant en lumière comment le frein à la consommation et le contact avec la terre ne sont pas seulement profitables pour la planète. « Travailler moins et retrouver du temps… C’est bon pour la santé et le bonheur des individus. »

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Serge Mongeau, en 2014

Initialement paru en 1985, puis réimprimé en 1994, La simplicité volontaire prônait une réduction consciente de la consommation. Or, si la pensée de Mongeau a maintes fois été louangée comme panacée à la croissance effrénée du monde capitaliste, l’adoption d’un mode de vie plus simple et éthique est encore loin d’avoir fait son chemin dans la population en général.

« On est de plus en plus expropriés de notre temps : les gens sont pris, finalement, dans des choses qui paraissent attrayantes, les belles séries télé par exemple. À preuve : les Québécois regardent en moyenne 22 heures de télévision par semaine. Le temps qu’on passe à regarder la télé nous influence. Ces jours-ci, une des choses auxquelles nous réfléchissons, ma blonde et moi, est de lancer une campagne contre la publicité des autos : tout le monde ne cesse de dire qu’il faut cesser de produire des voitures à essence individuelles, mais en même temps, on est bombardés par ces publicités pour des autos plus performantes que jamais ! »

La décroissance forcée

Ce mois-ci, les quelque 175 000 signataires du Pacte pour la transition écologique se sont engagés à apporter leur contribution à la survie de notre planète en péril. Et quelques couteaux ont volé bas, il faut bien le dire, puisque tous ceux qui ont signé dans le sillon de Dominic Champagne ne sont pas complètement verts et vertueux.

Dans la foulée du fameux « Vendredi fou », la cohue habituelle devrait être au rendez-vous dans les grandes surfaces et sur le site d’Amazon. Et il y a fort à parier que plusieurs excéderont les « quatre cadeaux maximum par enfant » du Défi de Noël qui défile sur les réseaux sociaux.

Mais toutes ces contradictions sont bien ancrées dans les systèmes que nous avons créés, songent Serge Mongeau et d’autres militants de longue date, comme le collectif d’AdBusters, qui jugent qu’il est temps de faire pression sur les gouvernements pour réinventer un monde à échelle humaine. Les parents à bout de souffle pris entre les bouchons de circulation, la course pour aller chercher les enfants à la garderie et les cartes de crédit gonflées à bloc sont autant de preuves de ces prisons aux barreaux d’or où la frugalité et le retour au jardin communautaire sont des idéaux utopiques, reconnaît Serge Mongeau.

« Les gens ont besoin de travailler de plus en plus fort pour soutenir leurs familles. On est pris dans un système qui ne facilite pas les choses : il faut que nos sociétés s’adaptent et fournissent aux gens les possibilités de moins consommer. Il faut concevoir nos villes de manière à favoriser les transports collectifs ».

La part de chacun

« Pour ça, il va falloir que les gouvernements [municipaux, provinciaux, fédéraux] agissent : on ne peut pas seulement compter sur les gestes individuels », estime Serge Mongeau.

« Ce qui m’attriste, c’est de penser à ce que vont devenir nos enfants et petits-enfants, dans ce monde où on est si attachés à nos cellulaires, nos tablettes, tous ces médias. Les gens vont de moins en moins jouer dehors, peinent à manger sainement. Nous avons de moins en moins de contacts avec les autres… »

Les gens vont de moins en moins jouer dehors, peinent à manger sainement

Devant l’effondrement possible de l’économie mondiale, le niveau des eaux des océans en hausse, les inondations, les sécheresses et autres catastrophes, le retour à la frugalité va s’imposer, dit Serge Mongeau. En France, par exemple, le mouvement vers la décroissance s’arrime avec les préceptes de la simplicité volontaire, explique-t-il. « Nous aussi, on est rendus là : la décroissance va nous permettre de revenir à un équilibre qu’on a perdu. »

« Ce que je constate aujourd’hui, c’est qu’il vaut mieux simplifier nos vies de façon volontaire, plutôt que d’attendre qu’un désastre nous force à changer nos habitudes », soupèse l’auteur de ce livre culte.

Peut-être qu’en troquant nos objets technologiques, ainsi que notre dépendance aux écrans, au pétrole et aux achats compulsifs, contre du temps consacré aux autres et à des choses valables, pense-t-il, on aurait des chances de retrouver un vieil oublié : le bonheur.